CHERCQ

Le Tournai d’avant: le patron en maître? C'est la lutte ouvrière

1900 ne signifie pas que l'entrée dans un nouveau siècle mais aussi l'éclosion de la révolte de la classe ouvrière aspirant à une vie meilleure.

C'est un tout petit village que Chercq et pourtant, la vie sociale était bien plus développée alors que de nos jours. Les 1006 habitants de 1930 s'amusent aux trois jours de ducasse et bals dans différentes salles. Ils ont l'embarras du choix entre les sociétés d'archers de Saint-André et de l'Union,, le jeu de boules Saint-Nicolas, sociétés disséminées dans les cafés du village. Insuffisant, oui, des idées d'émancipation naissent..

Guerre de la pierre

C'est bien une guerre qui se déroule dans ce village. En cause, la pauvreté endémique de ceux qui œuvrent dans les fours à chaux et dans les carrières aux bancs de diverses qualités. Deux seulement sont encore en activité en 1930, Broquet et Casaque de M. Thorn.

Là naît le conflit entre le patron Thorn et son personnel

«Afin de faire admettre aux patrons leurs revendications hélas trop souvent méconnues, la plupart des ouvriers de la pierre se sont groupés dans une section du syndicat des carriers» commente l'historique du lieu. Cette section est fondée en 1908 par B. Baudry, L. Chevalier, V. Decarpentrie et quelques autres. Très vite, elle prospère, se dote en 1909, avec manifestation populaire à la clef, d'une magnifique bannière.

Première menace: Quelques jours plus tard, M. Thorn «effrayé des effets que pouvait avoir cette manifestation sur des carriers jusque-là rebelles à l'idée syndicaliste» convoque ses ouvriers (beaucoup habitaient des maisons lui appartenant) dans la salle du Grand Salon. Il invite chacun à lui remettre son carnet de membre du syndicat ajoutant «que ceux qui n'obéiraient pas seraient privés de travail et expulsés de leur habitation». Sa conclusion fut nette : «Ceux qui sont avec moi restent, ceux qui sont contre s'en vont». Personne ne sort,, la menace était sérieuse. Mais la victoire patronale est celle de Pyrrhus, sans carnet, les syndiqués cotisent. .

Deuxième choc: En avril 1913, lors d'une manifestation monstre à Tournai avec prise de parole des députés libéraux progressistes et des socialistes, pour l'obtention du suffrage universel la fanfare chercqqoise participe au cortège.

Quelques jours plus tard, les musiciens sont convoqués en leur local et priés de remettre leur instrument, payé par un Victor Thorn farouche adversaire du suffrage universel. C'est la fin de la phalange dont les membres s'en allèrent jouer chez les voisins.

À gauche, toute

Il faut attendre l'armistice et la reprise des activités sociales et économiques pour qu'un climat revendicateur renaisse «face à la dictature de la famille Thorn dirigeant la commune depuis 1874».

Mais «avec le suffrage universel et la prise de conscience de la classe ouvrière, deux listes sont en lutte aux élections du 11 avril 1921, l'une socialiste, l'autre libérale-catholique». Les prémices illustrent la tension, M. Thorn empêchant les orateurs averses de discourir à Chercq, Émile Royer le fera à la liimite de Calonne.

Au soir des élections, les Socialistes ont cinq sièges, leurs opposants quatre. La rancune de M. Thorn est tenace. Louis Chevalier, machiniste et bourgmestre et Henri Baudry, tailleur de pierres sont licenciés aux carrières Thorn et expulsés (d'autres sympathisants aussi) et ne retrouvent de travail qu'à Basècles et en France. Car alors, les mandataires communaux étaient très peu rémunérés.

La nouvelle majorité s'attelle à donner aux habitants de meilleures conditions de vie, construction de maisons ouvrières, cours du soir, éclairage public, distribution d'eau, cercle de conférences publiques, aides aux Secours Mutuels...


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