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INONDATIONS

PHOTOS & VIDÉO | À Esneux après les inondations, les dernières heures du camping perdu

À cause des inondations, plusieurs campings vont être définitivement rayés de la carte. On a vécu les dernières heures avec leurs habitants.

Le long de l’Ourthe, à Esneux, les images sont apocalyptiques. Ce genre de photos de villages complètement détruits qu’on a l’habitude de voir tomber dans nos programmes de journalistes après un typhon ou une violente tempête à l’autre bout du globe.

 

Toutes nos habitations étaient d’ailleurs construites en hauteur et, en général, il nous suffisait bien souvent de mettre à l’abri quelques brols qu’on laissait dans l’espace sous celle-ci et d’enlever un peu de boue le lendemain pour oublier tout ça.

 

Sauf qu’ici, au Domaine du Pont à Méry, c’est l’Ourthe, en sortant de son lit, qui a tout emporté sur son passage. De la septantaine de chalets, il n’en reste qu’une petite dizaine seulement encore debout. Le reste n’est qu’amas de bric et de broc. Vu du ciel (à voir dans la vidéo ci-dessous), le spectacle est encore plus impressionnant et désolant.

Des inondations, les habitants du camping du Domaine du Pont à Méry en avaient pourtant déjà vécu. «La dernière fin janvier, note Tanguy Massange, occupé de vider les dernières affaires de son habitation avec son frère, venu en renfort. Toutes nos habitations étaient d’ailleurs construites en hauteur et, en général, il nous suffisait bien souvent de mettre à l’abri quelques brols qu’on laissait dans l’espace sous celle-ci et d’enlever un peu de boue le lendemain pour oublier tout ça. Mais ce que nous avons vécu il y a quinze jours n’a rien à voir avec tout ça.»

 

Heureusement, je n’étais pas présent et une bonne partie des habitants d’ici a eu le temps d’évacuer avec leur caravane. Mais certains ont malgré tout risqué leur vie et ont fini accrochés dans un arbre.

 

Même s’ils ne le font visiblement pas avec plaisir, les habitants du petit camping acceptent malgré tout de se plonger dans leurs souvenirs des quinze derniers jours. «On pensait que ce serait une inondation normale, comme les dernières fois, puis en une heure seulement, l’eau est montée de trois mètres, rendez-vous compte, raconte celui qui vit ici, par période, depuis 1997. Il n’y avait malheureusement plus rien à faire pour nos affaires. C’était trop tard. Heureusement, je n’étais pas présent et une bonne partie des habitants d’ici a eu le temps d’évacuer avec leur caravane. Mais certains ont malgré tout risqué leur vie et ont fini accrochés dans un arbre. »

«De l’eau… bénite pour la bourgmestre»

Face à la violence des événements, réunies en urgence en début de semaine, les autorités locales ont décidé que les habitants du Domaine du Pont et leurs voisins de l’Aval de l’Ourthe, deux campings résidentiels, ne pourraient pas revenir sur les lieux du sinistre pour reconstruire leur habitation. C’en est fini de ces deux espaces le long de l’eau. Pour ceux-ci, déjà meurtri par les événements, après avoir tout perdu ou presque, c’est un second uppercut reçu en plein visage.

 

Nous rendre invisibles. Cela fait longtemps que beaucoup en rêvent à Esneux.
Elle n’est pas la première, mais depuis quelques années, elle tentait déjà de racheter certaines parcelles quand c’était possible. Elle allait finir par nous faire déguerpir à petit feu.

 

Beaucoup estiment d’ailleurs que la bourgmestre esneutoise, Laura Iker, profite des événements pour les faire disparaître. «La pluie, c’était de l’eau bénite pour la bourgmestre», confirme Tanguy. «Nous rendre invisibles. Cela fait longtemps que beaucoup en rêvent à Esneux, soupire Christophe André. Elle n’est pas la première, mais depuis quelques années, elle tentait déjà de racheter certaines parcelles quand c’était possible. Elle allait finir par nous faire déguerpir à petit feu.»

