LA LOUVIÈRE

Les canulars à la sauce ritale de Toma Temozza

Les canulars à la sauce ritale de Toma Temozza

Derrière Toma Temozza, il y a Maurizio Morina, Louviérois qui puise dans ses origines italiennes pour dérouter ses interlocuteurs au téléphone. -

Toma Temozza, c’est le nouveau carton dans la catégorie des canulars téléphoniques. Avec ce personnage à l’accent pimenté, le Louviérois Maurizio Morina passe à la moulinette la Ritalie.

La Louvière est-elle une ville propice à la naissance de personnages hauts en couleurs? Après Freddy Tougaux, incarnation de la Wallonie de nos ancêtres, voici qu’émerge de la cité des Loups Toma Temozza, incarnation du Rital exubérant. Le grand public a fait sa connaissance en mars, par le biais de canulars téléphoniques répercutés sur Radio Contact, qui cumulent des centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux.

Derrière ce personnage qui déroute ses interlocuteurs avec son accent à couper au couteau et ses demandes saugrenues, on trouve le Louviérois Maurizio Morina. Comme souvent avec les idées qui marchent, celle-ci est venue par accident.

«À une époque au travail nous étions assaillis par des démarcheurs en tout genre: téléphonie, énergie…», raconte Maurizio, qui travaille depuis une dizaine d’années dans un magasin de jeux vidéo sur le site de la Grattine. «Pour amuser les collègues, j’ai pris un accent italien très prononcé et j’ai commencé à déconner avec les télédémarcheurs.»

Une «cible» facile: «ils sont obligés de suivre une trame. Toi, tu peux raconter n’importe quoi, mais ils essaieront toujours de te ramener dans leur cadre, voire de t’aider, de t’expliquer avec bienveillance.» Ce qui donne lieu à des échanges surréalistes, appuyés par la personnalité «too much» que développe Maurizio.

Le délire devient sérieux

Humoriste à ses heures, il se filme lors de certaines conversations insolites. Une vidéo est repérée par David Antoine, pilier de Radio Contact, qui la partage sur sa page et fait flamber l’audience au-delà des 200 000 vues. «Les équipes de Radio Contact l’ont vue, ont flairé quelque chose et le canular est venu de là.»

Maurizio étoffe le personnage et le revêt d’une vieille vareuse de la Squadra Azzura de 1998, chipée à son grand frère. «Je voulais donner une dimension d’un type un peu à la traine, à la ramasse, et ce vieux maillot rend bien cet aspect.»

Les canulars à la sauce ritale de Toma Temozza
Toma Temozza dans ses œuvres sur l’antenne de Radio Contact. -

Le nom, Toma Temozza, surgit dans l’urgence. «J‘étais un peu réticent au début, sans savoir comment les gens réagiraient: était-ce trop bête, trop lourd, trop compliqué? Finalement les gens m’appellent Toma en me croisant dans la rue. C’est que les choses devaient se faire comme ça. Ça a été très spontané et ça plait aux gens.»

En free style

Spontanés, les canulars le sont aussi. «C’est majoritairement de l’impro», dévoile Maurizio qui confesse d’ailleurs une mauvaise mémoire. «Je travaille avec deux gars de Radio Contact, Christopher Badics et Christopher Calice. On définit une idée de départ, on la lance au téléphone et là ce n’est que de l’impro. Mes acolytes m’aiguillent, me lancent des idées en cours de conversation, sur lesquelles je rebondis ou non.»

Pour que le canular marche, Maurizio se met dans la peau de son personnage et tente d’être le plus sérieux possible dans son délire. «Tous les personnages marrants doivent être sérieux, ils doivent vivre les choses le plus possible, être convaincus de ce qu’ils racontent. Et c’est ce qui rend drôle la situation.»

Les canulars à la sauce ritale de Toma Temozza
Toma Temozza prend du bon temps sur un rondpoint louviérois après une victoire italienne à l’Euro. Antonio Spoto
Trois mois après sa naissance, Toma Temozza est reconnu dans sa ville d’origine et a droit à ses bains de foule à chaque victoire de l’Italie durant cet Euro. De quoi pérenniser le personnage?

«On verra par rapport à l’audience. J’espère que les gens ne s’en lasseront pas trop vite. En tout cas, Radio Contact a l’air décidé de continuer après la rentrée.» Au-delà de la radio et des réseaux sociaux, «j’aimerais aussi le faire vivre sur scène et jouer sur le contraste de ce personnage ancré dans ses traditions avec ses idées un peu arrêtées, dans un monde où tout bouge très vite.»

L’emmerdeur qui amuse

En attendant, Toma Temozza et ses canulars bariolent nos journées parfois bien ternes. «Ça révèle des personnages hauts en couleurs, avec du caractère.»

Même si Toma peut agacer telle la sauce tomate sur une chemise blanche, «j’ai souvent affaire à des gens très sympas, bienveillants, ce qui donne des vidéos «feel good», sans animosités si ce n’est de petites embrouilles.»

Et à une époque «où on a l’impression que tout est lisse, nettoyé à l’eau de javel et désinfecté au gel hydroalcoolique», ça fait un bien fou.

«Arouwaaar? C’est ma grand-mère!»

Maurizio n’a pas à se forcer pour prendre un accent italien à couper au couteau: «ça vient tout seul, je l’ai depuis toujours. Dans la famille, on rigole tous un peu de nos aïeuls, de cousins qui vivent dans le pays d’origine, de l’oncle un peu folklorique… On se caricature entre frères, entre amis et je n’ai pas besoin de me forcer!»

Ses constructions de phrase parfois hasardeuses, ça vient de son père. Quant à son «arouwaaar» (au revoir ndt), qui ponctue chaque canular, il l’a pris de sa grand-mère. «C’est mon hommage. Et beaucoup de gens m’envoient des messages pour me dire qu’ils retrouvent ça aussi chez leurs grands-parents.»

Rire sans se moquer

S’il rit des accents, de l’attitude ritale, Maurizio met un point d’honneur à ne pas verser dans la moquerie. «Je m’inspire de gens que j’apprécie beaucoup, qui ont des caractères bien trempés, mais qui sont bienveillantes.»

Quant à ses interlocuteurs, si ses interventions les embrouillent, elles ne sont jamais méchantes, ni vulgaires. «Je ne veux pas que la personne au téléphone se sente mal, agressée, j’essaye qu‘elle se marre aussi. Je veux qu’elle se dise que le mec au bout du fil est à l’ouest et qu’elle en fasse profiter ses collègues. Ça leur fait 5-10 minutes de détente pour eux comme pour moi. Le but est de susciter de la bonne humeur.»

Bio: un geek passionné d’humour

Né en 1983 à La Louvière, Maurizio Morina a grandi à Saint-Vaast, où il habite toujours aujourd’hui. Vendeur dans un magasin de jeux vidéo, il fait trois ans de théâtre à l’Académie de La Louvière et prend des cours d’impro. Passionné d’humour, il consacre dès 2015 une chronique à la radio Charles King où défilent la plupart des humoristes du Grand Cactus.

En parallèle, il pose les bases du personnage de Toma Temozza, dans une parodie réalisée avec son pote et vidéaste Antonio Spoto. «C’était un peu le Rital de service de cette région du Centre, du Borinage, de Charleroi…»

Avec un autre ami, il développe également une scène ouverte à La Louvière, le «I louve comedy» et s’essaye à la scène. Tout en développant sa page perso où ses conversations avec les démarcheurs feront le tour de la toile…

Les canulars à la sauce ritale de Toma Temozza
Maurizio Morina à Cora. Ugo PETROPOULOS

Nos dernières videos