JETTE

Chez FleurAkker à Jette, cueillez vos bouquets vous-mêmes: c’est bon pour vous, pour la planète et pour ceux qui les font pousser

Dans le champ de FleurAkker à Jette, vous pouvez cueillir vos tiges vous-mêmes suivant une formule d’abonnement. Venus en voisins, Julie et son fils profitent d’une promenade pour dégainer le sécateur pour la première fois. ÉdA – Julien RENSONNET

Au champ de FleurAkker, à Jette, vous pouvez cueillir vos propres fleurs sauvages, locales et de saison. Le projet de l’Atelier Groot Eiland aide aussi des travailleurs en décrochage dans leur «retour à la terre». Premiers coups de sécateur.

Le calme et le vert étonnent, à quelques centaines de mètres du Ring de Bruxelles. Dans le soleil naissant de cette fin juillet, le regard ne plonge que dans les arbres et les herbes folles. Les taches beurre, groseille et sang de bœuf des tomates anciennes se devinent dans les serres au long desquelles des haricots pistache s’enroulent sur leurs tuteurs. Au bout d’un champ de poireaux bien rangés, quelques «potagistes» prennent leur pose au pied d’une caravane reconvertie en abri de jardin. «Le bruit? C’est une cascade», badine Tom en haussant les épaules en direction de l’autoroute qui croise derrière la futaie. «La plus grande cascade de Belgique».

Nous sommes dans les champs que l’Atelier Groot Eiland cultive sur les hauteurs du Bois du Laerbeek. À une encablure de l’UZ Brussel, l’association bruxelloise qui lutte pour l’insertion professionnelle exploite quelque 6.000m2 de légumes depuis 2 ans pour son projet CourJette. Depuis le printemps 2021, sa déclinaison FleurAkker bine 3.000m2 dans la parcelle adjacente. On y retrouve ses travailleurs enthousiastes alors que les premiers membres de ce projet pas commun dégainent les sécateurs pour leur première autocueillette.

1Autocuillette

Le concept de FleurAkker (pour «champ» en néerlandais): un abonnement en début de saison qui vous donne accès au site. Vous y venez quand vous voulez pour couper vous-mêmes vos tiges en autocueillette. Prix: 150€ pour 180 tiges et 250€ pour 300 tiges. Le bouquet peut aussi être retiré «tout fait», au champ ou au magasin bio de l’Atelier Groot Eiland, le Food Hub du canal à Molenbeek. Le succès est immédiat: tous les abonnements sont vendus pour cette première saison.

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Julie est venue avec son fils pour leur première cueillette chez FleurAkker. Annemie leur explique la technique pour ne pas abîmer les tiges. Les fleurs disponibles se reconnaissent grâce à un petit drapeau vert. ÉdA – Julien RENSONNET

Julie est venue en voisine avec son fils. c’est lui qui coupe la première tige familiale. «J’habite à 3km. Alors ce qui me plaît, c’est l’excursion. On prend le vélo, on vient», confie la Jettoise. «Et puis, les fleurs sont saisonnières et sauvages, très différentes de celles du fleuriste». Pour Julie, FleurAkker est dans l’air du temps: «Avec l’année 2020 qu’on a eue, on a envie de ralentir et de soutenir des projets qui font du bien à l’environnement».

2Fleurs locales et de saison

Malgré un retard de 3 semaines à un mois «à cause d’un printemps froid et pluvieux», les premières tiges fleurissent depuis quelques jours dans les sillons du Laerbeek. Il faut être patient avec l’agriculture durable et équitable: ici, on est loin des containers de tulipes et de roses low-cost débarquées du Kenya, bourrées d’intrants et de main-d’œuvre à bas prix.

Chez FleurAkker à Jette, cueillez vos bouquets vous-mêmes: c’est bon pour vous, pour la planète et pour ceux qui les font pousser
Les variétés sélectionnées par Annemie sont belges et de saison. ÉdA – Julien RENSONNET

Chez FleurAkker à Jette, cueillez vos bouquets vous-mêmes: c’est bon pour vous, pour la planète et pour ceux qui les font pousser
Un peu de mélisse pour embaumer votre intérieur? ÉdA – Julien RENSONNET
Dans les bouquets liés par Celina et Yousra: zinnias, lupins, phlox, delphiniums, cosmos, pavots ou tournesols. «Ce sont des plantes locales, qui poussent en saison en Belgique», détaille Annemie Knaepen, instructrice pour l’Atelier Groot Eiland et responsable FleurAkker. D’ailleurs, certaines s’évadent hors des parterres désherbés à la main. «À terme, il y aura des annuelles et des vivaces. On plante aussi un peu de verdure, des herbes qui embellissent les bouquets. Comme la mélisse qui apporte son frais parfum citronné».

