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PRESSE

Rachat de L'Avenir par IPM: «Ce sont six mois très positifs»

Rachat de L'Avenir par IPM: «Ce sont six mois très positifs»

Six mois après le rachat de L’Avenir, François le Hodey juge très positif le travail accompli. Mais il faut encore accélérer. © Jacques Duchateau

François le Hodey, patron du groupe IPM, dresse un bilan six mois après le rachat de L’Avenir et trace quelques perspectives.

Il y a six mois, le groupe de presse IPM prenait le contrôle des Éditions de L’Avenir et donnait ainsi un coup d’accélérateur à la recomposition du paysage médiatique francophone. Une recomposition qui va encore se poursuivre avec la vente de RTL Belgique (RTL-TVI, Club RTL et Plug RTL, le site RTLInfo.be et la régie publicitaire IP) pour laquelle IPM s’est aussi positionné. Mais l’affaire devrait lui échapper. L’association des groupes DPG Media et Rossel semble tenir la corde. Lundi au Cercle de Wallonie dont il est l’invité sur le thème «Quel avenir pour L’Avenir», François le Hodey, administrateur-délégué d’IPM, évoquera ces sujets. On a pris un peu les devants.

Le rachat de RTL, vous êtes encore sur la balle ou cela va vous échapper?

La seule information dont on dispose est celle qu’on a lue dans la presse économique et selon laquelle une discussion est en cours avec DPG Media et Rossel. J’imagine qu’ils ont de bonnes sources…

Lors du rachat de L’Avenir, vous disiez que cela était nécessaire pour rééquilibrer le paysage médiatique francophone. Un tel rachat le déséquilibrerait à nouveau.

Ah ça, c’est clair que cela aura un effet sur la structure des marchés qui n’est pas anodin. Un tel scénario aurait un impact structurel majeur sur le fonctionnement des médias du pays, et plus encore dans le sud.

Si ce mastodonte médiatique se concrétise, vous avez un plan B pour le contrer?

La concurrence a ça de bon qu’elle oblige à réagir et on ne restera pas en spectateur. Mais il est encore trop tôt pour dire ce que nous ferons. Mais c’est un signal clair que la transformation de nos métiers s’accélère encore, car DPG Media a une stratégie de convergence entre l’audiovisuel et la presse quotidienne qui est extrêmement aboutie. Donc IPM, avec L’Avenir, devra renforcer, accélérer et être encore plus ambitieux pour faire face à ce potentiel nouveau concurrent. Ça passera par nos propres forces, mais nous avons des marques puissantes et des équipes professionnelles pour répondre à la manière de plus en plus complexe et diversifiée dont les gens consomment les médias.

IPM a racheté L’Avenir en janvier. Quel bilan tirez-vous de ces six premiers mois?

On a fait en six mois ce qui aurait dû être fait en cinq ans (NDLR: par l’ancien actionnaire Nethys): nouveau rédacteur en chef, nouvelle maquette, nouveaux systèmes informatiques, intégration des rédactions sportives, etc. Et même si je n’ai pas la sensibilité de ceux qui vivent ça en interne, je pense que ce qui a été fait l’a été dans la sérénité, est très positif et ouvre de belles perspectives pour le futur. En résumé, mon constat c’est qu’il y a un potentiel très important mais que l’entreprise a été absolument traumatisée par ces 5 années Nethys. Mais la sérénité, le professionnalisme des équipes, savoir sur quoi on travaille et le faire dans un esprit positif et constructif, sont autant d’éléments clés pour réussir. Et ils sont bien là. Chaque jour, nous sommes impressionnés par le potentiel, la qualité des équipes et cette relation très forte, unique, que L’Avenir a avec ses lecteurs. Donc, ce sont six mois très positifs.

Au-delà de l’info sportive, un accord a été trouvé pour un partage de contenu rédactionnel jusqu’à 15%. C’est une limite à ne pas dépasser au risque de dénaturer la personnalité des trois titres du groupe?

Chaque titre doit garder sa personnalité, c’est évident, et c’est totalement dans la stratégie du groupe. Chaque titre a des lecteurs différents et qui ont des attentes différentes. On a fixé 15% et après on jugera sur pièce. Avec comme objectif que l’offre soit la meilleure possible pour les lecteurs.

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur le groupe?

Quand on regarde la presse, cela a été très dur mais on ne s’en sort pas trop mal. La partie papier du journal est intacte: on sort de tout ça avec un nombre d’acheteurs, d’abonnés au journal qui n’a pas bougé. On sortira de cette crise sans dommage majeur. Mais on sait aussi que cette crise a accéléré la transition numérique dans la population et dans l’ensemble du système économique. On devra donc accompagner les acteurs économiques et on est prêt à le faire, notamment dans la publicité, avec l’offre internet que la régie publicitaire peut offrir qui est plus importante qu’avant.

 

 

Coopérative Notre avenir: porte ouverte mais elle coince

 

Si François le Hodey se félicite de la sérénité avec laquelle s’est faite l’intégration de L’Avenir dans le groupe IPM, il reste un sujet qui crispe: celui de la coopérative Notre avenir. Constituée notamment de membres du personnel et de lecteurs (voir page 9), la coopérative n’a toujours pas, comme c’était prévu lors du rachat par IPM, intégré le capital d’EDA presse, ni pu installer un représentant au conseil d’administration. Qu’est-ce qui coince?

«La coopérative est née dans un contexte de combat et d’anxiété par rapport à l’actionnaire précédent et par rapport à ce qu’allait devenir L’Avenir, analyse François le Hodey. On est désormais dans un contexte d’apaisement et de groupe. La porte est ouverte à la coopérative, mais la gouvernance qui a été imaginée dans le contexte de combat n’est pas adaptée à la gouvernance d’aujourd’hui.»

Concrètement, le patron d’IPM estime notamment qu’il n’est pas acceptable que la coopérative puisse «codiriger la société, comme c’est écrit dans ses statuts». «La coopérative doit comprendre qu’elle est là comme actionnaire, non pas pour diriger la société, mais bien accompagner son développement», dit François le Hodey (NDLR: côté coopérative, on indique que cette référence à une codirection ne figure pas dans ses statuts).

Autre point «extrêmement sensible», poursuit le patron d’IPM: la possibilité que se laisserait la coopérative de développer d’autres projets alors que l’argent des coopérateurs a été collecté pour L’Avenir. «Nous estimons que ce n’est pas acceptable, l’argent des lecteurs de L’Avenir c’est un argent qui a été confié pour L’Avenir, pas autre chose.»

Mais ces lecteurs, représentés au sein de la coopérative, ne pourraient-ils en décider eux-mêmes autrement? «Oui, mais nous disons non. Car on sait comment on peut manipuler une assemblée générale où les 1 500 coopérateurs ne seront pas présents. On utilise la marque L’Avenir pour demander à des lecteurs de contribuer au journal, c’est le contrat. Si on utilise l’argent de la coopérative pour autre chose, on change de nom et on va faire autre chose. Pour nous c’est no pasaran! Il n’y aura pas d’accord si on n’utilise pas exclusivement l’argent de la coopérative pour L’Avenir.»

 

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