TOURNAI

Le Tournai d’avant: Camilliens, une présence près des souffrants

Expulsés de France où se préparent les lois Combes, cet Ordre des «Frères Réguliers pour les malades» sera actif à Tournai de 1884 à 1963

Moins connus que d'autres, les Camilliens ont cependant essaimé à travers le monde, notamment en France y englobant la Hollande et la Belgique et apportant, pour tous ceux qui souffrent, leur sens de l'humain.

Soldat, joueur puis saint

Destinée atypique que celle de Camille de Lellis, fondateur de l'Ordre. Fils d'officier, né le 15.05.1550 dans les Abruzzes, sa jeunesse est dévergondé, soldat, il est renvoyé et autour des tables d ejeu il accumule dettes et ennuis. Un capucin le remet sur le bon chemin.

Le voici infirmier à l'hôpital St-Jacques de Rome, horrifié de l'incommensurable détresse des malades pauvres. En 1582, il crée cette congrégation dont les membres, prêtres, frères et civils, tous baptisés acceptent «de vivre en communauté, en union avec le Christ, en témoignage de sa miséricorde envers les malades, les pauvres, les souffrants». Canonisé en 1746, Camille de Leillis s'est éteint à Rome le 14.07.1614.

Face aux maux nouveaux de la société, les Camilliens évoluent et créent des œuvres spécifiques pour soigner tuberculose, sida, handicaps.

Aux Erables

.Les chroniques de l'Ordre annoncent leur arrivée à Tournai en 1884 dans la mouvance d'un décret supprimant 31 communautés d'hommes. En corollaire, la création des maisons en Hollande et à Tournai.

L'Histoire retient cet échange, le ministre Combes disant au roi «Sire, je vais vous envoyer toute ma vermine noire», s'attirant cette réponse de Léopold II «Il n'y aura jamais assez de braves gens chez nous». Les Camilliens sont du nombre.

S'installer à Tournai ne semble pas répondre aux vœux premiers de ces clercs car la ville offre de bons hôpitaux aux malades et c'est peut-être dans le mouvement général d'immigration religieuse qu'il faut chercher la raison. Leur arrivée est saluée déjà en 1893 par les Semaine Religieuse comme «la cinquième ouvre de miséricorde: soulagez les malades».

Les Camilliens passent d'Uccle à Ath puis, à Tournai, au couvent de la Verte Feuille, à la Madeleine, au Monnel. En 1912, ils bâtissent leur imposant couvent à l'angle des rues des Erables et du Saule. Leur chapelle est consacrée en 1916, dare-dare car les Allemands la voyaient en écurie!

Une autre mission est soulignée en 1905 par le Supérieur de la maison de Tournai «le véritable ministère est celui des agonisants et de la sainte visite, jour et nuit, de tous les rangs de la société et surtout des démunis». Un beau chemin de vie, altruiste.

Ces religieux à la longue robe noire éclatée d'une grande croix rouge en signe de charité seront attentifs, sobrement, à l'avenir, ouvrant le scolasticat le 20.0.1938, que suivra un diaconat en présence de 45 Pères et postulants. Des années fastes avec publication de deux revues.

Les visites sont une priorité, notamment aux Incurables (chez les hommes) comme le sont les veillées des malades, plusieurs fois la semaine. Des cours d'infirmiers sont dispensés aux postulants.

Le 25 juillet 1905, le Pape Pie X leur a accordé un privilège unique: célébrer la messe dans la chambre du souffrant. En exemple, chez Stiénon du Pré rue Curé du Château, au boulevard Léopold.....

L'Ordre des Camilliens, hors du temps, continuera ses missions, prêchant, assistant aux grands événements telle la procession mais sans vraie pastorale paroissiale. Ils sont de moins en moins nombreux et, le 14.07.1963, après une cérémonie toute d'émotion, les Camilliens diront adieu à Tournai.

L'ex-couvent abritera des enfants handicapés, les ateliers de meubles Toubois et sera rasé en 1989-90. Il ne reste des Camilliens qu'une croix,près de St-Paul un symbole de reconnaissance.


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