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INONDATIONS

Après les inondations, des psys pour éviter d’autres drames: «Certains traumatismes risquent d’être dramatiques»

Après les inondations, des psys pour éviter d’autres drames: «Certains traumatismes risquent d’être dramatiques»

Les équipes de l'ASBL "Un pass dans l'impasse" arpentent les villes pour discuter avec les personnes en détresse. EdA Mathieu Golinvaux

Des équipes mobiles de psychologues arpentent les rues des villes sinistrées par les inondations pour éviter de nouveaux drames.

Commerce après commerce, Océane et Orpha arpentent les rues de Pepinster. Depuis lundi, les deux jeunes psychologues vont à la rencontre des indépendants touchés par les intempéries des derniers jours. Un simple bonjour par ici, un mot laissé dans une boîte aux lettres par là, ou encore un échange de plusieurs minutes: elles prennent le temps qu’il faut.

Habituées de répondre à la détresse des gens par téléphone, avec leurs collègues de l’ASBL Un pass dans l’impasse, elles ont décidé d’enfiler leurs bonnes godasses et d’aller directement rencontrer les gens cette fois.

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Les discours des gens sont parfois extrêmement durs. Certains ont vu des corps flotter, d’autres ont vu des maisons s’effondrer avec des personnes à l’intérieur. Certains traumatismes risquent d’être dramatiques si on ne fait rien.

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«Là où ils ont besoin de nous, insistent-elles. On veut éviter d’autres sortes de drames.Les discours des gens sont parfois extrêmement durs. Certains ont vu des corps flotter, d’autres ont vu des maisons s’effondrer avec des personnes à l’intérieur. Certains traumatismes risquent d’être dramatiques si on ne fait rien.»

Face à ces gens qui ont souvent tout perdu, les premiers échanges sont souvent identiques. « Ce n’est que du matériel. Comparé à d’autres, je ne peux pas me plaindre», glisse d’emblée Patricia, dont le salon de coiffure a été complètement ravagé par l’eau de la Vesdre.

Puis, au fil des échanges, les langues se délient. « Je n’ai pas pleuré le premier jour, mais ce matin, je tremblais en arrivant sur place. J’ai un peu l’impression que c’est chaque jour un peu plus dur, que l’on ne verra jamais le bout de tout ça», reprend la citoyenne pépine.

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Puis, nous essayons de voir avec eux s’il existe déjà des potentiels symptômes de traumatisme qui apparaissent déjà, ou une sorte de stress aigu dans un premier temps. 

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Le cas de Patricia est loin d’être isolé. Déjà lourdement impactés par la crise sanitaire, les indépendants sont nombreux à avoir pris une nouvelle claque en plein visage avec cette vague qui a déferlé dans les vallées et dans leur vie sans demander son reste. « Dans un premier temps, on cherche juste à savoir comment les gens se sentent, qu’elles sont leurs ressources, détaille Océane. Puis, nous essayons de voir avec eux s’il existe déjà des potentiels symptômes de traumatisme qui apparaissent déjà, ou une sorte de stress aigu dans un premier temps. »

Les signaux d’un traumatisme

Souvenirs pénibles récurrents involontaires et envahissants, flash-back, incapacité de ressentir des émotions, sens de la réalité modifier, problème de concentration ou sommeil perturbé sont autant de signaux qui doivent alerter. «Ces symptômes sont normaux, mais s’ils persistent après un mois, alors il vaut mieux qu’ils soient pris en charge, précise encore la psychologue. Ce sont les signaux qu’ils sont occupés de développer un traumatisme. »

La boue et les déchets à peine retirés des trottoirs, il est sans doute beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions. «On remarque d’ailleurs une certaine résilience de la part de ces personnes, note Océane. Les gens nous disent souvent qu’ils sont toujours vivants et que c’est tout ce qui compte. »

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On remarque d’ailleurs une certaine résilience de la part de ces personnes. Les gens nous disent souvent qu’ils sont toujours vivants et que c’est tout ce qui compte. 

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Après cette première prise de contact, Océane et Orpha ne repartent jamais sans laisser un petit fascicule à toutes les personnes rencontrées. «Si cela ne vous sert pas à vous, ce sera peut-être utile à un voisin ou à un ami», justifient-elles.

Celui-ci renvoie notamment vers une ligne d’assistance téléphonique gratuite (0800/300 25).

«Le fait de simplement de parler, leur fait souvent du bien, estime Océane. Peu de gens le savent, mais il est possible d’avoir accès à huit séances de soins entièrement gratuites avec un psychologue.»

Au milieu de sa petite boutique presque complètement vide, alors qu’elle est occupée d’imaginer comment elle va se reconstruire, Christiane estime ne pas en avoir besoin. «Pour l’instant en tout cas et je veux laisser cette place aux gens qui en ont encore plus besoin que moi, avoue-t-elle. Certains ont vu et vécu des choses tellement plus terrifiantes encore. Malgré tout, le simple fait de pouvoir discuter quelques minutes avec ces gens m’a déjà fait le plus grand bien. Cela ne sert à rien de garder tout ça pour nous. Il faut en parler un maximum. Il faut que cela sorte, même si cela prendra beaucoup de temps.»

À Pepinster, Trooz, Chênée ou encore à Rochefort et Dinant, plus encore que de remettre les villes en état, moins visible, mais tout aussi importante la reconstruction mentale de ceux qui ont vécu en direct les drames de ces derniers jours s’annonce déjà longue et douloureuse.

Sur le terrain jusqu’en septembre 

Armée de leur veste blanche, quelques fascicules et de la parole, leur meilleur outil, les psychologues d’ Un pass dans l’impasse l’avouent d’emblée: leur présence sur le terrain est sans doute un peu précoce.

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À Vaux-sous-Chèvremont, par exemple, nous avons trouvé un village presque mort. Les rares personnes qui étaient encore là avaient besoin de parler. Ailleurs, les gens sont souvent encore très occupés et il y a de nombreux bénévoles et même la presse. 

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«Mais la situation n’est pas la même partout, précise Océane. On ne peut pas faire de généralité.À Vaux-sous-Chèvremont, par exemple, nous avons trouvé un village presque mort. Les rares personnes qui étaient encore là avaient besoin de parler. Ailleurs, les gens sont souvent encore très occupés et il y a de nombreux bénévoles et même la presse. Cela leur donne l’impression d’exister. Quand ils ne seront plus dans l’action, quand tout va retomber, quand ils vont se retrouver seuls, ils vont avoir besoin d’aide.»

C’est pour cette raison que les équipes de psychologues reviendront dans quelques semaines dans les villes et villages déjà visités. «Et si certains ont envie de parler, ils peuvent toujours nous appeler », terminent les psychologues.

Lignes d’écoutes gratuites pour tous: 107 ou 1771. Lignes d’écoute pour les indépendants: 0800/300 25


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