BRUXELLES

PHOTOS | À Morichar, la révolution des planches à roulettes: «Cette place, c’est ma deuxième maison»

Depuis quelques mois, la place Morichar de Saint-Gilles est sous pression. Les riverains n’en peuvent plus et ce sont les skateurs qui en ont payé les pots cassés.

Atypique dans le paysage bruxellois, la place Morichar, en plein cœur de Saint-Gilles, s’est découverte une seconde jeunesse depuis quelques mois. Avec ses larges espaces sur plusieurs niveaux, skateboard, basket-ball, pétanque ou simplement siroter une bière au soleil, le lieu est idéal pour de nombreuses activités. Et alors que le confinement a accentué la pression sur le quartier, les riverains n’en peuvent plus des nuisances et demandent l’aide de la commune, via de nombreux courriers et plus récemment une pétition.

 

Des modules financés de notre poche grâce à une cagnotte.

 

Au sommet de celle-ci, sur la large dalle de piéton, si les skateurs enchaînent les figures, ils ont la tête des mauvais jours. La semaine passée, une équipe de Bruxelles Propreté, accompagnée de policiers, est venue retirer les modules qui avaient été installés pour les conduire à la déchetterie. «Des modules financés de notre poche grâce à une cagnotte, souligne Sam, l’un des skateurs. Ils ont évidemment profité d’un moment où c’était plus calme pour éviter une réaction de notre part, mais encore aujourd’hui, on ne sait pas pourquoi ils ont fait ça.»

Du côté de la commune, si on préfère ne pas remettre de l’huile sur le feu dans ce débat, on souligne qu’une rencontre est prévue pour renouer le dialogue entre les différentes parties. Les autorités précisent toutefois que ces modules n’ont rien à faire dans l’espace public, que la pression sur cette place Morichar est un réel problème et qu’il va être difficile de trouver une solution qui arrange tout le monde.

 

Ce qu’on ne comprend pas, c’est que ça fait dix ans qu’on skate sur la place Morichar et qu’il n’y a jamais eu le moindre souci.

 

«Ce qu’on ne comprend pas, c’est que ça fait dix ans qu’on skate sur la place Morichar et qu’il n’y a jamais eu le moindre souci, ajoute Gaël. D’un coup, on est venu prendre nos modules un par un. Ils ont coupé nos cadenas sans rien dire. Ces modules appartiennent à la communauté. En quelque sorte, on s’est fait voler nos modules sans en connaître la moindre raison. On sait que la situation n’est pas évidente»

Chaque jour, du haut de ses 15 ans, Otto vient enchaîner les flips et les ollies sur le béton lissé de Morichar. «Ici, c’est un peu ma deuxième maison, confirme le ket entre deux figures. Pendant le confinement, ça m’a permis de me défouler, et ainsi de ne pas m’engueuler avec mes parents par exemple. Ce n’est pas parce qu’on est plus jeune, qu’on n’a pas notre place. Au contraire même. D’ailleurs, il y a souvent des gardiens de la paix qui passent sur la place et ils ne disent jamais rien, parce qu’il ne se passe jamais rien.»

 

La commune doit pouvoir dissocier les gens qui pratiquent un sport et les autres. On ne comprend pas trop pourquoi on est les boucs émissaires dans cette histoire.

 

Du côté des riverains, on reproche le bruit omniprésent la journée et surtout la nuit et le monopole des skateurs sur le haut de la place. «On n’ose plus laisser nos enfants faire du vélo désormais», regrette un parent. «On comprend que notre présence peut dissuader certains parents de laisser courir les enfants, mais on n’a jamais empêché personne de faire son sport, au contraire même. Il y a d’ailleurs des initiations au skate qui sont organisées ici le mercredi après-midi et le samedi matin. Il y a régulièrement plusieurs générations qui se côtoient ici. Par ailleurs, le confinement a poussé les gens qui avaient envie de faire la fête à se rassembler ici, tempère Sam. Forcément, ça fait du bruit, mais la commune doit pouvoir dissocier les gens qui pratiquent un sport et les autres. On ne comprend pas trop pourquoi on est les boucs émissaires dans cette histoire.»

Le skate comme langage

Ce lundi, les skateurs ont voulu montrer leur mécontentement en se réunissant sur la place Morichar. «Une protestation positive, reprend Sam. Pour montrer que notre communauté est importante. Regardez, il y a quatre générations de skateurs ici. On est plus de 150. Le skate fédère énormément de personnes, originaires de milieux totalement différents. Une fois sur le skate, il n’y a plus de différence entre les individus. On a tous le skate en commun, c’est notre langage, le reste on s’en fout. On espère être pris en compte dans les prochaines discussions.»

 

En 72 h, on en avait construit d’autres. La preuve que ce n’était pas la solution de les détruire.

 

Les modules disparus, il n’a pas fallu longtemps pour en voir d’autres réapparaître sur la place. «En 72 h, on en avait construit d’autres. La preuve que ce n’était pas la solution de les détruire, sourit Gaël. S’ils les enlèvent encore, d’autres reviendront. Ça n’a pas de sens. Par contre on a un peu creusé la question, et on s’est rendu compte que le skate était loin d’être le problème majeur. Ce sont surtout les nuisances sonores, la nuit, qui posent problème.»

Des skateparks construits par des mecs en chemise

S’ils existent différents skateparks à Bruxelles, ils ne sont pas spécialement courus par les aficionados de planches à roulettes. «Au Ursuline, par exemple, le skatepark est une erreur urbanistique, souligne sa. C’est un beau projet pour les bureaux d’urbanisme, des mecs de 50 ans en chemise qui n’ont jamais fait de skate, mais la communauté du skateboard n’a pas du tout été prise en compte dans la conception de celui-ci. Dans la pratique, l’environnement est moyennement adapté à notre sport.»

 

Le skate sera notamment présent aux jeux olympiques cet été. Il serait temps que les institutions ouvrent les yeux et répondent aux attentes de notre communauté.

 

S’ils ont l’impression de payer les pots cassés pour tout le monde, les skateurs de Morichar rappellent que leur sport a beaucoup évolué ces dernières années. «On est loin de la culture méconnue de ces dernières années, confirme Sam. Le skate sera notamment présent aux jeux olympiques cet été. Il serait temps que les institutions ouvrent les yeux et répondent aux attentes de notre communauté. Elles auraient tout à y gagner. On interprète la ville comme aucun autre sport. S’il y a trop de monde à Morichar, c’est peut-être parce qu’il manque ce genre d’infrastructure à Bruxelles.»

Pour tenter d’apaiser les choses, les skateurs bruxellois ne sont pas contre renouer le dialogue avec les autorités et surtout les riverains. «On est prêt à mettre en place une certaine structure s’il le faut, précise encore Gaël. D’ailleurs, si les riverains étaient venus nous consulter. On aurait déjà pu trouver un terrain d’entente, sans passer par l’étape de la confiscation des modules. Il faut toutefois rappeler qu’à la base, et c’est sans doute une des dernières à Bruxelles, c’est une place qui est prévue pour les activités sportives, mais on comprend tout à fait qu’ils aient besoin de vivre dans le calme. S’il faut cadrer certaines choses, on est évidemment d’accord. On veut juste pouvoir continuer d’utiliser cet espace dans le respect de tous.»

 

Il faut toutefois rappeler qu’à la base, et c’est sans doute une des dernières à Bruxelles, c’est une place qui est prévue pour les activités sportives, mais on comprend tout à fait qu’ils aient besoin de vivre dans le calme.

 


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