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L’INTERVIEW DU LUNDI

oBelgix, ce fier supporter de la Belgique. Et pas que pour le foot

oBelgix, ce fier supporter de la Belgique. Et pas que pour le foot

oBelgix, est un des visages les plus connus des supporters belges. Et s’il n’est pas présent lors des matches de poules, comptez sur lui pour la suite de la compétition. BELGA

Chaque lundi, nous vous proposons un large entretien avec une personnalité du Brabant wallon qui fait l’actualité. Cette semaine, nous avons rencontré oBelgix, de son vrai nom, Nicolas Dardenne. Fils d’agriculteurs originaire de Roux-Miroir (Incourt), il est l’un des visages les plus connus des supporters de notre équipe nationale belge de football, sinon le plus connu. En cause, évidemment, son costume, emprunté au célèbre personnage de bande dessinée gaulois. Irréductible supporter parmi les irréductibles, cet homme d’affaires – qui est à la tête de deux entreprises à Bruxelles – est aussi papa de deux enfants. Fan de foot, «des Diables en particulier», depuis toujours, il nous raconte cette histoire inattendue qui l’a mené à être un des fiers représentants de notre équipe en tribune. Avec des anecdotes étonnantes et une passion sans faille, même pas atténuée par cet Euro 2020 au contexte particulier pour les raisons que l’on sait (stades pas entièrement remplis, déplacements compliqués, etc.).

L’Euro a débuté ce vendredi soir. Mais cette édition 2020, ou 2021 selon la manière dont on veut la dénommer, ne ressemble à aucune autre de ses prédécesseuses pour les raisons que l’on sait: report d’un an, joueurs qui vivent plus encore que d’habitude en vase clos pour éviter une contamination. Mais aussi des stades pas entièrement remplis dans la majeure partie des onze villes qui accueillent les matches – chacune d’entre elles ayant fixé sa jauge maximale. Du coup, beaucoup moins de supporters belges qu’à l’accoutumée ont fait le déplacement. Parmi les absents ce week-end, un certain Nicolas Dardenne, plus connu sous le nom d’oBelgix. L’Incourtois d’origine – il vit à Overijse désormais -, qui a joué au foot provincial à Incourt et Grez-Doiceau notamment, est le personnage le plus atypique des tribunes noir-jaune-rouge, souvent recherché par les caméras de réalisation pour illustrer l’émotion momentanée du public belge.

Nicolas, comment est née cette histoire d’oBelgix?

Tout est parti de la Coupe du Monde 2014 au Brésil, une expérience incroyable au pays du football, d’ailleurs. Pour le premier match, j’avais mis sur la tête un casque avec deux pailles afin de boire le contenu d’une canette de bière sans utiliser mes mains. Une image qui a été reprise par plein de télévisions et qui a fait le tour du monde. Je me suis alors dit que j’allais trouver un déguisement en rapport avec le Carnaval de Rio pour la deuxième rencontre. J’étais donc déguisé en viking du Carnaval, un truc avec plein de plumes. Nouveau buzz. Et ça été comme ça pendant les cinq matches des Diables. Quelques mois après ce Mondial, il y a ensuite eu ce match amical en France. J’ai donc cherché un truc qui correspondait à l’image de nos voisins. M’est alors venue l’idée d’Obélix. J’ai bricolé un déguisement trouvé sur le net et l’ai repeint en noir-jaune-rouge. C’était parti!

Mais pour l’occasion, vous avez poussé le détail plus loin, non?

Oui, bah la France, son symbole c’est le coq. Je me suis dit: «dans Paris avant le match, je dois trouver un poulet». Impossible d’en dégotter un en plastique ou autre. J’ai donc été acheté un vrai poulet rôti, que j’ai amené au stade, bravant ainsi les contrôles. Mais dans les tribunes, un steward a voulu me le confisquer, sous prétexte que je pouvais blesser un joueur avec. J’étais furax donc je l’ai mangé devant lui et lui ai laissé la carcasse (rires). La suite? On a bouffé les Français (victoire 3-4). Dans une ambiance mémorable.

oBelgix, ce fier supporter de la Belgique. Et pas que pour le foot
oBelgix, c’est Nicolas Dardenne, originaire de Roux-Miroir, dans le civil et le papa de deux enfants. -

Vous êtes beaucoup sollicité dans les médias, par les supporters, etc. Cela ne vous pèse pas trop? Car vous allez au stade pour prendre du bon temps, a priori…

