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CINÉMA

INTERVIEW | Benoît Poelvoorde: «J’ai fait un effort pour être moins paresseux»

La jeune Jules Lefebvre, vu dans «Duelles», joue le fils d’un père violent et mythomane campé par Benoît Poelvoorde.© Caroline Bottaro

Le Namurois s’est investi pour jouer un père violent dans «Profession du père», une adaptation par son ami Améris du roman de Chalandon.

Jean-Pierre Améris et Benoît Poelvoorde forment un vieux «couple». Le premier avait fait appel à l’acteur namurois dès 2010, pour jouer dans Les émotifs anonymes, une merveille de comédie romantique névrosée dans laquelle il donnait timidement – c’est le rôle qui voulait ça – la réplique à Isabelle Carré. En 2015, le duo remettait ça avec Une famille à louer, une autre comédie loufoque dans laquelle le comédien belge incarnait un quadragénaire excentrique qui louait les services de Virginie Efira et de sa bruyante famille. Clap troisième ce mercredi avec Profession du père, une adaptation par Améris du roman biographique de Sorj Chalandon. Et à charge pour l’ami Poelvoorde de jouer un salaud, père de famille et mari violent, mythomane compulsif et raciste notoire dans la France de l’immédiat après-guerre. Un suicide artistique? Même pas. Un joli coup d’audace, plutôt, pour celui qui a accepté de répondre à quelques questions sur le sujet.

Benoît Poelvoorde, le nouveau film de Jean-Pierre Améris est renseigné comme une «comédie dramatique»: pourtant, quand on lit le scénario, ce n’est pas drôle, drôle, votre histoire, là…

Qui a écrit ça (il rit)? Non, non, ce n’est pas drôle, drôle, c’est sûr, même s’il y a toujours une part de drame dans toute bonne comédie. Et c’est vrai qu’au départ, on se dit que ça doit être marrant d’avoir un père comme ça, qui raconte mille histoires à la minute, quitte à se contredire. Mais après, ça part en vrille, c’est vrai…

Disons-le clairement: c’est un rôle de salaud.

Beaucoup de gens m’ont d’ailleurs conseillé de ne pas le faire: un père qui martyrise sa femme et frappe son gosse, il y a plus reluisant, comme rôle, je dois avouer. Mais je connaissais le livre de Chalandon, et je connaissais Jean-Pierre: avec sa rigueur, je le pensais capable d’y arriver. Tout ce que je voulais savoir, et je lui ai d’ailleurs posé la question avant d’accepter, c’était s’il aimait le père. Il m’a dit oui. Et c’était important, parce que, et Jean-Pierre ne s’en cache pas, il a eu, lui aussi, un père assez violent. Certes, ceci est une adaptation, mais aussi une façon pour Jean-Pierre de parler de sa propre histoire, et de son propre père. Et c’est vrai que chaque fois qu’il m’appelle, c’est pour parler de son intimité…

Les rôles évoluent, aussi: dans «Les émotifs anonymes», vous campiez un personnage un peu doux dingue. Avec le temps, les rôles que Jean-Pierre Améris vous réserve sont de moins en moins doux, et de plus en plus dingues, non?

Oui, et en même temps, Jean-Pierre lui-même est un peu comme ça: quand il vous parle, vous ne savez jamais si vous devez l’enfermer ou continuer à l’écouter. C’est une bataille qu’il livre avec le réel, ses problèmes, sa vie, son imaginaire. Et le cinéma lui permet d’évacuer ses doutes, ses angoisses, ses questions. Donc, oui, doux dingue, ça lui va bien. Et, quelque part, à moi aussi.

Quoi qu’il en soit, il vous pousse, et d’autres cinéastes aussi, vers des rôles de plus en plus sombres, ces dernières années: celui-ci, c’est le «pire»?

Le «pire», je ne sais pas, mais c’est l’une des rares fois où je me suis discipliné: j’ai fait un effort pour être toujours concentré, pour arriver moins fatigué le matin, etc. J’espère que ça se voit, parce que, autant je me moque de ce qu’on pense de moi, autant j’ai toujours peur qu’on dise: «C’est pas mal, mais ça aurait été mieux avec un autre acteur

«Profession du père», comédie dramatique de Jean-Pierre Améris. Avec Benoît Poelvoorde et Audrey Dana. Durée: 1 h 46. Sortie le 28/7.

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