3Une idée… japonaise

FleurAkker repose sur le système du CSA, ou «Community Supported Agriculture», soit «agriculture soutenue par la communauté». «Le concept vient du Japon», explique Annemie Knaepen. «Certaines familles ont constaté des problèmes de santé chez leurs enfants à cause de la nourriture industrielle. Pour développer une agriculture plus locale et plus saine, ils ont inventé ce système communautaire pour cultiver eux-mêmes».

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La formule de CSA permet à la fois de revenir à une agriculture durable, de se réapproprier les cultures et d’en faire profiter les travailleurs comme Najem, Astar, Celina, Yousra. ÉdA – Julien RENSONNET

L’idée a fait son chemin par les USA avant d’arriver chez nous. Par ce biais, «des petits projets agricoles, sans machines ni pesticides, trouvent une raison d’exister», défend Annemie Knaepen. C’est ainsi que CourJette s’est lancé sur ce terrain de la VUB. Avant que FleurAkker ne marche dans ses traces de bottes.

4Un projet social

«Le truc de l’Atelier Groot Eiland, c’est l’économie sociale». C’est ainsi que FleurAkker s’enrichit d’une main-d’œuvre bénévole «de volontaires au parcours de vie parfois compliqué».

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Les bénévoles et formateurs de FleurAkker: Najem, Astar, Celina, Yousra, Annemie et Tom. ÉdA – Julien RENSONNET

Aux petits soins pour les fragiles saisonnières jettoises, on retrouve des Bruxellois qui se remettent d’un burn-out, des réfugiés, des personnes handicapées, des travailleurs en réinsertion ou d’autres profils en plein questionnement. «Ce retour à la terre aide nos bénévoles à se vider la tête. Ils se ressourcent avec des tâches très simples», acquiesce leur formatrice. «Quand tu désherbes toute la journée, tu rentres le soir avec une bonne fatigue et une tâche menée à bien».

On voit cette satisfaction dans les sourires de Najem, Astar ou Celina. Si vous enviez leur apaisement, sachez que les bénévoles sont toujours les bienvenus, «même pour un ou deux jours par mois».

Yousra: «Les fleurs, c’est thérapeutique»

Après avoir planté quelques jeunes pousses, Yousra El Jilali s’attelle à l’assemblage des bouquets que les membres de la communauté viendront chercher cette semaine. La jeune Molenbeekoise a la banane. Pourtant, elle se remet doucement d’un burn-out, vécu suite à son travail comme responsable d’un supermarché en plein centre de Bruxelles.

Chez FleurAkker à Jette, cueillez vos bouquets vous-mêmes: c’est bon pour vous, pour la planète et pour ceux qui les font pousser
Le «pouvoir des fleurs», comme chantait Voulzy pour Yousra, c’est celui de la ramener à la socialisation et au travail après un épisode de burn-out ravageur dans la distribution. ÉdA - – Julien RENSONNET

«Ici, j’arrive le sourire aux lèvres alors qu’avant, je me levais avec les pieds de plomb», lance-t-elle. «Venue chercher la paix» sur les conseils de son médecin «qui connaissait le projet», Yousra a vu son anxiété s’envoler depuis son arrivée en mars. De 2 jours semaine de travail bénévole, elle est passée à 3. «Le contact avec les gens, les fleurs, c’est thérapeutique», assure-t-elle.

Les mauvaises herbes, clients n’en veulent pas. Je les aime bien, moi. On essaye toujours d’en mettre un peu. Même parfois avec des épines.

Après quelques semaines «aux légumes», la Bruxelloise a viré vers les fleurs. «C’est un travail minutieux, de longue haleine. On part de la graine pour arriver au bouquet. On voit le fruit de son travail», se félicite Yousra. Qui avoue un faible… pour les mauvaises herbes. «Les clients n’en veulent pas, mais moi je les aime bien. On essaye toujours d’en mettre un peu. Même parfois avec des épines», rit-elle en visant les moutonnements moussus des carottes sauvages qui blanchissent dans son dos.

Le travail sur elle-même, Yousra El Jilali le réussit aussi grâce à ses collègues du champ. «L’équipe est géniale. Tout le monde a un problème différent ici. Quand on discute, on va au fond des choses, on se comprend et ça développe notre empathie». La Molenbeekoise a conseillé à une amie de la rejoindre. «J’invite aussi tous les Bruxellois qui télétravaillent à venir une fois par semaine ou quand ils peuvent: ça permet de sociabiliser». Et de ne pas parler qu’aux fleurs de son bureau.

Chez FleurAkker à Jette, cueillez vos bouquets vous-mêmes: c’est bon pour vous, pour la planète et pour ceux qui les font pousser
Si vous avez le bourdon, quelques heures de bénévolat chez FleurAkker peuvent vous changer l’état d’esprit. ÉdA – Julien RENSONNET

+ EN PRATIQUE | FleurAkker se trouve au chemin des Moutons à 1090 Jette. Dans Google Maps, cherchez « CSA CourJette ». Infos sur la page web de FleurAkker.


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