MONS

Réouverture des centres de loisirs: «Le fait d’avoir été classé non-essentiel, on le subira pendant des siècles»

Réouverture des centres de loisirs: «Le fait d’avoir été classé non-essentiel, on le subira pendant des siècles»

Les boules font à nouveau danser les quilles sur les pistes de bowling. Ugo PETROPOULOS

8 mois après leur fermeture, les centres de loisirs en salle peuvent enfin rouvrir. Petit tour à Imagipark à Mons, où les quilles dansent à nouveau sur le parquet ciré de la piste de bowling.

Après 32 semaines d’inactivité, les boules roulent à nouveau sur les pistes de bowling du pays. A Imagipark, parc de loisirs bien connu à Mons, ils étaient déjà quelques-uns à dézinguer des quilles dès la réouverture, qui tombait idéalement un mercredi après-midi.

«Ça m’avait vraiment manqué», lâche Mathieu, tout sourire, venu de Quaregnon avec sa femme Alison et leur fils Sohan. «On était vraiment impatient de pouvoir à nouveau sortir, rejouer en famille…»

Pas fan de bowling particulièrement, la privation des activités de loisirs a déclenché une irrépressible envie de faire voler des quilles. «Je n’y allais quasi jamais, mais il y a eu comme un effet psychologique, une envie de se lancer dans des activités parce qu’on ne pouvait plus les faire», explique-t-il.

Réouverture des centres de loisirs: «Le fait d’avoir été classé non-essentiel, on le subira pendant des siècles»
À 5 ans, Sohan découvre les joies du bowling. Ugo PETROPOULOS
Sohan, qui à 5 ans vient de claquer son premier «spare» sans l’aide de la bordure, y a été pour quelque chose. «Il a découvert le bowling sur internet et n’arrêtait pas de nous demander d’en faire. Il ne comprenait pas pourquoi on ne pouvait pas.» C’est donc tout sourire que la graine de champion goute à une activité que ses parents considèrent comme un retour à la liberté.

Le téléphone chauffe

Même euphorie observée chez Jean-Pierre Scapardini, directeur d’Imagipark. «Depuis ce matin, le téléphone est rouge, on est en contact direct avec l’URSS, s’esclaffe-t-il. Il y a des réservations, mais les gens ont surtout besoin d’être rassurés. Savoir si on est ouvert, ce qui est accessible, sous quelles conditions… Malgré toutes les déclarations gouvernementales, les gens ont besoin d’avoir une seconde parole, plus locale.»

Après avoir rouvert une partie de son activité le 19 mai, c’est toute l’offre (comprenant outre le bowling du karting, du bubble foot, du billard, une plaine de jeux pour enfants…) qui est désormais accessible depuis ce mercredi, après 8 mois de fermeture complète ou partielle.

Réouverture des centres de loisirs: «Le fait d’avoir été classé non-essentiel, on le subira pendant des siècles»
Jean-Pierre Scapardini s’interroge sur les effets à long terme de la crise sur son secteur. Ugo PETROPOULOS
«Ce qui est d’abord gai, c’est d’avoir retrouvé toute l’équipe, tout aussi heureuse que moi de rouvrir. Comme c’est une grosse machine, il faudra un certain temps pour atteindre le niveau d’activité d’avant la fermeture, mais on a bon espoir de retrouver une vitesse de croisière d’ici la mi-juillet.»

Petit regret néanmoins, concernant les horaires: «c’est dommage que l’on doive fermer à 23 h 30, car on fait la moitié de notre chiffre d’affaires sur le bowling entre 22 h 30 et 1 h 30. Beaucoup viennent après le souper, le resto… On attend donc que le créneau horaire passe de 23 h 30 à 1 h 30 le plus tôt possible!»

Un secteur marqué financièrement, mais aussi psychologiquement

S’il est d’un naturel optimiste, impossible néanmoins pour Jean-Pierre Scapardini de faire comme si tout allait rentrer rapidement dans l’ordre. «8 mois de chiffres d’affaires en moins… dois-je vraiment développer? Il faudra des années pour absorber la perte.» Si Imagipark survit à la crise, «c’est parce qu’Imagipark est là depuis 22 ans. Si j’avais ouvert le 1er septembre et si j’avais dû fermer le 19 octobre, je pense que j’aurais mis la clé sous le paillasson.»

Au-delà de son parc, Jean-Pierre Scapardini s’interroge sur l’avenir d’un secteur qui a payé le plus lourd tribut à la crise.

«En plus d’avoir perdu du chiffre d’affaires, le secteur horeca, du loisir et de l’évènementiel a perdu de sa valeur. Il a désormais une mauvaise image parce que c’est un outil que l’on peut fermer comme on veut. Des préjugés vis-à-vis de ces secteurs sont nés à cause de la crise, selon moi. Entre reprendre une grande surface et un centre de loisirs, le choix sera vite fait. Le fait d’avoir été classé non-essentiel, on le subira pendant des siècles.»



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