LIÈGE

Des dizaines d’instruments de musique à jeter: son travail détruit par les inondations

Des dizaines d’instruments de musique à jeter: son travail détruit par les inondations

Depuis son trottoir, Tony Crisafi n’a, lui, pas une minute à perdre. Sa maison a résisté, mais, comme beaucoup d’autres, son rez-de-chaussée, a complètement été sous eau. Eda Thomas LONGRIE

À Liège, ce prof de musique a vu le fruit de son travail disparaître dans les eaux qui ont traversé sa maison. Des dizaines d’accordéons (dont certains de collection) sont à jeter.

Dans le quartier d’Angleur lourdement touché par les intempéries, les habitants sont ébahis de découvrir leurs lieux de vie dévastés par les eaux. D’habitude paisible, l’Ourthe est sortie de son lit, emportant tout sur le passage de ses flots boueux.

En ce mardi matin, les riverains de la rue Vaudrée peinent à nettoyer leur habitation. «J’ai perdu ma maison, on a tout perdu, tout», souffle cette dame, perdue. Raclette en main, elle pleure, ne sachant plus où donner de la tête tant le travail est ardu.

Depuis son trottoir, Tony Crisafi n’a, lui, pas une minute à perdre. Sa maison a résisté, mais, comme beaucoup d’autres, son rez-de-chaussée, a complètement été sous eau. Avec de la boue qui persiste sur les murs et sur le sol. «On a de l’eau dans la maison, de l’eau partout», raconte ce professeur d’accordéon bien connu dans la petite localité. «Dans notre malheur, on a de la chance si l’on peut s’exprimer ainsi. L’avantage, c’est qu’on vit à l’étage.» Il a donc pu sauver certains de ses effets personnels, mais les dégâts sont néanmoins importants. Il n’a plus de machine à lessiver, de séchoir. « Et le lendemain, alors qu’on les avait mis sur le trottoir pour les jeter, quelqu’un les a emportés. » Un moindre mal par rapport à d’autres situations plus dramatiques. Tony est conscient de ne pas avoir tout perdu, même si de nombreux souvenirs n’ont pu être sauvegardés. «Tout mon bureau, avec ma facturation, a été détruit», explique-t-il encore.

J’ai perdu des choses inestimables. Mon préjudice est impossible à estimer. C’est la catastrophe.

De l’autre côté de la rue, dans un autre bâtiment lui appartenant, sa salle de musique est sous eau. Tout comme la cuisine qu’il venait de reconstruire. «Regardez comme le plancher s’est soulevé», nous montre Tony Crisafi. «On a essayé de sauver ce qui pouvait l’être, en mettant du matériel en hauteur avant que survienne l’impensable...» Sauf que des dizaines d’accordéons, dont certains de collection, ont pris l’eau. Tout comme ses 3.000 partitions originales. «J’y avais mon showroom, où je vendais des instruments. Toutes les pièces de collection sont détruites, comme d’ailleurs mon outillage de réparation. J’ai perdu des choses inestimables. Mon préjudice est impossible à estimer. C’est la catastrophe.»

Ce que je crains désormais, c’est le rabotage des assurances. Combien va-t-on me rembourser pour une voiture de 12 ans, entretenue toutes les années?

Des dizaines d’instruments de musique à jeter: son travail détruit par les inondations
Le showroom de Tony a été dévasté par les intempéries de la semaine dernière. Eda Thomas LONGRIE
Ses deux voitures ont, elles aussi, été submergées par les flots. «On a eu de l’eau jusqu’au toit», précise encore Tony. Selon son garagiste, elles sont déclassées. «Ce que je crains désormais, c’est le rabotage des assurances. Combien va-t-on me rembourser pour une voiture de douze ans, entretenue toutes les années? Sans doute pas plus de 1.000 euros. L’autre véhicule avait quatre ans...»

Dans la rue, pompiers et ouvriers communaux s’affairent sans relâche, alors que le facteur demande des nouvelles à Tony. «Non, ne me livre plus rien pour l’instant», dit-il au facteur, en ajoutant avoir prévenu l’usine «pour les prévenir de ne plus me livrer d’instruments pour le moment, parce que je ne saurais pas les réceptionner».

J’ai déjà eu cinq ou dix centimètres d’eau dans la cave, mais un truc ainsi c’est du jamais vu. C’était infernal.

Domicilié dans le quartier depuis 1985, Tony n’avait jamais connu pareilles inondations. «J’ai déjà eu cinq ou dix centimètres d’eau dans la cave, mais un truc ainsi c’est du jamais vu. C’était infernal.» Un peu plus loin, le fils de Tony «a, lui, tout perdu». Comme beaucoup d’autres sinistrés. «Tout est inondé, partout dans le quartier. Il y a des pompiers et des ouvriers communaux partout, on ne sait plus où donner de la tête. Et puis on vient nous proposer de l’aide de partout, de simples citoyens viennent parfois de loin pour nous aider...»

Un formidable élan de solidarité s’est créé auprès des sinistrés. «On nous propose de l’huile de bras, des torchons, mais aussi des gaufres. Oui, cela fait chaud au cœur...»


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