Honnêtement j’adore poser pour des photos quand on me le demande. Les enfants, par exemple, sont souvent émerveillés. Mais pour moi, c’est quelque chose de normal, je suis toujours hyperdisponible parce que venir au stade, c’est avant tout un moment de fête, de partage. Je viens pour l’ambiance, la convivialité, les rencontres qu’on y fait. Puis ça correspond à ma personnalité de tous les jours en fait: je suis un peu costaud, j’aime rigoler, parler avec les gens, manger un truc, boire un coup. Je me retrouve finalement très bien dans ce personnage et tout ça m’amuse. D’ailleurs, quand je pars au stade avec des potes, ils me disent toujours: «OK, on se retrouve à la fin du match». Car ils savent que je vais aller me balader à gauche, à droite dans les tribunes et parler avec n’importe qui. Mais pour moi, c’est ça un bon Belge: un mec qui profite, qui s’amuse, qui boit son p’tit coup, sans prise de tête.

 

La Belgique est une vraie, belle terre de talents. Et pas qu’en matière de sports. Soyons en fiers

 

Et comment êtes-vous perçu à l’étranger?

Pas mal de gens dans les stades savent qui je suis parce qu’ils ont vu des vidéos ou des photos circuler sur le web. Et quand je parle avec eux, je leur dis toujours à quel point je suis fier d’être Belge. Fier de mon équipe nationale évidemment mais pas seulement. On est un minuscule pays à l’échelle mondiale mais quand on voit tout le talent qui sort de chez nous, cette fierté n’est pas illégitime, je trouve. Il y a le foot mais on cartonne dans d’autres sports comme le cyclisme, l’athlétisme, le judo, et j’en passe. Et la Belgique est aussi reconnue dans un tas d’autres domaines. Regardez les musiciens et chanteurs que l’on sort. Au niveau de la culture, de la science, de la gastronomie, de la bière… La Belgique est une vraie belle terre de talents et quand on se déplace hors de nos frontières, on doit être fier de ça. Pas devenir en chauvin comme nos voisins français mais être fier de porter les couleurs noir-jaune-rouge sur les épaules. J’ai vécu aux USA un an. Les gens là-bas sortent les drapeaux partout, tout le temps, en toute occasion. Alors soyons fiers de notre beau et bon pays aussi. On peut bomber le torse, on n’a aucune raison de nourrir un complexe d’infériorité.

Cette passion des Diables Rouges. Elle vous coûte cher, non?

Oui, plusieurs milliers d’euros même, déjà. En temps, c’est aussi pas mal de sacrifices car lors d’un tournoi international normal, je fais des city-trip en 24 h, je reviens entre les matches et je repars. C’est énergivore. Mais comme je le dis à ma femme: une compétition comme celle-là, ça n’est que tous les deux ans au mieux. Puis, je me suis pris au jeu, on m’attend à chaque match des Diables et j’ai envie de continuer à faire vivre ce personnage d’oBelgix le plus longtemps possible. C’est une aventure géniale, qui me fait rencontrer plein de gens.

 

Comment est-ce possible de ne pas avoir un stade digne de ce nom? Le Heysel, c’est le pire du monde

 

Vous arrivez à nouer une relation avec les joueurs?

Pas vraiment, ils ne sont pas faciles d’accès en temps normal et encore moins là maintenant avec le Covid, où leur bulle sanitaire doit être préservée afin d’éviter une contamination qui pourrait être très problématique. Mais récemment, j’ai par exemple reçu une vidéo très sympa pour mon anniversaire dans laquelle plusieurs personnalités belges du football m’adressaient un message de félicitations. Parmi celles-ci, Youri Tielemans et Roberto Martinez. D’ailleurs, ce dernier m’y disait qu’il comptait sur son supporter numéro 1. Je ne me considère pas comme tel car des gens sont encore plus acharnés que moi. Je dirais juste que je suis le plus «emblématique».

Un supporter qui n’était pas au premier match, ce samedi, à Saint-Pétersbourg…

(Soupir) Oui, c’est particulier avec cette crise sanitaire qui fait que les stades ne seront pas pleins. Au départ, j’avais pris l’abonnement qui me permettait de suivre tous les matches des Belges jusqu’à la finale, s’ils y arrivent. Il y a quelques mois, convaincu que ça allait se jouer à huis clos, j’ai revendu mes places. Je ne serai pas à Copenhague jeudi non plus, à cause de la quarantaine à respecter. Impossible. À partir des huitièmes de finale, je vais faire les déplacements, a priori. Mais de manière générale, c’est un calvaire pour le supporter belge. Si on avait eu un stade à Bruxelles pour accueillir la Belgique, cela aurait été moins compliqué. Je ne comprends d’ailleurs pas comment il est possible, pour le pays numéro 1 mondial au classement FIFA depuis trois ans, de ne pas avoir une enceinte digne de ce nom. Le Heysel, c’est le pire stade du monde…

Cette situation, ça gâche votre plaisir?

