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«Le seul endroit où je suis à l’aise pour parler de mon métier» de prostituée: Bruxelles vaccine toujours plus de public précaire

«Le seul endroit où je suis à l’aise pour parler de mon métier» de prostituée: Bruxelles vaccine toujours plus de public précaire

(Illustration) AFP

Saint-Gilles et Anderlecht ont ouvert leurs antennes de vaccination décentralisées. Objectif: toucher des 65 + en fracture numérique et sociale. Les prostituées, les toxicomanes, les sans-abri, sont aussi visés par des piqûres décentralisées. La Cocom fait le point.

Bruxelles continue ses opérations de vaccination à destination des personnes les plus précarisées ou celles que les campagnes de com traditionnelles atteignent plus difficilement.

«Le seul endroit où je suis à l’aise pour parler de mon métier» de prostituée: Bruxelles vaccine toujours plus de public précaire
On vaccine aux Abattoirs d’Anderlecht. Cocom
Ainsi, après Molenbeek et Saint-Josse, deux nouvelles antennes de vaccination décentralisées ont ouvert la semaine dernière: tout le week-end aux Abattoirs d’Anderlecht et les samedi et dimanche à l’école des Quatre Saisons de Saint-Gilles, place Bethléem. 400 injections ont été administrées dans ces deux nouveaux spots, soit 800 au total.

«En évitant les démarches»

«Les chiffres de la couverture vaccinale recoupent ceux de la précarité socio-économique dans certains quartiers», plaide Charles Picqué, Bourgmestre (PS), en écho à ce que disait Emir Kir lors de l’ouverture de l’antenne de Saint-Josse. Yasmina Nekhoul, échevine saint-gilloise de la Santé publique (PS), ne dit rien d’autre: «Une partie de notre population âgée n’a pas entamé les démarches pour se faire vacciner pour toutes sortes de raisons: fracture numérique et sociale, barrière linguistique mais aussi isolement. Cette antenne nous permettra de leur proposer directement une vaccination au plus près de chez eux, en évitant les démarches».

«Le seul endroit où je suis à l’aise pour parler de mon métier» de prostituée: Bruxelles vaccine toujours plus de public précaire
Une personne âgée de 91 ans a été vaccinée ce week-end à l’antenne de l’école Quatre Saisons à Saint-Gilles Cocom
«À Saint-Gilles, les équipes ont notamment vacciné une personne de 91 ans et une personne sans-papiers qui craignait de se rendre dans un centre de vaccination traditionnel. Elle a pu être prise en charge dans sa langue», mentionne Inge Neven, responsable du Service de l’Inspection d’Hygiène de la Cocom. «L’espoir est que cette personne puisse passer le mot à d’autres sans-papiers».

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Selon les chiffres de la Cocom, 3 à 4% des 65 + molenbeekois et tennoodois ont pu être vaccinés dans les deux permières antennes décentralisées ouvertes dans ces communes. Ces derniers jeudis, le rythme de croisière dans ces centres (place Communale et au centre sportif Mandela rue Verte) était de 300 vaccinations de part et d’autre.

Prostituées, sans-abris, toxicomanes: objectif 3500 par semaine

Par ailleurs, les équipes mobiles de la Cocom continuent leur travaille pour toucher les plus fragiles. Ainsi, 45 travailleuses du sexe ont bénéficié d’une injection la semaine dernière, lors du lancement d’une campagne vaccinale en collaboration avec le collectif UTSOPI et d’autres associations: Alias, Bruss’Help, Espace P, Médecins du Monde. «Les travailleuse et travailleurs du sexe peuvent se rendre dans un local où il n’y a «ni jugement, ni questionnement indiscret», plaide la Cocom.

«À l’aise»

Pour ce secteur, fréquenter un centre traditionnel est évidemment possible. Mais ça ne va pas nécessairement de soi. «Les travailleurs et travailleuses du sexe sont fortement exposées aux contacts avec leurs clients. Ils sont très demandeurs de pouvoir être vaccinés», assure Maxime Maes, coordinateur général d’UTSOPI. De quoi permettre une reprise sereine ce 9 juin. «C’est vraiment super que les associations s’occupent de la vaccination aussi. J’attends ça depuis 1 an: c’est le seul endroit où je suis à l’aise pour parler de mon métier», glisse Belinda, travailleuse du sexe. Dont le secteur, très impacté par le virus, voit ses travailleurs encore davantage précarisés.

«Le seul endroit où je suis à l’aise pour parler de mon métier» de prostituée: Bruxelles vaccine toujours plus de public précaire
Une carte de vaccination pour les sans-papiers. Cocom
Autre public extrêmement précaire: celui des sans-abri. Leur vaccination a commencé le 20 mai. La semaine dernière, 100 d’entre eux ont reçu leur injection unidose Johnson & Johnson. «Pour ce public, nous travaillons entre autres avec la clinique de l’hôpital Saint-Pierre, que les sans-abri connaissent bien. Cela nous permet aussi de toucher des toxicomanes», relate Inge Neven.

Une carte pour sans-papier

Autre piste, spour toucher les sans-papiers cette fois: une petite carte de vaccination qui permet de recevoir la piqûre malgré tout. «Cette petite carte est remise par les CPAS», explique Inge Neven. «Elle permet d’accéder à un centre de vaccination même si la personne ne dispose pas de N° de registre national ou autres papiers d’identité».

Du 31 mai au 6 juin, ces différentes initiatives à destination des publics les plus précarisés de Bruxelles ont permis de «dépasser les 2.000 personnes vaccinées». L’ambition de la Cocom: 3.500 par semaine.



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