BRUXELLES

PHOTOS | Au sommet des piliers de la terre bruxellois: montée dans les tours à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule

Bruxelles n’a sans doute pas de meilleur point de vue que les tours de sa cathédrale. Pourtant, Saints-Michel-et-Gudule n’ouvre que rarement ses 287 marches. Profitez-en dès ce week-end pour le lancement du Brussels Renaissance Festival.

«Il faut signer une décharge: la visite est à votre propre risque».

Pas d’arbalétrier planqué dans les meurtrières, pas de cuve de poix suspendue entre les créneaux, ni même de zélote en soutane. Pourtant, l’escalade des tours de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule n’est pas une promenade de santé: pour admirer la vue plongeante à 360 degrés sur Bruxelles, il vous faudra grimper 287 marches taillées dans la pierre, irrégulières, étroites et lissées par 5 siècles de passage des vigies et carillonneurs. Et au sommet, le vide guette. D’où ce papier à parapher qui dédouane le guide en cas de faux pas.

Vous vous en rendrez compte dès ce 19 juin 2021: à l’occasion du premier Brussels Renaissance Festival (lire cadrée), l’une des tours du fleuron du gothique brabançon s’ouvre en effet au public. Un moment rare: au contraire de certaines villes flamandes ou capitales européennes où beffrois et clochers se visitent, la plateforme perchée à 64m au-dessus du boulevard de l’Impératrice n’est accessible qu’aux historiens, experts architectes et faucons qui nichent dans ses murailles.

PHOTOS | Au sommet des piliers de la terre bruxellois: montée dans les tours à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule
Dans la salle du carillon. ÉdA – Julien RENSONNET

PHOTOS | Au sommet des piliers de la terre bruxellois: montée dans les tours à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule
Michaël Dupuis, sacristain (à g.): «quand le bourdon sonne, il fait trembler toute la tour». ÉdA – Julien RENSONNET
Michaël Dupuis, sacristain, déverrouille les épaisses portes de bois. Après quelques essoufflements déjà, il fait halte dans la salle du carillon. Les massives cloches, «accrochées depuis le début», restent heureusement muettes lors de notre passage. On y comprend pourquoi c’est la tour sud qui est visitée. «Le bourdon est fixé dans l’autre tour. Il s’appelle Salvator. Il pèse 7,5 tonnes. Quand il sonne, on l’entend à 8km! Il prévenait des visites royales. On préfère ne pas y donner accès car le bourdon à lui seul fait vibrer toute la tour. C’est très impressionnant».

Vue royale

On reprend l’escalade. Bruxelles se dévoile au fur et à mesure à travers les meurtrières, où se faufilent la flèche de l’Hôtel de Ville et la coupole dorée du Palais de Justice. Puis la lumière fuse. On baisse la tête pour ne pas s’assommer dans l’encadrement de pierre taillée. Et c’est l’émerveillement: à 360°, Bruxelles étale ses maisons, ses placettes, ses parcs. On aperçoit tous les repères qui scandent le ciel de la capitale: Reyers, Basilique, The Hotel, tours des Finances, Albert, Actiris et du Midi et, plus loin, centrale électrique de Drogenbos et éoliennes du Pajottenland. En cherchant bien, on débusque l’Atomium, qui se planquait entre les créneaux. À nos pieds, on pourrait presque entrer au Palais Royal. Et on a rarement aussi bien détaillé l’entièreté de l’Hôtel de Ville.

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Bruxelles rapetisse au fur et à mesure que l’on gravit les 287 marches lissées par cinq siècles de passage. ÉdA – Julien RENSONNET

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Quand on débouche au sommet, tous les repères qui flirtent avec le ciel bruxellois se détachent dans le ciel. ÉdA – Julien RENSONNET

En contrebas, les quelques bureaucrates de retour après le covid mordent dans leur sandwich, à l’ombre du parc qui verdit le parvis de l’édifice. Cette quiétude contraste fortement avec le bouillonnement qui régnait jadis dans les ruelles menant à la cathédrale, avant la percée de la Jonction ferroviaire Nord-Midi et des boulevards centraux. «Nous avons des gravures du XVe et du XVIe siècles: c’est impressionnant d’y voir les maisons qu’on construisait tout autour», acquiesce Anne Périer, responsable communication du Vicariat de Bruxelles pour l’archidiocèse de Malines-Bruxelles. «Au Moyen Âge, on bâtissait d’abord la cathédrale. Et ensuite seulement, les maisons. C’est le modèle de l’église Saint-Nicolas, entre Grand-Place et Bourse, avec ses échoppes collées aux façades. On le trouve partout à l’époque médiévale».

Cette vue époustouflante, le Secrétaire d’état bruxellois au Patrimoine Pascal Smet aimerait l’ouvrir en permanence au tourisme. C’est ce qu’il confie au sommet de la tour sud, qu’il avoue visiter pour la première fois. «J’ai ce souvenir impérissable d’il y a plus de 25 ans. J’ai visité la Sagrada Familia à Barcelone. Les gens, ils adorent monter dans les tours. Pourquoi ne leur propose-t-on pas à Bruxelles?» s’interroge le socialiste. Qui promet: «Avec un partenariat entre les services du patrimoine régionaux et visit.brussels, nous allons en étudier la faisabilité». Plongeant le regard au loin, Smet imagine déjà les aménagements nécessaires, comme une vitre entre les créneaux et une plateforme de bois couvrant le petit vide entre la plateforme et la muraille. «Tout le monde doit avoir accès aux chefs-d’œuvre architecturaux. Les Bruxellois et les touristes», appuie l’élu, qui rappelle les ouvertures récentes de la Maison Cauchie et de l’Hôtel Solvay.

