QUAREGNON

À Quaregnon, des élèves se mobilisent pour que l’école ne fasse plus souffrir

À Quaregnon, des élèves se mobilisent pour que l’école ne fasse plus souffrir

Olivier Sonck a encadré des ateliers de créations de slogans sensibilisant au harcèlement. Ugo PETROPOULOS

Le harcèlement est un fléau dans nos écoles. Au lycée Jeanne Dufrasne, un projet de lutte implique élèves et professeurs qui les lient pour le long terme.

«L’école, c’est fait pour grandir, pas pour souffrir.» «Est-ce que c’était vraiment pour rire?» «Le sexisme est un séisme.» Depuis peu, ces slogans et d’autres s’affichent dans les couloirs de l’ICES – Lycée Jeanne Dufrasne à Quaregnon, collés par des élèves de 5e secondaire engagés dans un programme de lutte contre le harcèlement.

Tout est parti d’une collaboration entre le lycée et la Maison Culturelle de Quaregnon (MCQ). Des jeunes élèves ont intégré un comité culturel pour accompagner la MCQ dans sa programmation à destination du jeune public. Lors des réunions, des sujets d’actualité sont abordés et le thème du harcèlement émerge vite. Le comité décide donc d’entamer une réflexion plus large au sein de l’école, qui prend en charge la scolarité de 785 élèves.

«Le harcèlement n’était pas une thématique qui était abordée en classe, reconnait le directeur Jean-Christophe Dessilly. Nous n’étions pas capables de distinguer le conflit ponctuel du harcèlement chronique.» Comme dans toutes les écoles, le phénomène existe bel et bien à Quaregnon.

La différence prise pour cible

«C’est assez présent, confirment Lucie et Talia. Ça se manifeste dans tout: moqueries sur le physique, la sexualité, la religion… tant que ça arrive à faire du mal.» Les élèves perçus comme différents sont la cible privilégiée des harceleurs. «Si on n’aime pas les mêmes choses que le reste de la classe, si on a l’air différent de la majorité, qu’on a un style vestimentaire différent, on devient une cible.»

À Quaregnon, des élèves se mobilisent pour que l’école ne fasse plus souffrir
Lucie et Talia intègrent la cellule bien-être du lycée qui agira contre le harcèlement. Ugo PETROPOULOS

Une réflexion s’est donc ouverte au sein de l’école pour décliner une campagne de sensibilisation et de lutte contre le harcèlement. Le projet a démarré avec l’intervention de l’artiste plasticien Olivier Sonck auprès des élèves de 5e année, qui a travaillé à l’élaboration de textes percutants à exposer sur les murs de l’école.

«L’idée était de travailler avec les élèves autour de leurs mots, de les faire parler leur langage, différent de celui des adultes.» Toutes les phrases et slogans affichés dans l’école sont leurs trouvailles. Mais leur implication a été plus loin. Ce sont eux qui ont créé le graphisme des slogans affichés.

Slogan créé par les élèves

«Je leur ai présenté les techniques avec lesquelles je travaille: le transfert de lettrage, la décalcomanie, le mélange des lettres et comment d’un slogan on pouvait faire tout de suite quelque chose de graphique, dont je pouvais me servir. Ils ne connaissaient pas ces techniques et étaient curieux de les découvrir. Leur implication a été complètement différente que si je leur avais demandé d’écrire un truc au crayon sur du papier.»

L’affichage de ces slogans parfois très poétiques dans l’école et sur des T-shirts n’est qu’un élément d’un programme prévu sur le long terme. Une cellule bien-être, composée d’une douzaine d’élèves passant de la 5e à la 6e et d’une dizaine d’enseignants sera constituée pour la rentrée de septembre. Les élèves victimes de harcèlement pourront les alerter au travers d’une boite installée dans l’école où ils pourront laisser un message.

À Quaregnon, des élèves se mobilisent pour que l’école ne fasse plus souffrir
Ugo PETROPOULOS

Dès la 1re année, les élèves pourront également se faire parrainer par un élève de 6e. «Le harcèlement touche surtout les élèves de la 1re à la 3e, rappelle Ophélie De Cicco, animatrice à la Maison Culturelle. Ceux qui entrent désormais dans l’école pourront avoir un référent, une élève plus grand sur qui compter, qui pourra les épauler. Celui-ci pourra aussi jouer le rôle de témoin et orienter le jeune élève en cas de problème. Ça permet de pallier la dénonciation aussi. Ça évite d’isoler la victime et d’être considéré comme une balance.»

Effets mesurables à long terme

De leur côté, les professeurs référents intégrant la cellule bien-être ont reçu une formation qui doit leur permettre de réagir au mieux quand les cas se présenteront. «Nous avons un rôle psychologique; nous devons évaluer si nous pouvons gérer la situation au niveau de cette cellule, ou si nous devons alerter plus haut en raison de faits plus graves.»

L’école est consciente de s’engager dans un dispositif unique et à l’efficacité incertaine. «C’est dans 6 ans, quand les premiers élèves à avoir bénéficié de cet encadrement auront passé toutes les années, que nous pourrons évaluer l’effet du dispositif», conclut Jean-Christophe Desilly.

À Quaregnon, des élèves se mobilisent pour que l’école ne fasse plus souffrir
Ugo PETROPOULOS


Nos dernières videos