CHARLEROI / HAM-SUR-HEURE-NALINNES

AUDIO| L’ex-Kraftwerk Wolfgang Flür collabore avec le Hamois Fabrice Lig pour rendre hommage au Cinéma

AUDIO| L’ex-Kraftwerk Wolfgang Flür collabore avec le Hamois Fabrice Lig pour rendre hommage au Cinéma

C’est Wolfgang Flür (à droite), percussionniste de Kraftwerk, qui a contacté Fabrice Lig. EdA

L’artiste carolo de musique techno, Fabrice Lig, vient de sortir «Cinema», composé avec Wolfgang Flür.

Quel musicien n’a, un jour, caressé l’espoir de jouer aux côtés de ceux qu’il admire ou de ses idoles? DJ et compositeur de musique techno, le Carolo Fabrice Lig – sur la scène – a déjà eu beaucoup de satisfactions sur ce plan (lire ci-dessous). Mais lorsque, voici un peu plus de deux ans, Wolfgang Flür l’a contacté par Facebook, «j’ai d’abord cru que c’était une blague», avoue-t-il.

Si le nom ne dit pas grand-chose à un public non averti, celui de Kraftwerk en dit déjà beaucoup plus. Qui, en effet, ne connaît Radioactivity ou The Robots, deux des titres les plus connus du groupe allemand, considéré comme un pionnier de la musique électro qui a influencé nombre de groupes new-wave, mais aussi des groupes hip-hop, house et techno qui ont suivi?

Wolfgang Flür était le percussionniste de l’époque la plus faste du groupe adulé par Fabrice Lig. «DJ Hell, un DJ allemand très connu, lui avait fait écouter un de mes remixes, explique le Carolo. Ça lui a plu et il m’a demandé de faire un remix pour un de ses morceaux. On a ensuite discuté ensemble, c’est quelqu’un d’hyper-gentil. Et on a décidé de faire un morceau ensemble.»

Cinquante-cinquante

Fabrice Lig a envoyé une base musicale qui a beaucoup plus à son mentor. «Ça lui a fait penser au cinéma.» Et c’est ainsi qu’est venue l’idée d’un morceau dédié au septième art. «Ça tombait bien, je suis aussi cinéphile. Il est parti sur le cinéma français, notamment la nouvelle vague, sans doute parce que je suis francophone.»

À l’arrivée, cela donne un morceau très homogène: l’on retrouve tout autant la marque de fabrique de Fabrice Lig avec ses sonorités high-tech, funk et soul, et la touche kraftwerkienne, avec les voix et les «synthés à l’ancienne» qui donnent un côté plus pop au morceau, «tout en gardant l’ADN de la musique que je lui avais envoyée au départ. C’est vraiment la collaboration idéale.»

Fabrice Lig a choisi de présenter son nouveau-né cet été, au complexe cinématographique Quai 10, en bord de Sambre. Mais, assure-t-il, il n’y a aucun opportunisme commercial là-dessous, juste une belle occasion de mettre en lumière le secteur culturel, et en particulier le cinéma, durement éprouvé par la pandémie. «L’idée du cinéma ne vient d’ailleurs pas de moi, et le morceau a été composé il y a deux ans, avant la pandémie», précise-t-il.

Morceau commun

La suite, ce sera un nouvel album, «le 7 ou 8e, je pense», sourit-il, prévu pour la fin de 2021. «On y retrouvera Cinema, qui apparaîtra aussi sur le prochain album de Wolfgang.» Le Carolo entamera une tournée promo dès novembre qui devrait passer par le Rockerill. Son espoir, c’est que Wolfgang Flür puisse apparaître, dans l’un ou l’autre concert, avec sa batterie électronique…

La collaboration en restera-t-elle là? «Je pense qu’il pourrait y avoir une suite», affirme Fabrice Lig.

D’une révélation à la patinoire à une réputation internationale

Citoyen d’Ham-sur-Heure, Fabrice Lig a bâti progressivement sa réputation au plan international.

Fabrice Lig. Un nom que les amateurs de musique techno connaissent bien, en Belgique et sans doute plus encore à l’étranger, et… peut-être moins à Charleroi, où il est né il y a 48 ans. «Nul n’est prophète en son pays, mais après 30 ans, ça fonctionne», observe cet habitant d’Ham-sur-Heure qui est aussi prof de philo, heureux du dynamisme culturel de Charleroi depuis une décennie.

C’est à la fin des eighties que le jeune Fabrice Ligny a reçu la révélation de la techno. «J’avais 15 ans, c’était à la patinoire de Charleroi, un lieu apprécié de la jeunesse à l’époque. J’ai entendu Inner City, de Big Fun.» Un des premiers morceaux venus de Detroit, berceau de la techno. «Ce fut le choc: c’est ce style de musique qui me plaisait, avec ce côté très novateur, tout en restant de la dance.»

La puissance de la techno, qu’il découvre tant lors de ses premières sorties au Boccaccio, à Gand, qu’avec les disques qu’il commence à collectionner, l’amène d’abord à s’exprimer comme DJ. Mais, rapidement, l’envie de composer se manifeste. Ce qu’il fera, en parfait autodidacte et en se dotant d’un matériel bien moins accessible qu’aujourd’hui.

Mais Fabrice Lig en veut et apprend vite. Si bien qu’en 1993, il sort son premier vinyle sur le réputé label allemand Raygun. Un élément qui sera déterminant puisque c’est grâce à lui qu’il entre en contact avec Laurent Garnier, le «pape de la techno», pour lequel il remixe un morceau qui le fera gagner un concours. Walking on a little cloud, son premier album sur F Com, label de Garnier, lui ouvre la voie à une carrière internationale qui le mène dans les plus grands clubs et festivals du monde. Il signera en tout sept albums, en collaboration avec les labels les plus réputés.

Si sa collaboration avec Wolfgang Flür est pour lui un événement inespéré, sa rencontre avec Jean-Michel Jarre, autre pionnier de la musique électro, restera à jamais gravée dans sa mémoire. « C’était au Printemps de Bourges. L’idée était de mettre en présence la nouvelle vague avec les précurseurs. Un showcase avait été organisé pour une centaine de journalistes du monde entier. Jarre m’a vraiment mis en avant et ça m’a procuré une reconnaissance. Il a notamment expliqué que je n’étais pas opportuniste dans mes compositions, mais qu’elles avaient un côté intemporel. Je veux en effet juste évoluer selon mes propres critères.»


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