Netflix et l’IPTV ne tuent pas encore la TV de Proximus, Orange, VOO…

Netflix et l’IPTV ne tuent pas encore la TV de Proximus, Orange, VOO…

Présenté comme le tueur de la TV digitale, le phénomène du «cord-cutting» ne s’exprime pas en Belgique par une baisse drastique des abonnements. Que du contraire. M-Production – stock.adobe.com

Se désabonner de la TV digitale pour regarder uniquement des programmes via Internet n’est pas encore une lame de fond en Belgique.

C’est une idée reçue dont nous avons souhaité vérifier la véracité. La montée en puissance de la vidéo à la demande (VOD) sur Internet et de l’IPTV illégale pousserait les clients des opérateurs à abandonner la TV digitale classique.

Selon le principe du «cord-cutting», ces «déserteurs» couperaient le cordon de l’abonnement TV pour se concentrer sur les programmes payants, gratuits, légaux et illégaux relayés par leur seule connexion Internet.

Schématiquement, le «cord-cutter» se débarrasserait du décodeur TV Proximus Pickx, VOO, Orange ou encore Telenet pour regarder via Internet (Wi-Fi, 3G/4G) Netflix, Amazon Prime Video, Auvio, RTLplay, YouTube, les chaînes d’un boîtier illégal IPTV… À en croire analyses et experts en ligne, c’est une lame de fond qui finira par tout emporter sur son passage. Même en Belgique?

«Dans notre pays», affirme Orange dans ce billet en ligne, «suivant la tendance américaine, de plus en plus de ménages se passent d’abonnement à la télévision numérique et privilégient Internet pour regarder la télévision, mais autrement.» L’ancien Mobistar pousse le bouchon jusqu’à vanter les mérites du «cord-cutting». «Arrêtez de vous demander comment regarder la télé en direct gratuitement sur internet… Faites du cordcutting et résilier votre abonnement TV!».

Pour mesurer ce phénomène présenté comme inéluctable, nous comparons dans le tableau ci-dessous l’évolution du nombre de clients TV de Proximus, Orange et Telenet de juin 2014 à juin 2021. Avec une date clé en ligne de mire: l’arrivée de Netflix en Belgique en septembre 2014.

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Des abonnements en hausse malgré l’arrivée de Netflix

Ces chiffres le prouvent. Le marché de la TV digitale est loin, très loin de se rétracter en Belgique. Que du contraire. Proximus gagne des clients avec la régularité d’un métronome: de 1 244 000 à 1 691 000 clients TV en sept ans (+35,9%). Parti de rien en mars 2016, Orange s’inscrit logiquement dans cette tendance, avec un portefeuille de 244 000 clients TV en juin 2020.

Si l’on met dans la balance les 281 100 clients TV perdus par Telenet et la stabilité du portefeuille global de VOO (800 000 clients), on peut estimer à la grosse louche que le marché de la TV digitale en Belgique a gagné au minimum 410 000 unités en sept ans.

Une inertie du marché national?

Le phénomène du «cord-cutting» en Belgique est «réel, même si nous ne disposons pas de chiffres précis», rétorque Younes Al Bouchouari, porte-parole d’Orange Belgique. «Notre seul indicateur, ce sont nos offres Internet en solo et Internet + mobile qui rencontrent du succès. Il y a une demande pour ces services qui font l’impasse sur la TV digitale. Il n’est pas impossible que le marché belge présente une certaine inertie, dans ce sens où le client ajoute d’abord des services comme Netflix avant de prendre son temps pour décider de supprimer l’abonnement TV.»

Confronté à une perte de clients TV, Telenet «estime qu’une grande partie de notre clientèle souhaite encore regarder la télévision via notre décodeur, où tout est rassemblé et facilité». «Cependant», poursuit la porte-parole Coralie Miserque, «nous sommes bien conscients des nouvelles tendances, en particulier du côté d’un groupe cible, celui des jeunes, qui souhaite regarder la télévision d’une manière différente, et nous y répondons via notre offre/application Flow. Chez Telenet ce type d’offre n’est pas une nouveauté puisque les clients qui ne voulaient pas de télévision même avant Flow pouvaient déjà opter pour un abonnement Internet en solo ou pour YUGO s’ils voulaient regarder la télévision d’une manière différente. Nous anticipons donc cela depuis des années. Par ailleurs les chiffres du Digimeter en Flandre montrent une évolution intéressante: on constate une pause dans l’évolution du phénomène du cord-cutting et le besoin soudain de plus de divertissement à domicile. Le cord-cutter semble avoir recommencé à regarder davantage la télévision en direct.»

«À ce jour, le phénomène du cord-cutting est beaucoup moins présent en Belgique par rapport à certains autres pays, notamment aux États-Unis», analyse pour sa part Proximus. «Une partie de l’explication est dans le prix de la TV digitale, qui y est beaucoup plus élevé qu’ici. En témoigne le fait que nous continuons toujours à croître notre base clients pour la TV. Cela dit, il est vrai que nous constatons une diversification dans les habitudes de consommation. C’est pourquoi nous offrons depuis plusieurs années déjà à nos clients TV la possibilité de regarder leurs contenus préférés sur tous leurs écrans. C’est aussi la raison pour laquelle nous étions le premier opérateur en Belgique à collaborer avec Netflix, Disney +, ce qui permet à nos clients d’accéder à ces services via notre décodeur. Nous voulons offrir des solutions qui répondent aux besoins du consommateur, via la gamme Epic combo par exemple.»

Une progression sur deux tableaux plutôt qu’un exode

À en croire ces chiffres et ces points de vue, la Belgique serait plutôt le théâtre d’un «cord-cutting» passif plutôt qu’actif. On n’assiste pas à un exode de clients qui coupent la TV digitale classique au profit des programmes exclusivement consommés sur Internet. On est plutôt dans une situation où de nouveaux clients, essentiellement des jeunes, optent pour un abonnement Internet only ou un pack sans TV digitale.

Les opérateurs s’adaptent à cette tendance en remettant au goût du jour l’Internet only ou en concoctant des produits spécifiques censés répondre à cette demande, comme les packs Zuny de VOO. «Zuny, c’est notre réponse à cette tendance», insiste VOO, «avec notamment une grande souplesse pour activer et désactiver toutes une série d’options complémentaires mois après mois.»

Certains opérateurs comme Proximus et Orange tirent particulièrement profit de cette double progression, en enregistrant des hausses d’abonnés dans les deux secteurs.

Le flou de l’Internet only

Si l’indicateur est important, il est plus difficile de mesure la montée en puissance exacte de l’Internet en solo par exemple, car les opérateurs communiquent peu de chiffres détaillés à ce sujet. De juin 2018 à juin 2021, Proximus a ainsi observé une hausse intéressant des abonnements Internet only, de 153 000 à 195 000 unités (+42 000). Dans le même intervalle, l’ancien Belgacom a accueilli 107 000 nouveaux clients TV, preuve que l’attachement à la TV digitale reste fort chez nous.

 

 

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