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INTEMPÉRIES

VIDÉO | Jupille: 8 000 repas bénévoles par jour pour les sinistrés des inondations

Sur le site de l’Athénée Liège Atlas à Jupille, 250 bénévoles confectionnent des repas pour les victimes des inondation

À gauche, on coupe, on épluche, on assaisonne. Tout y passe: oignons, poivrons et pommes de terre. À droite, on dispose dans des contenants isothermes les préparations tout juste sorties des marmites. Ici, chaque jour, minimum 8 000 repas partent en direction des zones touchées par les inondations survenues mi-juillet. Derrière cette initiative, l’idée du restaurant liégeois Coté Cour Coté Jardin, emmenée par Charlotte Depierreux, et les bras de 250 bénévoles.

Notre reportage vidéo en tête de cet article.

«J’ai moi-même été impactée par les inondations, c’était normal de mettre mes ressources à disposition et d’organiser de l’aide. L’action est née dans la cuisine du restaurant mais on a rapidement dû s’élargir et trouver plus grand.» Ils se déploient désormais sur le site de l’Athénée Liège Atlas, un système organisé et solidaire, digne d’une véritable fourmilière. «On est répartis sur plusieurs bâtiments, certains sont dédiés à la confection des repas, d’autres se remplissent de vivres et de stocks d’hygiène à destination des sinistrés.» raconte Maxime Thiry. «Et pour nous aider dans nos déplacements entre les locaux, l’entreprise Dott nous a prêté des trottinettes électriques. Avec trois semaines de travail dans les jambes, ce coup de pouce est bienvenu!»

VIDÉO | Jupille: 8 000 repas bénévoles par jour pour les sinistrés des inondations
Jupille: des repas pour les sinistrés des inondations. © Jacques Duchateau

Épreuves de créativité et de rapidité

Les bénévoles assurent pour l’instant la confection des repas uniquement grâce aux dons des particuliers et des fournisseurs des restaurants de la région. «De la petite barquette de pilons de poulet jusqu’aux caisses entières de pâtes et de sauces, tout le monde donne ce qu’il peut. Et pour les cuistots, c’est comme Top Chef. Tous les jours, on reçoit un panier surprise et on doit relever le défi de composer des repas avec ce qu’on nous amène. Un jour, c’est des huîtres, le lendemain, des centaines de carottes. On fait preuve de créativité!», rapporte Frédéric Moniquet, au sein de l’organisation et de l’équipe Côté Cour Côté Jardin. «Nous n’acceptons pas d’argent, tous les dons partent directement pour nourrir les sinistrés. Et quand on voit la vague de remerciement que l’on reçoit, on se dit qu’on est au bon endroit» conclut-il, la voix pleine d’émotion.

VIDÉO | Jupille: 8 000 repas bénévoles par jour pour les sinistrés des inondations
Jupille: des repas pour les sinistrés des inondations. © Jacques Duchateau

À l’approche du dîner, les voitures s’accumulent devant les barrières de l’Athénée Liège Atlas. La file s’allonge, les sourires s’élargissent. Prochaine mission pour les volontaires véhiculés: distribuer les repas chauds dans les zones sinistrées. À 61 ans, Marcel fait partie des livreurs motivés du jour. «J’ai une voiture, j’ai du temps, la moindre des choses, c’est de se montrer solidaire.» Armés de ces posts-it fluos criblés d’adresses «à ne pas oublier», Charlotte est aux commandes du dispatching. «Sur celui-ci, ce sont des personnes isolées: il faut absolument que ça arrive chaud à midi!» Le ballet incessant du porte-à-porte est lancé, d’autres iront dresser des buffets pour ravitailler sur le terrain sinistrés et bénévoles. «Et on fait ça trois fois par jour! Si ça tourne aussi bien ici au niveau de l’organisation, c’est aussi grâce à l’autre équipe qui nous épaule au restaurant», confie Sébastien Massin, de Côté Cour Côté Jardin. Comme ses collègues, il a pris un mois de congé sans solde pour aider à Jupille. «Nos vies professionnelles et privées sont mises entre parenthèses» Ils le reconnaissent cependant, la situation ne peut pas durer indéfiniment. L’équipe organise déjà la prochaine étape. «Est-ce que les gens ont besoin de repas chauds? Froids? Est-ce qu’ils ont l’électricité? On a préparé un dossier complet avec les adresses des sinistrés pour que quelqu’un puisse prendre le relais.»

VIDÉO | Jupille: 8 000 repas bénévoles par jour pour les sinistrés des inondations
Jupille: des repas pour les sinistrés des inondations. © Jacques Duchateau

Si la motivation des volontaires ne faiblit pas, la préparation de la rentrée des classes à l’Athénée de Jupille approche à grands pas. Les bénévoles devront alors envisager un déménagement dès le 13 août.

À la hauteur de la générosité

1 500 truites, des centaines de litres de vinaigrettes, 1,6 tonne de viande de veau, plus de 2 000 œufs durs: les chiffres sont impressionnants, à la hauteur de la confection et distribution efficace organisée à Jupille. Depuis le 17 juillet, les équipes de bénévoles ont préparé plus de 100 000 repas. Les fournisseurs se sont également montrés généreux, en proposant aux volontaires divers invendus, des produits d’hygiène, des conteneurs frigorifiques et des générateurs électriques.

VIDÉO | Jupille: 8 000 repas bénévoles par jour pour les sinistrés des inondations
Jupille: des repas pour les sinistrés des inondations. © Jacques Duchateau

Quand l’union fait la force

L’élan de générosité afflue des quatre coins du royaume, voire même au-delà de nos frontières. Pays-Bas, France, Flandres: au prix de la solidarité, les kilomètres ne comptent pas. «Mon mari et moi étions en vacances à Durbuy lors des inondations», explique Sylvia, qui a fait la route depuis Anvers. «Malgré la barrière linguistique, il faut coopérer. Chaque jour, je vais aider, ici et là, en Wallonie». Nathalie, originaire du Québec, habite aujourd’hui à Turnhout.

VIDÉO | Jupille: 8 000 repas bénévoles par jour pour les sinistrés des inondations
Nathalie, originaire du Québec, habite aujourd’hui à Turnhout. © Jacques Duchateau

Pour être présente sur le site dès 7 h du matin, elle loue une chambre d’hôtel à Liège. «Je ne peux pas rester les bras croisés. Nous sommes tous épuisés mais si on ne le fait pas, les sinistrés ne mangeront pas». Le téléphone vissé à son oreille, elle parcourt son répertoire et dresse un pont solidaire entre Flamands et Wallons. Abattoirs, transports maritimes, marques de grandes distributions: tous répondent présents. «J’ai une dizaine de contacts de l’autre côté de la frontière linguistique qui nous livre chaque jour des kilos de viandes.» Si elle est émerveillée par la générosité des bénévoles et des donateurs, Nathalie regrette l’inaction de la Croix-Rouge.

À ses yeux, l’organisation ne perçoit pas l’urgence de la situation. «Je suis découragée, j’essaye d’établir un dialogue avec eux pour acheter un frigo, sans succès pour l’instant.» Du côté de la Croix-Rouge, ça se débloque: «Nous allons acheter le conteneur frigorifique. Nous saluons l’action bénévole et nous allons tout mettre en place pour accompagner la suite de la distribution dès la mi-août. Même si ce n’est pas évident pour nous de reprendre une initiative locale, organisée par des personnes qui connaissent bien la région.»

VIDÉO | Jupille: 8 000 repas bénévoles par jour pour les sinistrés des inondations
Jupille: des repas pour les sinistrés des inondations. © Jacques Duchateau


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