Carte blanche

CARTE BLANCHE | « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »

CARTE BLANCHE | « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »

Pascal Warnier, l’auteur de cette carte blanche. -

Par Pascal Warnier, citoyen diplômé en sciences de l'éducation.

Ce matin à l’aube, je me suis retrouvé pour la première fois de ma vie occuper à vider ma cave envahie soudainement par les eaux. Alors que j’évacuais avec mon fils l’eau brunâtre, une phrase m’est revenue à l’esprit: «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs».

Un monde qui a vieilli si vite

Cette phrase devenue célèbre, Jacques Chirac l’a prononcée en ouverture de son discours devant l’assemblée plénière du 4e sommet de la Terre à Johannesburg le 2 septembre 2002. Aujourd’hui, notre pays est sous eau et demain peut-être, sans doute, certainement il étouffera sous des chaleurs et des sécheresses extrêmes. Les prédictions des scientifiques, à commencer par celles du GIEC et des nombreuses ONG, se réalisent désormais et de plus en plus fréquemment sous nos yeux, ici chez nous, et dans de nombreuses contrées du monde. Nul besoin de décrire les manifestations de ce dérèglement global que sont les feux de forêts, les pluies torrentielles, les sécheresses et chaleurs extrêmes, et ses conséquences pour la biosphère: malnutrition et sous-alimentation, mortalité et morbidité liées aux occurrences climatiques extrêmes, morbidité liée aux maladies infectieuses, perte de biodiversité, extinction d’espèces vivantes.

Alors, maintenant que les bottes sont rangées et les torchons en train de sécher, deux questions surgissent en moi.

Prenons-nous aujourd’hui la pleine mesure de ce péril?

Notre organisation sociale, notre système économique, les valeurs qui les traversent sont-elles encore adaptées pour y faire face?

Nous devons absolument répondre à ces questions pour sauver notre monde, un monde devenu ancien. Il a vieilli en si peu de temps qu’il doit maintenant être régénéré et vite, pour insuffler une nouvelle espérance à notre civilisation et faire la preuve que l’intelligence humaine peut être capable, pour la première fois de son histoire, de faire face à cette menace anthropogénique, c’est-à-dire une menace qui a été engendrée par les activités humaines elles-mêmes.

Le changement est en marche mais il ne va pas assez vite, ni assez loin

Le discours du président de la république française a eu lieu il y a deux décennies. Des efforts ont été consentis depuis mais force est de constater au vu de l’accélération des changements climatiques et de leur impact sur la vie de centaines de millions d’êtres humains sur tous les continents, qu’ils sont largement insuffisants et bien trop lents.

Et pourtant, des hommes et des femmes de bonne volonté ne manquent pas sur notre Terre et les propositions récentes de l’Union européenne par exemple mais aussi les actions concrètes d’une multitude d’acteurs à travers le monde sont à encourager et à soutenir.

Le Green Deal, Pacte vert pour l’Europe, annoncé au printemps et concrétisé ce mercredi 14 juillet par un paquet de mesures ambitieuses «ouvrent le chantier d’une transformation, impérieuse et profonde, de nos sociétés et de nos économies dont on peine encore à mesurer l’ampleur et la rapidité» (voir La Libre 15/07/2021). Malgré cela, sous nos yeux depuis quelques années, les signes de ces changements sont à ce point aveuglants et assourdissants que la cécité de nos consciences devrait être absolue pour ne pas les voir, les ressentir et en définitive en être pleinement habité.

Nos libertés doivent être responsabilisées

Mais, nos bonnes vieilles habitudes reviennent au galop. Après 15 mois de restrictions fortes de nos libertés, la machine économique repart de plus belle.

La publicité inonde à nouveau les ondes et les panneaux urbains. L’envie de consommation, restée sous le boisseau pendant cette période, rejaillit comme un volcan endormi. Le vaccin nous a libérés. Temporairement. Alors oui, il faut consommer mais sans doute moins et mieux, de façon durable. Si les autorités politiques de nos pays insufflent des changements, elles ne peuvent pas tout. Les peuples doivent se lever pour les inciter à plus, plus vite, plus fort.

Pour, eux-mêmes, prendre une part prépondérante à ce changement. De nouvelles valeurs qui apparaissent désormais notamment chez nos jeunes mais pas seulement bien entendu, doivent «percoler» partout et tout le temps pour changer durablement les mentalités et les comportements.

Nous devons être plus solidaires, plus responsables vis-à-vis de notre biosphère, plus cohérents dans nos choix. De nouveaux systèmes politiques doivent apparaître avec plus d’État et plus de citoyenneté. Nos libertés enfin doivent être responsabilisées face à ces enjeux planétaires et de survie.

Nous ne pouvons plus faire tout ce que nous désirons. Chacun des choix que nous posons dans nos vies doit être scanné à l’aune de son impact sur notre environnement non pas par une autorité extérieure mais par une autorité intérieure, une forme de «Sur moi» sous l’effet duquel nos désirs seraient filtrés et mieux orientés.

Voyager, oui mais raisonnablement. Manger oui mais durablement. Surfer sur le web et les réseaux sociaux, oui mais pas tout le temps. Acheter sur les plateformes de vente en ligne, oui mais pas immodérément. Se vêtir, oui bien sûr mais «éthiquement». Travailler évidemment mais solidairement. Construire, produire, habiter, assurément mais avec une visée écoresponsable.

La pluie s’est remise à tomber, en trombe, et nous enfilons en vitesse nos bottes encore humides.

Alors que nous pénétrons dans ce mélange d’eau et de boue, je me sens soudain terriblement solidaire des populations qui souffrent régulièrement et meurent des dérèglements climatiques. D’autant qu’elles sont pour la plupart d’entre elles victimes de choix qui leur échappent et qu’elles n’ont pas les moyens de faire face aux conséquences dramatiques de ces dérèglements.

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