BRUXELLES

PHOTOS | Après la visite de De Schutter, manif pour les sans-papiers en grève de la faim: «Ça nous remonte le moral»

Les portes de l’église ont été symboliquement fermées et placardées d’affiches noires. BELGA

Environ 120 personnes se sont rassemblées ce 8 juillet sur la place du Béguinage à Bruxelles, en soutien aux 430 sans-papiers en grève de la faim depuis le 23 mai. Avant leur action, le rapporteur de l’ONU Olivier De Schutter s’est rendu sur place, médusé. Il a forcé Sammy Mahdi à réagir.

Environ 120 personnes, selon une estimation de la police de Bruxelles-Ixelles, se sont rassemblées jeudi à compter de 15h00 sur la place du Béguinage à Bruxelles, en soutien aux quelque 430 sans-papiers en grève de la faim depuis le 23 mai dernier.

Les portes de l’église ont été symboliquement fermées et placardées d’affiches noires arborant des messages comme «Morts pour des papiers, vraiment?» et «Politique humaine, où es-tu passée?».

 

 

«Une seule solution, la régularisation», ont notamment scandé les manifestants. Des personnes issues du comité de soutien aux sans-papiers, des étudiants ou encore des syndicalistes de la CSC étaient présents. Certains ont pris la parole pour exprimer leur inquiétude quant à l’état de santé des sans-papiers en grève de la faim.

«Ces mobilisations de soutien sont importantes pour nous, car elles remontent le moral et soutiennent la santé psychologique des grévistes et, parallèlement, donnent plus de visibilité à notre cause», a souligné un porte-parole des sans-papiers grévistes. «Parmi les personnes qui ont été transportées cet après-midi en ambulances à l’hôpital, certains cas nous inquiètent. La situation est critique et alarmante. On espère que les partis du gouvernement vont ouvrir une brèche pour nous sortir de l’impasse.»

Pour rappel, entre fin janvier et début février, des sans-papiers ont commencé à occuper l’église du Béguinage et des réfectoires de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et de la Vrije Universiteit Brussel (VUB). En comptant les enfants, ils sont environ 475 actuellement.

 

De Schutter (ONU): «Impossible pour eux de planifier leur existence»

Le rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits humains, et professeur de droit à l’UCLouvain, Olivier De Schutter est allé à leur rencontre plus tôt dans la journée.

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Olivier De Schutter: «Beaucoup d’entre eux sont en Belgique depuis de nombreuses années» BELGA

Il s’agissait d’une visite exploratoire, qui visait à recueillir des informations et témoignages. «En général, je recueille ces informations par des échanges avec les ONG sur le terrain, mais ici j’ai le luxe de pouvoir me rendre sur place», a expliqué Olivier De Schutter. «Ce que j’ai entendu était bouleversant, parce que beaucoup d’entre eux (les sans-papiers grévistes, NDLR) sont en Belgique depuis de nombreuses années. L’un d’eux est là depuis 27 ans et d’autres depuis 10, 12, 15 ans… Ils sont dans un vide juridique, alors qu’ils ont des enfants à l’école, leurs familles ici, qu’ils travaillent, mais ne peuvent pas se plaindre des formes d’exploitation auxquelles ils sont exposés.»

 

Le système les expose à une vulnérabilité considérable: beaucoup sont exploités dans des secteurs comme l’agriculture, la construction, l’horeca…

 

Il remarque que «le dispositif actuel qui permet la régularisation, et qui repose sur l’article 9 bis de la loi du 15 décembre 1980, d’une part n’impose aucun délai à l’Office des Étrangers pour prendre position». «J’ai donc vu des gens attendre cinq ou six ans pour recevoir une réponse.» D’autre part, ce système «laisse place à l’arbitraire le plus complet, puisqu’il n’y a pas de critères de régularisation objectifs, fondés soit sur l’intégration dans la société d’accueil, soit sur le projet de vie que les personnes se fixent. Cela rend impossible pour ces personnes de planifier leur existence et de se projeter dans l’avenir… En outre, cela les expose à une vulnérabilité considérable: beaucoup sont exploités dans des secteurs comme l’agriculture, la construction, l’horeca…»

PHOTOS | Après la visite de De Schutter, manif pour les sans-papiers en grève de la faim: «Ça nous remonte le moral»
Olivier De Schutter a rencontré les grévistes au Béguinage. BELGA
Olivier De Schutter distingue le débat sur l’accès au territoire et à la procédure d’asile de la question de la régularisation des personnes sans-papiers actuellement dans le pays. «On ne peut pas continuer à ignorer cette réalité», estime le rapporteur des Nations unies. «Les estimations vont de 100.000 à 150.000 personnes sur le territoire belge. Ce n’est pas rien. Il faut considérer cela au regard de notre pyramide démographique. On a une population de plus en plus âgée. Les gens qui quittent le marché du travail pour prendre leur retraite vont bientôt être plus nombreux que ceux qui accèdent au marché du travail, et donc la viabilité même de notre système de sécurité sociale dépend de la contribution des personnes sans-papiers, qui travaillent pour l’instant sans payer d’impôts et sans contribuer à la sécurité sociale.»

 

La viabilité même de notre système de sécurité sociale dépend de la contribution des personnes sans-papiers, qui travaillent pour l’instant sans payer d’impôts et sans contribuer à la sécurité sociale

 

Le secrétaire d’État fédéral à l’Asile et à la Migration Sammy Mahdi (CD&V) a réagi en début d’après-midi, affirmant placer la lutte contre l’exploitation économique en tête des priorités du gouvernement.

 

 

Les grévistes de la faim saluent une «avancée» dans les discussions

L’Union des Sans-Papiers pour la Régularisation (USPR) se félicite jeudi soir de «la rencontre de ce mercredi 7 juillet dans les bureaux de l’Office des Étrangers (OE) entre le directeur de l’OE Freddy Roosemont, la cheffe de cabinet de Sammy Mahdi, les représentants de l’USPR et des représentants de la société civile».

PHOTOS | Après la visite de De Schutter, manif pour les sans-papiers en grève de la faim: «Ça nous remonte le moral»
Les portes de l’église ont été symboliquement fermées et placardées d’affiches noires. BELGA

Si la réunion n’a encore abouti sur aucun accord, l’organisation parle d’une «avancée» et souligne la tenue d’une «discussion de fond sur la possibilité de lever certains blocages qui entravent les possibilités de procédure d’octroi de séjour ainsi que sur les ‘circonstances exceptionnelles’présentes qui pourraient être invoquées».

Les propositions de mise en place de procédures de garantie de séjour sur base de la note de l’USPR ont été discutées avec Freddy Roosemont, qui aurait «souligné le réalisme des propositions de l’USPR», indique l’organisation, qui attend maintenant des «gages clairs d’introduction et de suivi des dossiers».

 


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