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BOMEL

VIDEO & PHOTOS | Bomel: Derrière la porte des Petits Riens, le chaos

Le magasin social des «Petits Riens» est complètement dévasté. L’eau est montée à plus de 2 mètres, au point de percer un des murs du bâtiment. Ce mardi, c’était le temps de l’évacuation et du nettoyage.

Il s’en est fallu de peu pour Donatienne de Wasseige, gérante du magasin de seconde main «Les Petits Riens» à Bomel. Elle clôturait les comptes de la journée de vente, aux alentours de 18 h 30 ce samedi, lorsque l’orage a rugi. «J’attendais tranquillement que l’orage se termine, pour ne pas être trempée. Je pensais que c’était un orage comme les autres» souligne la gérante, alors insouciante. Un peu d’eau pénètre ensuite dans le magasin par le biais d’une chambre de visite. Donatienne va chercher des torchons dans la buanderie et à son retour, à peine une minute plus tard, l’eau affiche déjà quelque 80 centimètres de haut devant la porte d’entrée. «La porte s’est alors ouverte d’un coup et a relâché l’eau qu’elle retenait, je me suis agrippée au comptoir pour ne pas tomber. J’ai réussi à aller jusqu’au compteur et couper le courant électrique. Et heureusement, j’ai pu gagner l’issue de secours et m’enfuir.»

Il était moins une. Quelques minutes de panique auraient condamné Donatienne dans ce cul-de-sac bomelois. «Les Petits Riens» sont situés dans le sous-sol d’un immeuble, au terme d’une rampe en forte pente, à quelques mètres sous la voirie. Cette configuration explique aisément le déchaînement des eaux au cœur de la boutique de seconde main. «Tout est à jeter, il n’y a rien à récupérer, la totalité des biens est sens dessus dessous, couverts d’une couche épaisse de boue et de mazout» continue Donatienne de Wasseige.

Ce mardi, les militaires de l’école du génie d’Amay, entourés d’une armée de bénévoles, entamaient l’évacuation des biens souillés: armoires, vêtements, poupées, jouets, décoration, etc. Il n’y a rien à trier, rien à garder, tout doit partir. La quantité de déchets est tellement importante que le bulldozer de l’armée les cueillait au bas de la rampe, pour plus d’efficacité. Trois jours après le déluge, les bénévoles sont toujours présents en nombre. La boutique lance cependant un appel aux bénévoles libres ce mercredi pour venir terminer l’immense chantier.

Inquiétude sur un mur

L’eau torrentielle qui a dévalé la rampe des «Petits riens» a dû trouver une porte de sortie. C’est à l’arrière du bâtiment qu’elle a démembré un mur maçonné de blocs pour se jeter vers la rue Piret-Pauchet. L’état du mur, béant et fissuré, ne fragilise pas l’édifice, assurent les pompiers namurois. Cela n’empêche que les lieux devront faire l’objet d’importants travaux de rénovation. «Nous sommes fermés pour des semaines, voire plus», explique Olivier Neuskens, directeur de la communication de l’ASBL bruxelloise.

«Les Petits Riens», en tant que locataires du bâtiment, sont obligés d’envisager toutes les possibilités. Si aucune décision n’a été prise, l’idée d’un déménagement temporaire ou permanent n’est pas totalement exclue. «Encore faudrait-il trouver un endroit suffisamment grand en centre-ville, ce n’est pas gagné non plus» commente Donatienne.

La propriétaire de l’immeuble est également consternée. Sur place ce mardi, face à l’étendue des dégâts, elle ne peut témoigner que de son impuissance. «C’est terrible comme on ne peut rien faire pour stopper une telle force. Nous allons évacuer et nettoyer, d’abord. Et pour les rénovations, on décidera plus tard ce qu’il y aura lieu de faire» précise-t-elle.

Comment indemniser?

La quantité de biens perdue par «Les Petits Riens» est conséquente. Et a priori, elle ne sera pas remboursée par les assurances. «Le modèle des assurances est basé sur des factures d’achat, explique Olivier Neuskens, mais tout ce que nous avons émane de dons, c’est notre métier de valoriser ces biens.»

À quelques pas, toujours dans Bomel, le magasin Oxfam est dans la même situation. L’eau n’est pas montée à plus de deux mètres, comme chez son voisin, mais une bonne partie de l’immense stock est à jeter. «À quoi bon ouvrir toutes ces caisses trempées par l’eau? Comment pourrions-nous valoriser du textile de seconde main auprès de nos assurances? à la pièce, au kilo?» explique Benoît Dive, manager de l’antenne namuroise d’Oxfam.

«Les Petits Riens» à Namur, c’est une dizaine de bénévoles et employés. Sur l’ensemble du réseau de 28 magasins en Belgique, celui de Namur est définitivement le plus endommagé par les récentes intempéries. L’association propose donc aux personnes désireuses de faire des dons de se rendre à Charleroi, Wavre ou Liège. Quant aux bénéficiaires, les clients des «Petits Riens», ils devront attendre quelques semaines pour pouvoir à nouveau acheter de quoi se vêtir, se meubler et s’équiper à bas prix. C’est probablement le plus grand malheur de ces inondations à Bomel: l’impact sur les nombreuses associations de solidarité présentes dans le quartier. «Les petits riens, ce n’est pas qu’un magasin. C’est de l’action sociale pour aider des sans-abris, des familles défavorisées, des personnes à la marge» rappelle Donatienne.

Restos du cœur, la main tendue, les trois portes, les Petits Riens, Oxfam, pour ne citer qu’eux, ont tous été inondés. Au final, c’est tout le centre de gravité de l’action sociale et associative namuroise qui paye le lourd tribut de ces inondations.


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