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LIFE RIPARIAS

Un plan pour gérer les plantes envahissantes

Un plan pour gérer les plantes envahissantes

La renouée de Japon, une plante exotique envahissante particulièrement difficile à éradiquer. ÉdA – 201195148782

Life Riparias: un projet de 7 millions d’euros qui s’étale sur 6 ans et tout le pays. Son objectif: enrayer le développement des plantes envahissantes.

Un projet pour réparer la nature mais aussi les dysfonctionnements de notre pays devenu un peu fou. Explication en deux temps.

Le premier temps, celui de la nature. «L’objectif, est d’enrayer les invasions avant qu’elles ne deviennent ingérables.» : Marie Patinet est la porte-parole de Life Riparias. Elle évoque les invasions des EEE (Espèces exotiques envahissantes), qu’elles soient de plantes ou d’animaux. Life Riparias* c’est un projet financé par l’Europe à hauteur de 7 millions d’euros pour cartographier, identifier les techniques de lutte les plus efficaces et enfin éradiquer ces espèces.

Marie Patinet précise: «Nous avons identifié 12 espèces de plantes et 3 d’écrevisses sur lesquelles nous allons travailler.» Pour certaines, c’est trop tard, elles sont déjà omniprésentes. «Ce n’est pas le cas pour celles sélectionnées.»

Pourquoi sont-elles pointées du doigt? «Un exemple avec ces écrevisses, elles sont vecteurs d’une maladie, la peste pour nos écrevisses indigènes qui ne sont pas résistantes. Mais aussi parce que ces écrevisses exotiques s’adaptent très rapidement, sont voraces et confisquent les ressources alimentaires des autres tout en éliminant certaines espèces de poissons. Avec leurs terriers dans les berges, elles provoquent également des effondrements.»

Affiner les techniques d’élimination

Bref, après avoir cartographié ces espèces (lire ci-dessous), il faut les éliminer. «Là aussi nous allons intervenir. Il existe différentes techniques pour le faire. Chaque acteur applique sa recette. Nous allons combiner plusieurs choses: l’efficacité, le budget et les impacts tant négatifs que positifs sur l’environnement. Grâce à un programme informatique, on pourra présenter la meilleure option qui proposera l’outil de moins cher et le moins nocif. On compte établir un guide pratique des meilleures techniques à appliquer sur le terrain. Mais attention, nous sommes au début du projet. Il s’étale sur 6 années. La cartographie a déjà commencé, l’élimination aussi avec le placement de pièges pour les écrevisses et la mise à sec d’un étang qui va durer deux ans…»

Précision, le budget de 7 millions d’euros sera consacré aux trois volets donc celui aussi de l’éradication.

Avec l’espoir d’obtenir des résultats comme avec la Berce du Caucase qui fait l’objet d’un plan de lutte depuis 10 ans et dont le bilan est positif comme le confirme Étienne Branquart, SPW (Service publique de Wallonie): «Les trois quarts ont pu être éliminés. Par contre pour la Renouée du Japon, c’est nettement plus compliqué.» La lutte contre les envahisseurs n’est jamais terminée.

Un projet qui met enfin les trois Régions autour de la table

Ce projet Life Riparias est coordonné par Bruxelles environnement et associe tant les acteurs flamands que wallon (ULiège-Fac de Gembloux, SPW, contrat de rivières…). Pour une question de cohérence parce que dans notre pays rien n’est simple. En effet, la lutte contre les espèces exotiques envahissantes relève de la compétence des régions. Donc, chacune des Régions peut mettre ses priorités sur les espèces, même s’il existe une liste européenne. Mais les espèces aquatiques, qu’elles soient plantes ou aquatiques ne se soucient guère de nos frontières régionales…

C’est ainsi que le défi du projet est de coordonner les trois Régions et le Fédéral. Comme cela, on met tout le monde d’accord sur les priorités de lutte. Ça ne servirait à rien de lutter contre une espèce en Wallonie et un peu plus loin dans le même cours d’eau contre une autre en Flandre… Bref, ce projet va donc mettre les trois gestionnaires sur la même longueur d’onde. On va même y associer le Fédéral. Petit exemple: pour la mise en œuvre d’un règlement, pour le transport international, c’est du ressort du Fédéral mais pour le transport national, c’est la Région…

De l’aquarium à l’étang

Mais comment des écrevisses de Louisiane arrivent-elles au fond de nos étangs ou cours d’eau? Nos deux interlocuteurs expliquent. «Pour les écrevisses, elles ne sont pas arrivées illégalement sur notre territoire, elles sont arrivées en Belgique au travers des jardineries ou autres commerces qui sont ou étaient autorisés à vendre ces espèces.

Après? Les gens s’en sont débarrassés soit dans une mare d’un jardin, d’un étang, d’un ruisseau. Et de là, elles ont repris goût à la liberté. Même chose pour les plantes, même si elles ont été interdites et que l’interdiction est respectée, il peut rester des pousses dans certaines terres. Et une fois que c’est parti, c’est difficile de les éliminer, c’est pour cela qu’il faut intervenir le plus rapidement possible. Et puis, il y a eu le phénomène des inondations qui ont emporté les terres des berges et bien plus parfois à des kilomètres, transplantant ainsi les EEE dans de nouveaux endroits.» Là aussi, il faudra ouvrir l’œil.

La liste wallonne

Étienne Branquart, SPW, est une des personnes qui se penchent sur la liste des EEE. «Il existe une liste européenne, là, ce sont les espèces les plus préoccupantes. Elles ont fait l’objet d’une analyse détaillée avec toute l’information scientifique, les nuisances avérées, les zones…» Mais cela prend du temps. Au niveau de la Région wallonne et du SPW, on n’attend pas pour autant et anticipe pour identifier les dangers potentiels. «Nous travaillons avec deux étudiants qui ont travaillé sur le sujet et vont présenter leur mémoire cette semaine! C’est comme ça que l’on peut proposer certaines espèces à ajouter à la liste européenne.»

Au niveau de l’interdiction, la Wallonie n’est pas obligée d’attendre et peut aussi dresser sa liste de plantes strictement interdites. Un décret wallon existe, on attend les arrêtés.

Cartographie unifiée

C’est un des trois volets du projet, Marie Patinet: «Les différents acteurs gèrent les populations qu’ils connaissent. On va unifier pour une gestion avec plus coopération, pour une vision plus globale et une lutte plus efficace.»

* (Reaching integrated and prompt action in response to invasive alien species)

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