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AVENTURE

Alain Hubert: «Dixie Dansercoer, presque mon frère»

Alain Hubert: «Dixie Dansercoer, presque mon frère»

Alain Hubert (à gauche) et Dixie Dansercoer ont partagé plusieurs expéditions polaires. -

Alain Hubert, l’explorateur marchois, aujourd’hui à Bruxelles, pleure un équipier d’expédition: «Dixie était plus qu’un ami.»

Au fond d’un gouffre estimé à 90 mètres, il repose à jamais dans la glace du Groenland. Il avait 59 ans.

Dixie Dansercoer, l’explorateur du froid, a souvent fait équipe avec le Marchois Alain Hubert lors d’expéditions dans les deux pôles. En 1998, Alain Hubert, l’explorateur de Harsin (Nassogne) et Dixie Dansercoer, son pote de Nieuport, ont traversé ensemble 4000 kilomètres de l’Antarctique à pied, à skis et en autonomie, tirant un traîneau de 180 kg. Ils se sont aidés d’une voile. Un voyage de 99 jours, dans le cadre du centenaire du premier hivernage d’Adrien de Gerlache.

Quatre ans plus tard, c’est sur l’océan arctique, dans le chaos des glaces, en subissant des chutes dans les eaux glacées, parmi les morses et les ours blancs, qu’ils progressaient durant 68 jours sur une banquise dont l’épaisseur diminue chaque année.

Et ce ne sont là que deux des expéditions qu’ils ont menées ensemble. Des expéditions qui tissent des liens à jamais.

«Nous avions encore un projet en commun»

Aujourd’hui que son complice Dixie Dansercoer vient de disparaître dans une crevasse au Groenland, Alain Hubert perd plus qu’un équipier.

« Dixie, c’est plus qu’un ami. C’est presque un frère, convient-il, choqué. J’avais des contacts très réguliers avec lui. Il m’avait donné un coup de fil encore avant cette traversée du Groenland. Nous formions une vraie équipe complémentaire et avons mené, ce n’est pas courant, tellement d’expéditions ensemble durant une quinzaine d’années. C’est au moment de la création de la station polaire dans laquelle j’ai dû tellement m’investir que j’ai laissé de côté les raids. Nous avions pourtant encore un projet ensemble en Arctique, dont nous étions tous deux amoureux. Le sort en a décidé autrement.»

«C’est sa femme Julie qui m’a prévenu»

Alain Hubert s’explique difficilement l’accident dont il ne connaît pas grand-chose. « Il connaissait bien cette calotte qu’est le Groenland, précise-t-il. Il la remontait du sud au nord. Il leur restait quelques centaines de kilomètres. Il a été pris dans une zone difficile. Que s’est-il passé? Un pont de neige a cédé et il a été entraîné avec son traîneau. Les recherches n’ont rien donné. On ne l’a pas retrouvé. Sa femme Julie m’a appelé très vite pour me prévenir.»

Alain Hubert garde le souvenir d’une belle personne: «Un gars qui a fait de sa passion son métier, d’une grande simplicité, d’un enthousiasme très communicatif. Un homme qui regarde devant, envisage la vie de façon positive. Un exemple en fait. Au-delà de la tristesse, il laisse le souvenir d’un rappel des choses essentielles dans la vie. Avec nos expéditions, on a fait rêver les jeunes. On a besoin de ça dans la vie. Dixie va nous manquer.»

«Nous, explorateurs connaissons les dangers»

Le dramatique accident résonne comme un rappel du danger de pareilles expéditions. Alain Hubert aussi a souvent frôlé la mort, mais en connaissance de cause et sans prendre de risques.

«On connaît le danger potentiel de ces expéditions plus que tout le monde, explique-t-il. Je suis un guide de montagne. Je sais et nous savons, les explorateurs, qu’on évolue dans un milieu qui a ses règles et ses lois qui ne sont pas les nôtres. L’expérience est importante. Dixie en avait beaucoup. Il y a sans doute du ‘‘pas de chance’’. Il faut rester humble par rapport à ça. Par ailleurs, ça nous rend plus ouverts aux problèmes de notre société. La nature change. Nous avons plus que jamais besoin des explorateurs. On a besoin de jeunes qui partent à l’aventure, redécouvrir le monde.»


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