Un choix d’habiter ici

L’ancienne zone touristique est devenue résidentielle, avec des habitants qui y séjournent à l’année. Ceux-ci pensent qu’ils dérangent. «Il n’y avait plus vraiment de touristes ici. C’est vrai que certains sont ici parce qu’ils ont moins d’argent. Il est en effet difficile de trouver un meilleur rapport qualité-prix pour des personnes avec de plus petits revenus, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Personnellement c’était un choix, souligne Christophe. J’ai vécu deux ans dans une vraie maison, mais je m’y sentais en prison. Ce que j’aime, c’est être dans mon chalet, un endroit que j’ai pu aménager comme je le rêvais.Il correspond totalement à mes attentes.»

 

J’ai vécu deux ans dans une vraie maison, mais je m’y sentais en prison. Ce que j’aime, c’est être dans mon chalet, un endroit que j’ai pu aménager comme je le rêvais.

 

Deux poids, deux mesures?

Les habitants du Domaine s’interrogent sur les habitations construites récemment de l’autre côté du pont qui divise la petite bourgade. Tout aussi proche de la rivière et en zone inondable également. «Ce n’est pas une zone touristique», leur a-t-on répondu à la commune. «On nous a aussi dit que ces bâtiments étaient construits sur les pilotis pour justement éviter les inondations, précise encore Christophe. S’il le faut, nous sommes évidemment prêts également à le faire pour nos constructions. »

Désormais, les citoyens esneutois s’inquiètent de savoir à quelle sauce ils vont être mangés par la commune dans les prochaines semaines. Si dans les allées dévastées du camping, plusieurs montants circulent, on assure dans le camp communal qu’aucun tarif n’a encore été établi et que les négociations vont seulement débuter avec la société du domaine. «Malgré tout, ce montant va uniquement payer le bout de terre, pas ce qui était dessus, souligne Christophe. Personnellement, j’ai encore investi de gros montants ces derniers mois pour améliorer mon chalet, mais tout ça était, malheureusement, non assurable. Donc c’est perdu à jamais.»

 

. Je rêve que quelqu’un me propose un petit bout de terre sur lequel on me laisserait construire simplement un nouveau chalet.

 

Leur domaine complètement dévasté et bientôt leurs habitations avalées par les pelleteuses, les habitants n’auront bientôt pas d’autres choix que de chercher refuge ailleurs. «Mais qui va vouloir de nous? » s’inquiète Tanguy. «De manière provisoire, je me suis mis à la recherche d’un appartement pour reloger ma famille, termine Christophe. Mais je n’ai rien trouvé à moins de 1000 euros. Je rêve que quelqu’un me propose un petit bout de terre sur lequel on me laisserait construire simplement un nouveau chalet. Sur les bords d’une rivière? Pourquoi pas, mais je cherche avant tout un joli cadre où on peut respirer comme c’était le cas ici jusqu’il y a quelques semaines.»

 

«Impensable de vivre comme ça avec un bébé de 17 mois»

Dès les premières heures des inondations, une majorité des habitants a pris la décision d’évacuer le camping, emportant avec eux les caravanes mobiles et laissant derrière eux les habitations en dur.

Pendant plusieurs jours, ils ont trouvé place, à l’abri, plus haut dans le village. «Mais avec la promiscuité ce n’était pas évident de cohabiter, entre nous et avec les riverains qui vivent dans ces rues», glisse un habitant.

Ce jeudi, les résidents du Domaine ont été invités à déplacer leur habitation mobile le long de la route du camping dévasté. «D’un côté c’est une bonne chose parce que ça va nous permettre d’avoir un œil face aux nombreux rôdeurs, mais cela va réveiller beaucoup de mauvais souvenirs», regrette Christophe André occupé de nettoyer le site avec des voisins malgré l’expropriation communale. «On a loué nous-mêmes ces grues parce qu’on a envie d’y voir un peu plus clair, souligne-t-il. L’interdiction de pénétrer sur le site? Je m’en fiche. Jusqu’à preuve du contraire, ce petit bout de terrain m’appartient.»

En attendant, l’Esneutois vit donc en famille dans une petite caravane. «Celle avec laquelle nous partions en vacances, précise-t-il. Mais c’est impensable de vivre comme ça avec un bébé de 17 mois sur du plus long terme. Et, pour le moment, on ne nous propose aucune autre solution.»

 


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