CRITIQUE CINÉMA

«L’étreinte» - Jeune veuve cherche expérience

Après avoir passé des années dans un cocon, une quinquagénaire replonge dans le bain de la vie.

Ça faisait un bail qu’on avait plus vu Emmanuelle Béart au cinéma. C’est donc à un petit come-back que nous convie L’étreinte. Soit l’histoire de Margaux, fraîchement veuve, qui vient s’installer chez sa demi-sœur pour démarrer une nouvelle vie. Elle s’est inscrite à la fac où elle recommence des études de littérature allemande. De quoi lui faire oublier, elle l’espère, la perte de cet homme avec lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie. De quoi, aussi, lui rendre une partie de la jeunesse qu’elle n’a pas connue.

Mais plus que les cours, c’est sa rencontre avec une bande d’étudiants qui va lui faire reprendre goût aux petits plaisirs. Margaux s’intègre dans le groupe, prend part à leurs pool parties et autres petites sauteries. Son désir revient, violemment. Et Margaux de se perdre dans des états émotionnels qu’elle ne pensait plus jamais connaître.

Un retour costaud

 

Emmanuelle Béart a donc choisi un rôle pas forcément évident pour son retour sur grand écran. Car, même si elle est entourée de solides seconds couteaux, tout repose sur elle. La reconstruction de cette veuve, à travers une série de rencontres, plus ou moins heureuses, compte énormément sur les regards de l’actrice, ses silences.

Aux dialogues explicatifs, le réalisateur préfère des postures, filmant les corps pour donner une atmosphère sensuelle à son portrait. C’est troublant, d’ailleurs, voire même dérangeant. Les hésitations de Margaux, sa détresse, sont palpables et donnent une tonalité assez juste à son histoire. Rien que pour le sujet, rarement abordé au cinéma, il mérite qu’on s’y attarde un tantinet. Ce genre de personnage, observé sans qu’on nous donne avec force détails toutes les clés de sa personnalité, est intéressant.

Oui, et après?

 

Il y a de l’idée, donc. Mais on sent les hésitations d’un premier film. Le réalisateur, Ludovic Bergery, emprunte plusieurs chemins, parfois trop timidement. Le comportement de Margaux en devient alors tellement chaotique qu’on éprouve des difficultés à la comprendre et à saisir ce que le réalisateur veut nous dire.

Alors, certes, ce scénario bancal reflète ce que ressent la jeune veuve. Elle est paumée, dans tous les aspects de sa vie, n’a pas les codes et trouve des solutions là où elle peut. Le risque, c’est qu’on décroche souvent. L’étreinte souffre en effet de longueurs qui nous font oublier ses enjeux.

C’est sensible, mais cette quête éperdue et silencieuse nous fait tomber dans une forme de léthargie. On finit par s’ennuyer, se désintéresser du regard hagard d’Emmanuelle Béart. Qui fascine manifestement le réalisateur. Un peu trop, peut-être.

Drame de Ludovic Bergery. Avec Emmanuelle Béart, Vincent Dedienne et Tibo Vandenborre. Durée: 1 h 40.

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