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EMPLOI

Reprise: «Il faudra compter sur les publics à risque»

Reprise: «Il faudra compter sur les publics à risque»

Les autorités devront se préoccuper de l’emploi des personnes faiblement diplômées pour relancer l’économie. Photo News

Si la reprise économique est amorcée, le Conseil supérieur de l’emploi s’inquiète notamment de l’avenir des groupes vulnérables.

«Il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles», annonçait, ce jeudi, Steven Vanackere, à l’occasion de la présentation du vaste rapport annuel du Conseil supérieur de l’emploi. Concrètement, le marché de l’emploi a évité des drames majeurs, même si certains constats restent interpellants.

1.Plus optimiste que prévu

Grâce aux dispositifs de chômage temporaire et de droit passerelle, on a clairement évité le pire. En avril 2020, 40% des salariés du secteur privé étaient en chômage temporaire, ce qui représente pas moins d’un million de personnes. Environ 400 000 indépendants ont également fait appel au droit passerelle, soit un travailleur sur deux.

Quid du bilan, après un an et demi de crise? «L’emploi intérieur s’est contracté de 800 personnes au cours de l’année écoulée, on peut donc parler d’un statu quo, précise Steven Vanackere, en sa qualité de président du Conseil supérieur de l’emploi. Mais, avant d’être trop optimiste, il faut rappeler que la création nette d’emplois pour une année normale, est de l’ordre de 70 000.»

On est donc très loin du compte… Mais la reprise s’amorce, se réjouit le Conseil. «On s’attend, en 2021, à une hausse d’environ 30 000 postes avant une croissance de l’emploi moins dynamique en 2022 en raison du risque, tout de même limité, de rattrapage des faillites. La création nette d’emplois repartirait à la hausse en 2023.»

2.Des groupes vulnérables

Le rapport s’est également penché sur les profils qui ont particulièrement souffert de la crise. La pandémie a spécifiquement impacté les jeunes, les personnes ayant un niveau d’éducation faible ou moyen, et les personnes d’origine non européenne. Cela s’explique notamment par leur surreprésentation dans les secteurs lourdement affectés par la crise, tels que l’horeca, les métiers de contacts, l’événementiel mais aussi les commerces de détail non alimentaires.

La situation des personnes faiblement éduquée est peut-être la plus préoccupante. Le Conseil supérieur de l’emploi tire d’ailleurs la sonnette d’alarme en raison de leur large proportion parmi les chômeurs temporaires. Le risque de les voir intégrer le système de chômage classique à la fin des mesures de soutien, maintenues jusqu’au 30 septembre, est une réalité. (lire encadré).

3.Gare aux emplois vacants

Avec la reprise, nos entreprises sont en pleine recherche de main-d’œuvre, mais ne parviennent pas à trouver de candidats. C’est l’un des gros points noirs mis en évidence dans ce rapport. Ainsi, quelque 115500 emplois restaient à pourvoir fin 2020, ce qui porte le taux de vacance d’emplois belge à 2,9%, soit largement au-dessus de la moyenne de la zone euro (1,9%). Un véritable frein au développement des entreprises des trois Régions du pays.

Parmi les fonctions critiques, citons les métiers hautement qualifiés tels que ceux de l’ingénierie et des sciences, les métiers de l’informatique et les professions des soins de santé. Les entreprises peinent également à recruter des profils dans les secteurs de la logistique, de la construction ou encore au sein des professions d’artisans dans l’alimentation.

Les stratégies à instaurer d’urgence

Au-delà des constats, le Conseil supérieur de l’emploi estime que les mesures de soutien (chômage temporaire, droit passerelle, etc.) doivent progressivement laisser la place à un accompagnement adapté aux besoins des entreprises, qui permettra de stimuler la création d’emploi. «Maintenir trop longtemps des aides non ciblées est non seulement coûteux d’un point de vue budgétaire, mais aussi contre-productif car cela fige des situations économiques non viables», stipule le rapport. Les mesures instaurées au plus fort de la crise «n’ont plus lieu d’être».

Par ailleurs, pour atteindre l’objectif d’un taux d’emploi d’au moins 80% en 2030, alors qu’il était de 70% en 2020, il faudra impérativement employer davantage de personnes «à risque». L’organisme cite notamment les personnes faiblement diplômées, d’origine non européenne, les personnes âgées de 60 à 64 ans, les personnes en situation de handicap et les malades de longue durée, de plus en plus nombreux. Le taux d’emploi des femmes (66%), pourrait également être augmenté.

«Cela suppose de pouvoir leur offrir des emplois de qualité en termes de conditions de travail et de rémunération», conclut le rapport.

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