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HUY

PHOTOS | Huy: Virgil et ses amis, en kayak à Chaudfontaine pour aider les sinistrés

Virgil Declercq, Hutois de 20 ans, n’a pas hésité à aider les sinistrés à Chaudfontaine à bord d’un kayak. Avec son courage pour seule force mais aussi ce stage de sauvetage qu’il venait justement de suivre à l’armée à Marche-en-Famenne.

Il a 20 ans et la fougue de son jeune âge… Fougue ou plutôt témérité, en fait. Virgil Declercq n’a ainsi pas hésité à rallier Chaudfontaine jeudi dernier. Il voulait aider. Et il l’a fait, mais d’une manière qui frôle l’héroïsme.

Le jeune Hutois est étudiant en architecture. Il était dans son kot à Liège la semaine dernière, lorsque les fortes pluies et les crues des ruisseaux et rivières ont chamboulé la vie de milliers de personnes. «Des connaissances étaient en détresse à Chaudfontaine alors que moi, dans mon petit confort, je n’étais pas touché.» Pas question de rester sans réagir; il lui fallait aider. Apporter, à son niveau, un coup de main là où c’était nécesssaire. Virgil misait aussi sur ce stage d’une semaine qu’il venait de faire à l’armée, où il avait été mis en situation. «C’était un stage en paramédical, j’ai été bien drillé aux situations d’urgence.» Pourquoi avoir fait un tel stage, bien éloigné des considérations d’un futur architecte? «Par pure éthique. Comme un service militaire en fait. J’y ai passé une journée le corps dans l’eau…» sans imaginer un seul instant qu’il allait revivre cette expérience mais en situation bien réelle.

«Les secours nous suivaient avec un drone»

Jeudi, Virgil a enfourché son vélo pour rallier Chaudfontaine, via l’abbaye de Chèvremont, où il est arrivé dans l’après-midi. «Et je suis tombé sur un groupe de volontaires qui voulaient aller aider, comme moi.» Ces jeunes avaient deux kayaks en dur. «On en a vu un autre dans un jardin, le riverain nous l’a donné.» Deux autres volontaires restaient eux les pieds au sec et leur fournissaient des vivres et des bouteilles d’eau que les trois jeunes ont embarqués chacun dans un des kayaks. Les trois embarcations une fois remplies, Arthur, Thomas et Virgil se jetaient à l’eau. Avec gilets de sauvetage mais aussi câbles et baudriers pour si jamais. Tirant puis poussant leurs kayaks. «On passait par les jardins où les flots étaient plus calmes.» Et à chaque maison de l’avenue Grisard et une partie de l’avenue des Thermes, ils tentaient d’entrer en contact avec leurs occupants. «L’eau avait 4 ou 5 mètres de profondeur. Très haute mais aussi très violente. Il y avait des véhicules qui dérivaient. On voyait les gens dans leur maison. Certaines maisons s’effondraient.»

Oui, les trois jeunes savaient qu’ils prenaient des risques; «On a d’abord veillé à notre propre sécurité». N’empêche, ils y sont allés, ils n’ont pas hésité. «Les secours savaient qu’on était là, on les tenait au courant. Je les appelais quand il y avait un souci, je leur indiquais le numéro de la maison. Les secours nous suivaient avec un drone.» De maison en maison, les jeunes gens appelaient, essayaient de voir si les maisons étaient habitées. «Les gens étaient contents de nous voir. On discutait avec eux, même sur le ton de la rigolade. On communiquait et ça leur faisait du bien. On en a rassuré certains aussi. Des personnes âgées, qui vivaient seules. Mais la plupart des gens restaient calmes.»

Des images fortes qui resteront

Deux moments forts resteront gravés dans la mémoire du jeune Hutois… «Une femme nous a dit qu’elle était sur le point d’accoucher en pleine nuit de jeudi à vendredi. Là, les secours sont intervenus.» Il y a aussi cette maison où personne ne répondait… «J’ai cassé une vitre pour rentrer. Et on est tombé sur un corps. Celui d’une jeune fille. On l’a dégagée de là, mais on n’aurait rien pu faire.» Les secours ont alors pris le relais lorsqu’ils ont su aller sur place à leur tour. Des images fortes, un moment difficile… Virgil l’évoque aujourd’hui avec un peu de recul, mais marqué par l’instant. Les quelques heures de repos, durant la nuit de jeudi à vendredi, ont d’ailleurs été difficiles… «Je me suis posé beaucoup de questions. Aurais-je dû venir plus tôt? Faire plus? Mais je sais que je n’aurais pas su faire plus. Vendredi, j’ai continué à aider jusqu’à ce que l’armée débarque…» Rebelote samedi avant de quitter Chaudfontaine pour Angleur où là aussi Virgil a apporté son aide.

Ce qu’il garde de ces quelques jours? «Après coup, je suis surtout impressionné par la solidarité qui s’est rapidement mise en place.» Se rend-il compte du courage que lui et ses copains de sauvetage ont eu? «J’ai été drillé avec le stage que je venais d’avoir avec l’armée. Je n’aurais pas pu rêver meilleur entraînement… Mais non, je ne me rends pas bien compte de ce qu’on a fait. Car ça nous semblait naturel. On ne pouvait pas laisser mourir les gens…»


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