article abonné offert

PLOEGSTEERT

Des cloches la nuit? Pour quel intérêt? Le débat fait rage à Ploegsteert

La trêve nocturne des cloches de l'église Saints-Pierre-et-Paul continue à animer les conversations de vive voix et sur les réseaux sociaux.

Suite à notre article du mercredi 11 août, donnant la parole à trois responsables de Fabriques d'Église, le Ploegsteertois Jean-Claude Walle a souhaité réagir.

Un élu communal qui a mis le feu aux poudres

Il met le doigt sur la manière de faire plutôt que sur le fond: «Je comprends les réactions des Fabriques d'Église des autres paroisses du doyenné qui n'ont pas eu de problèmes lors de l'arrêt des cloches la nuit. Il faut peut-être se demander de quelle façon elles ont procédé. À Ploegsteert, il n'y aurait pas eu de contestation si l'affaire n'avait pas été étalée sur la place publique. Une demande, tout à fait légitime, pour l'extinction des cloches la nuit est arrivée au clergé qui a, de son propre chef, accédé à la réclamation. Entre la demande et l'information publique, il s'est passé un mois et durant ce temps, personne n'a constaté que les sonneries s'étaient tues la nuit… jusqu'au jour où, lors de la séance du conseil communal de la ville de Comines-Warneton de fin juin, un conseiller a signalé à haute voix la décision prise par le clergé. Ce qui fut relaté par la presse écrite, sans trop de réactions pourtant. Ce qui a déclenché la colère des Ploegsteertois, c'est la communication de ce fait sur les réseaux sociaux qui a soulevé l'indignation d'une partie de la population et qui a abouti à la pétition. Sans ces paroles publiques dues à un élu, il n'y aurait jamais eu un tel acharnement populaire et médiatique. Je suppose que dans les autres paroisses, on n'a jamais communiqué cette décision ni à la presse ni lors d'un conseil communal.»

Laisser dormir les gens

Étienne Van Quickelberghe, du service SAGEP Fabriques d'Église à l'Évêché de Tournai, a également réagi, pointant du doigt le rôle des réseaux sociaux pour attiser un débat qui, foncièrement, n'a pas lieu d'être. «Nous n'avons jamais eu le moindre souci avec les cloches. Au niveau de l'Évêché, notre position est que la population dorme bien la nuit! On s'étonne aussi des amalgames qui sont faits dans cette histoire. Quand on retrouve sur la pétition “Gardons nos valeurs pastorales”, on se demande quand même en quoi le fait que des cloches qui sonnent à trois heures du matin font partie d'une pastorale! Dans ce débat, il faut garder un esprit critique et ne pas tout mélanger!»

Par conséquent, l'évêché soutient la décision de la trêve nocturne. «Elle a été prise par le curé de la paroisse et nous l'approuvons. Il semble que ce soit devenu la norme un peu partout, même si nous n'avons pas de relevé précis de la situation puisque le débat ne s'est jamais posé et que l'on ne s'est donc pas inquiété du sujet! On se demande simplement quel est intérêt que des cloches sonnent la nuit! Ce qui serait plus simple, c'est que l'on tende vers une harmonisation de l'horaire.»

Étonné des remous faits par cette affaire, Étienne Van Quickelberghe délivre un message chrétien, celui de la bienveillance et de la tolérance vis-à-vis de son prochain.

Des cloches à la fois religieuses et civiles

Étienne Van Quickelberghe est aussi revenu sur les aspects juridiques assez complexes liés au sujet.

«L'utilisation des cloches tombe sous la loi du 18 juillet 1973, avec arrêtés d'exécution le 24 février 1977, précise l'employé de l'Évêché. L'article 561 du Code pénal concerne le tapage nocturne. Comme il n'est fait nulle part mention d'heure, c'est la jurisprudence qui indique à partir de quand il y a tapage nocturne.»

Cette loi du 18 juillet 1973 ne préjudicie pas aux attributions que les pouvoirs décentralisés détiennent, en vertu des décrets du 14 décembre 1789 et du 16 et 24 août 1790. «En d'autres termes, la commune demeure compétente sur base de mission de police administrative générale.»

En plus, il faut distinguer les cloches et l'horloge: «Les cloches font partie du culte quand elles annoncent un office religieux et elles sont alors sous l'autorité du curé de la paroisse. Par contre, quand elles sonnent l'heure, elles ont un usage civil et tombent donc sous l'autorité de la commune, puisque c'est elle qui s'occupe et finance la très grande majorité des édifices religieux. À noter qu'un arrêté communal peut régler l'usage des cloches tout en respectant la liberté du culte! Et donc un bourgmestre ne peut interdire totalement la sonnerie des cloches puisqu'elles ont aussi la fonction d'annoncer les offices religieux!»

Pour ce qui est de l'horloge, la gestion est purement civile: «Autrefois, c'était un élément important de la vie locale. Aujourd'hui, à l'heure de la montre et du smartphone, cela l'est peut-être un peu moins!»


Nos dernières videos