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JAPON - SPORTS

PHOTOS & VIDÉO | À Ryogoku, au cœur de la tradition du sumo

Bien qu’il accueille les compétitions de boxe olympique, le quartier Ryogoku est surtout connu pour être la capitale mondiale du sumo.

Ryogoku, dans le centre de Tokyo. À proximité de la rivière Sumida, la gare centrale décharge son flot incessant de navetteurs. Pour les accueillir, les portraits géants de quatre rikishis, une reproduction de leurs énormes mains et une petite statue représentant deux lutteurs en plein combat. En quelques mètres, le ton est donné. Bienvenue dans la capitale mondiale du sumo!

Dans ce quartier où les touristes peuvent encore ressentir un peu l’esprit de l’époque Edo (1603-1867) grâce notamment à quelques boutiques d’artisanat traditionnel, le sumo est donc roi. Et il s’impose à tous. À commencer par son palais, le Ryogoku Kokugikan, situé jusqu’à côté de la gare principale.

C’est là, dans ce hall séculaire occupé toute cette quinzaine par les compétitions de boxe, que se déroulent chaque année trois des six tournois majeurs de la lutte nipponne. Un titre dans ce temple et c’est toute une carrière - pour ne pas dire une vie - qui s’en voit bouleversée. C’est qu’au pays du Soleil-Levant, le sumo, dont les origines remontent au 8e siècle, représente bien plus qu’un sport national.

«Le sumo fait partie intégrante de notre culture, explique Tanaka, qui travaille en collaboration avec d’anciens rikishis. Au-delà de son aspect sportif, cette discipline, via ses codes et ses performances, fait écho aux rites pratiqués dans les sanctuaires shintoïstes. Et c’est ce qui explique en grande partie qu’il soit si populaire dans notre pays.»

Solidement ancré dans la culture nipponne, le sumo l’est tout autant dans le quotidien du quartier. Il n’est ainsi pas rare de croiser de jeunes lutteurs se déplacer à vélo dans les ruelles avoisinant le Ryogoku Kokugikan. Et pour cause, sur les 43 «écuries» (les lieux où sont formés les combattants) officielles, une demi-douzaine se situe à proximité immédiate du stade tokyoïte, entre Keiyo-dori et Kiyosumi-dori.

PHOTOS & VIDÉO | À Ryogoku, au cœur de la tradition du sumo
«Ici, tout tourne autour des lutteurs», assure Kubota, le gérant d’un magasin de vêtements grande taille qui compte quelques célèbres rikishis, dans ses clients. EdA - Alan MARCHAL

«Ici, tout tourne autour d’eux, résume Kubota, le gérant d’un magasin de vêtements grande taille qui compte quelques-uns des plus célèbres rikishis, anciens ou actuels, dans ses clients. Ce sont de grands champions qui méritent tout notre dévouement. Les servir est un honneur!»

Considérés comme des Dieux vivants par leurs voisins, les lutteurs - dont la carrière dépasse rarement les 35 ans - sont admirés pour leur puissance physique mais aussi pour le symbole qu’ils représentent. Dans une société où le travail et le don de soi font partie des valeurs maîtresses, consacrer ses jeunes années à une vie de moine - la majorité des lutteurs doivent vivre en communauté, à l’écart de la société, par exemple - impose toujours autant le respect. À défaut de susciter les vocations…

Une tradition de plus en plus internationale

Car, c’est un fait, la vie de rikishi n’attire plus autant. Ce que confirme Tanaka, qui côtoie d’anciens champions. «Le sumo reste populaire auprès des jeunes, mais ils sont de moins en moins nombreux à vouloir suivre les règles traditionnelles qui régissent la discipline.» Manger à outrance, s’entraîner tous les jours à l’aube et, pour les débutants, servir constamment les champions de leur «confrérie», voilà ce qui rebute de plus en plus des ados japonais en quête d’émancipation. Sans oublier que les élus au rang de sekitori - qui regroupe les lutteurs faisant des deux meilleures divisions (sur six) - ne représentent que 10% des 700 professionnels recensés.

Mais si les Nippons sont moins nombreux à se tourner vers la discipline, cette dernière continue d’attirer pas mal de combattants, de plus en plus souvent étrangers. La condition dont ils bénéficient auprès de la population mais aussi les salaires - qui vont de 7.500 euros pour les bons rikishis à près de 20.000 euros pour les grands champions - continuent de faire leur petit effet.

Et bien qu’il s’internationalise, et devient de plus en plus professionnel par la même occasion, l’esprit du sumo reste immuable à Ryogoku. Car, comme le glisse Kubota à la porte de son magasin, «entre ce sport et notre quartier, c’est aussi une question de tradition».

Le sumo durement touché par la pandémie

Comme toute la société nipponne, la pandémie a durement touché le petit monde du sumo. Déjà proie à de gros soucis de santé en raison de leur surpoids, de nombreux lutteurs ont ainsi contracté des formes graves de la maladie. Un premier mort, Shobushi, ayant même été constaté dans une «confrérie» fin mai 2020.

Provoquant également l’annulation rarissime du tournoi de mai, prévu au Ryogoku Kokugikan, la crise sanitaire force toujours les «écuries» à fermer leurs portes aux visiteurs. Ce qui fait que certains rikishis se font «peut-être un peu plus discrets» aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier.

Mais si les combattants sont touchés par la pandémie, ils ne sont pas les seules. En effet, du restaurant spécialisé dans le chanko nabe (le ragoût hypercalorique qu’ingèrent les lutteurs) au magasin de souvenirs, c’est toute l’économie du quartier qui en pâtit. Principalement parce que les touristes se font plus rares. «Mais avec le vaccin qui arrive pour tout le monde, on espère que tout va vite rentrer dans l’ordre.»