LIÈGE

PHOTOS & VIDÉO | Liège: un déluge s’est abattu sur Kinkempois

Kinkempois (Liège) a été lourdement touché par un torrent d’eau dévastateur jeudi. Malgré tout, les habitants ont gardé le sourire.

Sinistre jour, que le jeudi qui vient de passer. Le quartier liégeois de Kinkempois (Angleur), qui borde la Meuse, en garde encore les terribles stigmates.

Il est presque midi. L’eau commence à ruisseler sur le pavé alors qu’on annonçait la veille le débordement de la Meuse dans l’après-midi. Mais, bien qu’elle déborde déjà depuis quelques minutes au niveau du pont à aubans du tunnel de Cointe, le danger ne viendra pas de là où on l’attend. Car c’est l’Ourthe, et non la Meuse, qui est en train de faire incursion dans le quartier. Les riverains tentent tant bien que mal de colmater les petits motifs troués des soupiraux, n’imaginant pas encore la catastrophe qui s’annonce.

Un torrent de plusieurs heures

Il y a une certaine animation dans les rues d’habitude plutôt calmes. Et là, déjà, humanité et solidarité vont bon train. Tout comme les rumeurs, d’ailleurs. «Ils vont lâcher tel barrage», s’alarme une voisine. «L’eau va encore monter d’1,50 mètre», stresse un autre. «L’eau du robinet est pleine de mazout», souffle un voisin.

Il est 13 h 30. Le débit de l’eau qui dévale les rues est de plus en plus important. L’eau de plus en plus haute. Les caves sont déjà pleines à ras bord. Et vu le débit, la plupart des habitants ont déserté les rues. L’eau monte sans discontinuer et c’est vers 14 h que le torrent atteint son pic. Il ne redescendra pas avant plusieurs heures. La nuit sera d’ailleurs bercée par le bruit assourdissant des trombes d’eau qui s’engouffrent.

Au petit matin, c’est groggy qu’on constate les balafres laissées par le torrent. Et bien qu’il reste encore quelques dizaines de centimètres d’eau en certains endroits, la rivière semble s’être apaisée. Bottes aux pieds, les habitants mettent la main à la gadoue pour venir en aide aux personnes en détresse. Certains, comme dans la rue Renory, cuvette où l’eau a stagné jusqu’à samedi, se sont retrouvés coincés dans leurs habitations sans à boire, ni à manger. Des personnes âgées pour la plupart.

Mais ça, c’était sans compter sur les nombreux volontaires venus des rues moins impactées, des quartiers voisins mais aussi de plus loin. Comme ces jeunes d’Ivoz-Ramet qui ont rappliqué, équipés de zodiacs pour prêter main-forte. Les bénévoles sont d’ailleurs quasiment les seuls sauveteurs qu’on aperçoit au lendemain de la catastrophe, les pompiers étant occupés ailleurs. Des scouts se mobilisent également pour distribuer des vivres.

Un quartier devenu île

C’est que le quartier est maintenant enclavé par des mares d’eau parfois profondes de plus d’un mètre. Celles-ci et les flaques laissées par la crue exsudent encore l’odeur de mazout. Devenu île, nul ne rentre, ni ne sort en voiture du quartier. Les zodiacs font les allers-retours pour déposer d’une «rive» à l’autre qui le veut. D’autres passent par le chemin de fer de la gare de triage qui surplombe une route encore inondée.

En s’aventurant sur les pavés gras et décochés, on ne peut que constater l’ambiance légère qui règne dans le quartier, où entraide et bonne humeur dominent. Certains allument des barbecues à même la rue, où les riverains peuvent faire cuire la viande qui décongèle dans les congélateurs depuis trop longtemps coupés. D’autres forment des tablées urbaines où le voisinage se rassemble pour papoter.

Dimanche, l’heure était au rangement. Les riverains sont boueux d’avoir aidé ou vidé leur cave. Et après quatre jours de silence, le bourgmestre, Willy Demeyer, pointe le bout de son nez dans le quartier, le costard immaculé…

En tout, ce sont 12 000 ménages qui, en Cité ardente, se sont retrouvés sinistrés par ces inondations historiques. Deux personnes en sont également décédées.

 


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