PROFONDEVILLE - Rivière

PHOTOS| Fangio, un cheval champion du débardage là où les machines ne se risquent pas

PHOTOS| Fangio, un cheval champion du débardage là où les machines ne se risquent pas

Fangio se joue avec facilité d’une pente que ne pourrait franchir un engin mécanisé. ÉdA

À l’ère du tout au numérique et de la mécanisation à outrance, le cheval de trait ardennais démontre son utilité et son efficacité.

Quartier de Bois Laiterie à Rivière, à quelques encablures à peine de l’antenne de la RTBF. Un terrain pentu comme il en existe peu. Qui plus est, truffé de sources et traversé par un captage d’eau. Et plusieurs dizaines d’arbres à évacuer à l’arrière d’une habitation. Entre les pétarades des tronçonneuses surgit une masse musculaire impressionnante.

Son nom? Fangio. Un hongre ardennais de six ans au prénom de champion. Une force tranquille, qui obéit au cordeau et à la voix d’Olivier Gillet, son maître domicilié à Nethen (Grez-Doiceau). Derrière lui, un tronc particulièrement impressionnant d’une vingtaine de mètres fraîchement débité. Le cheval s’engage dans la pente, guidé par son maître. Le pas est sûr, la démarche noble.

Tiré par l’équidé, l’imposant tronc se laisse traîner en douceur, comme s’il s’inclinait devant une telle puissance. Un peu plus à gauche, à droite pour réajuster la position et voilà le cheval s’engageant vers la partie la plus technique de la descente, sous les ordres d’Olivier. Direction la route en contrebas où les attendent les bûcherons et le camion de chargement.

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Entre Fangio et Olivier règne bien plus qu’une complicité de travail. ÉdA

Ce spectacle, anachronique dans cette ère du tout au numérique, dégage une réelle poésie. Et rappelle ces gestes de jadis, lorsque le cheval constituait la seule force de traction pour les tâches laborieuses. Les riverains venus assister à la scène ne s’y sont d’ailleurs pas trompés.

La force tranquille

Pas plus que le propriétaire du terrain, Émile Laurent, «rempli de joie d’assister à cette façon de faire à l’ancienne. J’ai un grand respect pour ce genre de travail. Et je pourrais dire avec fierté à mes petits-enfants qu’ils hériteront d’un terrain propre, non pollué».

Pendant ce temps, Fangio franchit les derniers mètres, s’arrêtant au seul mot d’Olivier. Le temps de détacher la grume, de manœuvrer le cheval et le voilà récompensé d’un peu de picotin.

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ÉdA

« Fangio est à la fois très calme, très puissant et très précis, s’émerveille Olivier. Il est également très polyvalent. Avec lui, je bine et désherbe dans les vignes, je laboure mon terrain d’un demi-hectare où je cultive des légumes, je m’adonne également à l’attelage. Assurément, c’est un très bon cheval d’une grande docilité».

Mais ne faites pas dire à Olivier ce qu’il ne dit pas. L’équidé ne constitue nullement un signe de rejet de la modernité. «Force animale et outillage mécanique sont, comme dans le cas présent, totalement complémentaires. Juste le cheval va-t-il là où les machines ne peuvent pas aller. En effectuant un travail le plus proprement et le plus efficacement possible». Et ce n’est pas Fangio, en champion du débardage qu’il est, qui le contredira.

 

Il murmure à l’oreille de son cheval

Si ce n’est son métier de bûcheron, rien ne prédestinait Olivier Gillet à se spécialiser dans le débardage chevalin. «Au départ, le cheval n’est absolument pas une passion. Mais dès les premières secondes en forêt, ça l’est devenu. Sans aucune marche arrière possible» confie-t-il. C’était il y a sept ans. Désireux de se diversifier, il décide de suivre une formation au contact de débardeurs expérimentés. «Ils m’ont tout appris du métier».

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La grume acheminée, Fangio remonte se reposer un peu, à l’ombre du soleil. ÉdA

Entre Olivier et Fangio se dévoile une réelle complicité. Les gestes sont doux, les mots rassurants. Le cheval reste constamment aux aguets des paroles de son maître. D’un calme olympien, il attend patiemment les ordres. «Cette complicité est renforcée tous les jours. Un cheval, ce sont des heures et des heures de pratique, et puis une attention permanente.», précise-t-il.

Mais aussi un savoir-faire dont la renommée dépasse les frontières. «La réputation des Belges dans le domaine est en effet internationale», confie Olivier. Ce qui n’empêche pas cette spécialisation de connaître une période de déclin. «Il y a quelques nouvelles initiatives, mais pas suffisantes que pour combler les départs. J’espère pouvoir à mon tour transmettre à d’autres ce que l’on m’a inculqué.», conclut le Nethénois qui murmure à l’oreille de son cheval. Un animal devenu bien plus qu’un complice de travail.

 


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