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BOMEL

PHOTOS & VIDEO | Inondations: À Bomel, la grande muette sort les raclettes

Les militaires ont aidé dimanche et lundi les commerces et les particuliers de Bomel. ÉdA – Florent Marot

Depuis dimanche après-midi, une trentaine de militaires s’affaire à nettoyer le quartier de Bomel. Priorité à la salubrité et la sécurité, avant d’attaquer les caves des particuliers.

C’est le grand congrès de la fonction publique, rue Piret-Pauchet. Agents de la protection civile, militaires, pompiers, agents communaux et même douaniers s’activent dans les caves, les parkings, les magasins et les nombreuses associations solidaires que compte le quartier.

Deux jours après le déluge et les dégâts dus aux inondations, l’urgence est toujours réelle sur les quelques points fragilisés du quartier.

Le premier concerne un mur, situé à l’arrière du dépôt «Les Petits Riens» et donnant sur un parking d’immeuble.Les militaires s'efforcent d'éloigner tout objet qui semble dangereux. Le mur, fissuré sur sa longueur, réclame une attention permanente. Pour faciliter l’évacuation des voitures de ce parking ainsi que l’arrivée d’éventuels véhicules de chantier, les militaires ont nettoyé le manteau boueux qui obstruait l’accès. «Les pompiers ont estimé que ce mur ne menaçait pas de s’effondrer dimanche en soirée, mais nous continuons à le garder à l’œil, car la situation peut évoluer» commente Maxime Prévot, bourgmestre namurois. Le mur des «Petits Riens» faisait partie ce lundi soir de la tournée (chargée) de l’expert en stabilité dépêché par la Ville de Namur.

La nourriture au bac

Plus loin dans la rue, au Sevimler Market, les soldats portent des vivres, remplissent les conteneurs et font glisser les raclettes. «La priorité aujourd’hui, c’est d’évacuer tout ce qui est nourriture, raconte un militaire sur place, pour des questions d’hygiène et de salubrité et éviter d’avoir des rats gros comme des kangourous.»

À la manœuvre, deux casernes: les para-commandos de Tielen et les élèves de l’école du génie d’Amay. Les premiers fournissent surtout la main-d’œuvre, tandis que les deuxièmes gèrent les machines. Du magasin sortent des caddies entiers, par dizaines. Une chaîne humaine en uniforme vert charge les vivres dans une benne de bulldozer, elle-même versée dans le camion bac pour prendre la direction de la centrale de tri du BEP, à Floreffe. Dans l’épicerie, les militaires et des bénévoles évacuent la boue, les olives, les charcuteries turques, tout ce qui a été pollué par les eaux. Sara et Gabriel, jeunes bénévoles fluets de dix ans à peine, nettoient cet immense garde-manger aux côtés des gros bras de l’armée. «Ils sont déjà venus hier et la semaine dernière à Jemelle, raconte Cécile, leur fière grand-mère, c’est eux qui demandent à revenir, ils sont courageux.»

La surface du magasin est impressionnante, plus qu’une épicerie, c’est un supermarché aux accents multiculturels. «Nous n’avons aucune idée de quand nous pourrons ouvrir à nouveau. Il y en a pour plus de 100 000 euros de perte en nourriture, raconte Afedin et Burkhan, les gérants, l’eau est arrivée à près de 70 centimètres, tout ce qui était en bas dans les rayons est foutu.»

Visite ministérielle et coup de fil royal

La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, a foulé la boue bomeloise ce dimanche en compagnie du bourgmestre. Elle s’est rendue dans le quartier sinistré à la rencontre des militaires et au retour des zones endeuillées de la province de Liège. «Nous avons décidé de concentrer l’action des militaires sur le quartier de Bomel, particulièrement touché et démographiquement plus dense. Nous préférons les concentrer à un seul endroit, afin de maximiser leur force de frappe» précise Maxime Prévot. Celui-ci a demandé que les soldats prolongent la mission namuroise jusque mardi soir, soit, un jour de plus que prévu.

Lundi après-midi, 24 h après la ministre de la Défense, c’est le Roi Philippe qui contactait le bourgmestre pour témoigner son soutien aux Namurois et s’enquérir sur l’état de la situation.

Solidarité civile

L’armée, entre les coups, était aussi à disposition des particuliers pour mettre les biscotos à l’épreuve des escaliers de cave. «Ils sont balèzes, à deux, ils portent des meubles qu’on ne sort pas à quatre» commente Fabrice, fils de Bomelois. Son père, Claude, 79 ans, a été inondé au rez-de-chaussée pour la première en quarante ans. «On a essayé de surélever quelques meubles, le frigo, mais l’eau est montée trop haut.» Machinalement, les soldats sortent les affaires de Claude à rue. Tout un pan de vie recouvert de boue, en voie vers la destruction.

Si la trentaine de militaires en fonction ne pipe pas mot (priorité au travail, précisent les soldats), ce n’est pas le cas de Guylian, soldat en congé venu d’Amay pour aider les Bomelois. «Je suis en vacances jusqu’au 15 août, je les occupe en partie à aider les sinistrés, raconte le jeune militaire, entre deux manutentions, d’une maison à une autre, on remarque les mêmes têtes, ceux qui sont venus d’ailleurs pour donner un coup de main.» C’est le cas de Xavier, un Tournaisien qui est passé des vacances à l’étranger aux coups de raclettes à Bomel. «Plutôt que d’enchaîner sur des vacances à la mer, je viens aider ici le reste de mes congés. Cela me semblait logique.» Le service à la nation, cela se fait avec ou sans l’uniforme.


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