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Sous le regard narquois des gargouilles, on pourrait presque rentrer dans le Palais Royal. ÉdA – Julien RENSONNET

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Pascal Smet (en bas), secrétaire d’État bruxellois au Patrimoine, aimerait pérenniser les visites dans les tours de la cathédrale, «comme à Barcelone». ÉdA – Julien RENSONNET

Une cabane

«On sait avec certitude qu’une cabane était construite sur la tour nord. C’était une maison de garde chauffée», détaille Lou Peetermans, guide spécialisé dans les églises gothiques bruxelloises. «Parfois, cette fonction de veille était assurée dans les tours civiles, comme le beffroi. Mais à Bruxelles, la cathédrale était le point le plus élevé de la première enceinte». L’édifice est aussi l’horloge liturgique de la ville: «Les cloches annoncent les 7 moments de prière des chrétiens et, en second lieu, les services religieux. Le grand bourdon était agité pour les funérailles».

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Saints-Michel-et-Gudule; «fleuron du gothique brabançon», se distingue par sa simplicité. ÉdA – Julien RENSONNET

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Lou Peetermans, guide spécialisé dans les églises gothiques: «la cathédrale a toujours accueilli des événements royaux». ÉdA – Julien RENSONNET
Saints-Michel-et-Gudule, «à la beauté née de la simplicité de son architecture», se situe dans la partie haute de Bruxelles. «Là où vivent nobles et ambassadeurs, les riches. Sa paroisse se différencie donc de celle de Saint-Nicolas, où convergeaient les commerçants et les ouvriers. Ou de celle du Béguinage, plutôt fréquentée par les pauvres et les malades», distingue le guide. Conséquence: ses dalles froides sont foulées par les plus éminents personnages du Moyen Âge et de la Renaissance. «Depuis les ducs de Brabant, les cours ducales, impériales, royales successives ont toujours célébré ici les grands événements». On y a vu Charles Quint ou Louis II de Bavière. «Et la famille royale belge y convole encore. Seule Astrid n’a pas été mariée ici, mais au Sablon: la cathédrale était en pleine restauration».

Voilà donc une restauration qui n’aura pas été favorable à la monarchie.

+ La visite des tours de (+/– 60 minutes), en français ou en néerlandais, se fait uniquement le samedi, sur réservation avec un maximum de 10 participants. Prix: 10€. Info et réservation: Église et Tourisme Bruxelles, 02/219 75 30, etkt@skynet.be

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D’habitude, seuls les architectes spécialisés ou les historiens peuvent grimper dans les tours de Saints-Michel-et-Gudule. ÉdA – Julien RENSONNET

Un festival 100% renaissant

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visit.brussels
Ces visites inédites des tours de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule se tiennent dans le cadre du premier Brussels Renaissance Festival, qui se tient du 19 juin au 11 juillet partout dans Bruxelles. Il s’agit en fait d’une mise à jour du Carolus Festival, pour ne plus cantonner la période à la tutélaire figure de Charles Quint et ainsi «lui donner une dimension plus internationale», éclaire Jeroen Roppe, porte-parole de visit.brussels. «Il s’agit d’un des premiers festivals post-covid», vante quant à lui Pascal Smet, Secrétaire bruxellois du Patrimoine (one.brussels/Vooruit).

Outre de nombreuses visites guidées (Sablon, porte de Hal, Hôtel de Ville, Maison d’Erasme, fortifications…), expos et conférences, on note un premier WAOUWWeek-end familial au Coudenberg (26-27 juin) avec notamment une chasse aux trésors où vos kets pourraient bien croiser soldats et pages de Charles Quint. Un voyage dans le temps que propose aussi la Maison du Roi lors d’un Week-end Renaissance (10-11 juillet) où il sera question de remparts, de tapisserie et de légendes de l’époque de Charles Quint et Bruegel. À l’affiche encore: l’incontournable KBR et ses manuscrits bourguignons, un «mystery game» autour d’un «cold case» (24 et 28/06) de plus de 500 ans, une dégustation de vins ou une expérience gastronomique médiévale au nouveau resto Albert de la KBR.

Enfin, s’intègrent dans le programme les Urban Archeology Days organisés par urban.brussels. Ça se passe ces 18, 19 et 20 juin 2021 dans le cadre des Journées européennes d’archéologie. Plusieurs visites sont prévues, dans des sites parfois méconnus: le Rouge-Cloître à Auderghem, le castrum de Haren, un chantier au Vieux Marché aux Grains, les caves de la Grand-Place ou le labo d’archéologie d’urban.brussels. Pensez à réserver.

PHOTOS | Au sommet des piliers de la terre bruxellois: montée dans les tours à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule
Le castrum, à Haren, l’un des rares vestiges renaissant encore visibles à Bruxelles. EdA - Julien RENSONNET


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