Cet Euro n’aura, de toute façon, pas la même saveur. Je râle aussi parce que le public belge n’aura pas l’occasion de jouer son rôle de douzième homme aussi bien que d’habitude. Cela fait mal. Mais c’est comme ça, pas le choix. Toutefois, ma motivation est intacte, je serai à fond derrière mon équipe. D’ailleurs, si la Belgique va loin dans la compétition, j’ai déjà réservé mes tickets de TGV depuis le sud de la France où je serai en vacances pour rallier les villes qui accueilleront nos matches. Parce que bon, certes ce sera particulier mais je serai toujours à 300% derrière l’équipe. Puis, ça reste une grande compétition qu’on attend toujours impatiemment. J’espère que chacun pourra en profiter parce qu’il n’y a rien de tel que cette ambiance estivale où même les gens qui n’aiment pas le foot se prennent au jeu. Ces matches des Diables, ça crée des moments uniques, où l’on vit toutes et tous la même émotion intense. Regardez les images d’ambiance des écrans géants au Mondial 2018 pour comprendre. Et puis ah la la… ce but complètement dingue de Chadli contre le Japon, cette victoire face au Brésil. Cela me fout des frissons rien que de vous en parler…

Et sportivement, vous êtes confiants?

Je nous vois gagner l’Euro! On a l’équipe pour aller au bout. Avec, notamment, un Eden Hazard qui sera en grande forme, j’en suis convaincu, notamment car il est revanchard. Sur papier, toutefois, il y a des équipes plus fortes, surtout la France. Attention aussi à l’Italie, l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne. Mais un Euro, ça ne se joue pas que sur la qualité intrinsèque. C’est pour ça que j’y crois! De toute façon, je suis un optimiste de nature (rires)… Puis bon, j’espère vivre au moins la victoire de mon pays dans un grand tournoi une fois dans ma vie…

 

VITE DIT

Costume. oBelgix est devenu une institution dans les tribunes noir-jaune-rouge. «Au départ, j’ai bricolé un truc vite fait. Puis, grâce à ma belle-mère, il s’est peu à peu amélioré pour plus de confort, avec un petit coussin à l’intérieur pour grossir le ventre. Mais ce costume me donne terriblement chaud quand je suis dedans. Désolé pour celui ou celle qui se retrouve à côté de moi au stade (rires). Mais elle m’en a confectionné un deuxième maintenant…»

Entreprises. Nicolas Dardenne, ça n’est pas qu’oBelgix. L’homme est aussi un homme d’affaires. Il est ainsi à la tête de deux sociétés et, au total, d’une cinquantaine de personnes: Pro-Unity, une société digitale qui permet aux entreprises de trouver des consultants, et D-Network, une société de recrutement. « J’ai une vie bien remplie, sourit ce papa de deux enfants (Noa, 4 ans, et Joy, 2 ans et demi). Qui sait, mon fils Noa sera peut-être oBelgix 2.0 à l’avenir?»

Qatar. Le Mondial 2022 aura lieu au Qatar, en hiver (du 21 novembre au 18 décembre). Perspective qui ne réjouit pas oBelgix. «Car ça n’a absolument rien d’un pays de foot. Il y a zéro tradition là-bas. Et comme l’ont dénoncé des médias, la construction des stades a engendré des centaines (voire milliers) de morts. C’est fou. Mais je m’y rendrai car je reste avant tout supporter de mon équipe. Et qu’on ne vienne pas m’empêcher d’y boire une bière dans la rue avant un match. Ne leur en déplaise, ils devront s’adapter au public qu’ils reçoivent!»Récemment, oBelgix a reçu un appel émanant d’un représentant de l’organisation qatarie. «Du responsable des villages de supporters, précisément. Il veut nous créer des gigantesques campings de luxe, par pays, le long de la mer. Et donc pour la Belgique, l’idée est de créer un village gaulois. D’où son intérêt pour mon personnage d’oBelgix. Il m’a demandé ce que ça représenterait en termes de droits à l’image qu’il faudrait me verser. J’avoue que sur le moment, j’ai été vachement surpris (rires).»

 

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