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FLOREFFE FRANIÈRE - Franière

Depuis douze ans, il se passe d’eau de distribution et transforme la pluie en or bleu

Depuis douze ans, il se passe d’eau de distribution et transforme la pluie en or bleu

Dans son atelier, Bruno «marche sur l’eau» récoltée pour toute application de sa maison. ÉdA – 501534922677

Depuis 12 ans, Bruno transforme toute l’eau de pluie glissant sur son toit vers ses citernes. Ce qui rend son ménage autosuffisant.

À la suite des importantes intempéries du 15 juillet, Floriffoux (comme quelques autres endroits de notre pays) est resté plusieurs jours privé d’eau de distribution consommable.

Sur les hauteurs souvent venteuses de Trémouroux, mais bien protégées en cas d’assaut pluvieux, Cécile Hancart et Bruno Urbaing se sont très vite demandé comment ils pouvaient venir en aide. En ouvrant leur robinet, tout simplement. «Finalement, l’eau est redevenue potable simultanément à notre proposition, mais c’est vrai que nous aurions pu en offrir 1 000 ou 2 000 litres, sans problème. »

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EdA

Et pour cause, vu le déluge tombé ces derniers temps, les quatre citernes du couple (deux de 10 000 1 enfoncées de deux mètres sous le jardin, deux autres de 5 000 1 rajoutées par après, sous l’atelier et ses 30 m2 de toiture), ont fait le plein. «Ce n’était pas le cas à la même période, l’année passée, sourit Bruno, il nous restait quelques milliers de litres, de quoi tenir un petit mois, quand il a recommencé à pleuvoir. »

Pas raccordés à l’eau de ville

Quand ils ont fait construire leur maison en 2009, ces Carolorégiens ont rejoint le club, de moins en moins fermé, de ceux qui ne sont pas raccordés à l’eau de ville. «Soucieux de l’écologie, nous voulions bâtir et vivre en utilisant les solutions ayant le moins d’impact sur la consommation de l’énergie. Une ossature bois, des isolants en cellulose – soit du vieux papier et de la fibre de bois –, des panneaux thermiques pour l’eau des sanitaires, des matériaux renouvelables pour chauffer la maison, etc.Nous avons même pris des parts dans l’éolienne citoyenne, plus bas.» L’idée étant d’utiliser au maximum l’eau coulant sur le toit et ruisselant aux abords de la maison.

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D’autant plus qu’à l’époque, il n’y avait pas de système d’égouttage à proximité: il fallait passer par une épuration individuelle via lagunage. «Mais ça me semblait logique que ce qui tombait ici soit rejeté et purifié ici aussi, plutôt que, par les égouts, rallier une station d’épuration puis la rivière qui n’a d’autre choix que de déborder dans des circonstances telles que celles qu’on a connues.» Surprise, l’égouttage fut mis en place quelques mois plus tard par la Commune, Bruno dû s’y raccorder et oublier son projet de fosse sceptique mais pas ses envies d’autonomie.

Les citernes, coûteuses, étaient installées et il allait pouvoir récupérer l’eau de pluie pour les WC, la machine à laver, les sanitaires. «Rendre l’eau consommable, je n’y pensais pas, l’idée est venue en cours de route. Pour avoir l’eau de ville, je devais payer 1 300€ de raccordement. Il me fallait en débourser moins de 500 pour installer le dispositif de potabilisation, indépendamment du volume des cuves. Puis, je ne devais pas jongler avec une installation complexe mêlant les deux sources. C’est naturellement un investissement sur le long terme.»

Mais les bénéfices aussi le sont. «Plus que de capter l’eau de nappes phréatiques qui s’assèchent en cours d’année.»

 

Les petits ruisseaux font les grandes rivières

«Toutes mes machines fonctionnant avec de l’eau ont plus de dix ans et n’ont pas besoin d’anticalcaire! Puis, ne pas porter les bacs d’eau lors des courses, ça soulage. » Le portefeuille aussi: en comptant 1,5 litre d’eau par personne et un prix moyen de 0,83€ pour une bouteille, on atteint 605€ de dépense annuelle en eau pour un couple. «Sans compter les déchets en plastique ou qu’il faut rapporter les bouteilles en verre

Pour être utilisable dans toutes les applications domestiques possibles et imaginables, l’eau de pluie passe par une série de filtres. Ceux extérieurs ont été bricolés par Bruno: sur toute la corniche, un grillage permet de séparer le liquide des feuilles et autres plumes afin d’éviter le dépôt d’une pape d’humus, tandis qu’une association de toile de moustiquaire et de filtre de hotte empêche les plus grosses impuretés de passer à la sortie du toit.

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Le flux peut alors filer dans les citernes d’où un circuit part en direction de la cave. Après la pompe, place à deux autres filtres. Le premier enlève les particules de plus de 25 µm, le second à charbon actif enlève les odeurs pouvant être issues de la décomposition d’un corps animal ou de composés chimiques. «Là, je peux déjà utiliser l’eau pour les machines, les WC. Pour une utilisation domestique, je dois filtrer jusqu’à 5 µm. » C’est pourquoi une lampe UV, 24 h/24, 365 J/an, prend le relais et tue les bactéries résiduelles. «Pour éviter la turista, quoi! »

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Dernière étape dans la cuisine, où un attelage de quatre cartouches (ultrafiltration) termine le boulot et permet de trinquer en toute sécurité.

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«Les filtres doivent être changés tous les trois mois, ce qui équivaut à 10 minutes de boulot par mois: remplacer une chaussette, le charbon… Il faut une nouvelle lampe tous les ans, et un quartz tous les cinq ans. Pour l’appareil de la cuisine, il faut compter une heure ou deux et un budget de 150-200€ par an. »

Depuis douze ans, le couple a appris à se réjouir des jours de pluie («il n’en faut pas trop quand même») sans constater, et encore moins cette année, de baisse de niveau. «Je me suis retrouvé à sec par souci de vigilance. Un jour, j’ai oublié de couper le tuyau d’arrosage, qui a explosé en pleine nuit.» Une mésaventure somme toute commune mais Bruno a pu compter sur la générosité de son voisin. Les petits ruisseaux font les grandes rivières, mais gageons que ces 30 000 litres récupérés, c’est autant d’eau qui ne nourrit pas les inondations.

 


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