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EMPLOI

Manque de reconnaissance pour ceux qui ont mis un coup de torchon au Covid

On parle beaucoup du personnel soignant. Mais les travailleurs des services de nettoyage ont aussi été en première ligne de la crise sanitaire. Ne rencontrant pas toujours une profonde reconnaissance.

Près de la moitié des personnes travaillant dans des services de nettoyage avouent avoir eu «très souvent» (27%), ou «souvent» (19%), peur d’attraper le Covid. Et pour un tiers d’autres (36,5%), cette crainte étaient présente «parfois». Seuls 16,8% ont traversé la crise sanitaire sans «jamais» se faire du souci pour leur propre santé, selon un sondage mené par la CSC Alimentation et Services auprès de 5402 travailleuses et travailleurs du secteur. Les trois quarts de ceux qui ont répondu à l’enquête (79%) font du nettoyage à domicile chez des particuliers (pour 10% dans des bureaux, les autres exerçants dans des écoles, des industries, des hôtels ou des hôpitaux). Et quasi la même proportion se sont vus contraints d’arrêter de travailler, essentiellement lors du tout premier confinement, en mars-avril 2020.

Une protection satisfaisante

Ce qui est rassurant, c’est que seulement un de ces travailleurs sur dix (11,1%) a attrapé le coronavirus, ce qui moins que la population en général (là, Sciensano cite des chiffres entre 15 et 20%). Et seulement un tiers de ceux qui ont été contaminés disent l’avoir été au travail. D’une manière générale, une grande majorité des nettoyeuses et nettoyeurs estiment que l’employeur ou le client applique correctement les mesures de lutte contre le coronavirus (74%) et qu’eux-mêmes reçoivent suffisamment (65%) de matériel de protection: masques, gants, gel désinfectant,…). Un cinquième des travailleurs n’est néanmoins pas d’accord avec cette affirmation. Pis, 40% disent avoir dû fabriquer leur propre matériel de protection. Mais la situation a, sans doute, nettement évolué au fil de la crise. Reste que les protocoles de sécurité n’ont, sans doute, pas suffisamment été appliqués partout.

« Compte tenu des bas salaires du secteur, nous plaidons pour l’introduction d’une prime qui viendrait s’ajouter à la norme salariale, négociée au niveau sectoriel», estime Pia Stalpaert, présidente de la CSC Alimentation et Services. De son point de vue, l’argument selon lequel les entreprises de nettoyage ne pourraient pas payer cette prime est faux. «La plupart des entreprises de nettoyage ont dégagé des bénéfices en 2020. ISS, par exemple, a réalisé un bénéfice d’exploitation de 9,5 millions d’euros et a versé un montant record de 15 millions d’euros en dividendes. D’autres grandes entreprises de nettoyage ont également réussi à verser des sommes considérables à leurs actionnaires.»

Des produits plus agressifs

Un point soulevé par le syndicat chrétien, c’est que plus d’un travailleur sur quatre en milieu professionnel (hôpitaux, bureau et écoles) déclare avoir utilisé des produits de nettoyage plus agressifs dans le contexte de la lutte contre la pandémie. C’est un peu moins le cas dans le nettoyage à domicile (la moyenne est à 17,2%) mais militer pour un environnement de travail sûr et sain reste, donc, une préoccupation. du secteur, alors que l’on célèbre, le 16 juin, les 10 ans de la Convention de l’OIT pour les travailleuses et travailleurs domestiques.

«Un recul de 20%, ce n’est pas anodin. C’est même relativement inquiétant par rapport aux perturbateurs endocriniens ou autres produits dangereux, et cela s’est fait à la demande des clients qui voulaient un nettoyage plus intensif», relève Gaëtan Stas, le secrétaire général de la CSC Alimentation et Services.

Oubliés, les primes et les bravos

Autres points fâcheux, et qui pèsent sur le moral, c’est que si 60% des sondés disent n’avoir vu aucune dégradation de leurs conditions de travail, une proportion non négligeable ont dû faire face à des journées plus longues, une augmentation des cadences, davantage de remplacements ou des changements de lieux de travail et de tâches. Surtout, une majorité (56,5%) dit n’avoir eu aucun signe de reconnaissance pour leur travail durant cette crise. Un tiers (33%) a quand même reçu une marque de soutien de son employeur, mais moins de 10% une prime.

«Là où il n’y a pas de différence entre le personnel en titres services et les autres, c’est au niveau des primes: 9% qui en ont reçu, c’est très peu, alors que l’on constate un impact important sur l’organisation de leur vie, tant en termes de flexibilité que de disponibilité pour les clients», dénonce Gaëtan Stas. «Ils ont été soumis à rude épreuve, la pression était élevée. Ce sont souvent des femmes, qui ont dû en même temps gérer le fait que les enfants soient à la maison. Et on constate que les entreprises de nettoyage, elles, ont financièrement très très bien fonctionné, et ont pu largement rémunérer leurs actionnaires.»

Si l’on pondère la sur-représentation des nettoyeuses et nettoyeurs à domicile dans ce sondage, le manque de reconnaissance concernerait même deux travailleurs sur trois (65%) estime le syndicat chrétien. 5%, à peine, de ces travailleurs pourtant indispensables en temps de crise sanitaire disent avoir reçu des marques de soutien de la part de la population.

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