SAINT-GILLES

Canine: quand la consommation locale sort les crocs pour les chiens

Manger local, les chiens aussi peuvent s’y mettre. Canine, adresse branchée de Saint-Gilles, met le noir-jaune-rouge dans leur gamelle. On y rencontre Sheinko, Ava et Tony, qui apprécient croquettes et friandises à mastiquer. En vrac, bien sûr.

«J’ai arrêté avec cette marque belge parce que la production a été délocalisée dans les pays de l’est. Mais je peux te conseiller d’autres marques. Des produits 100% naturels et fabriqués à Liège, près de Bruxelles ou en Flandre».

Anaïd Moh est entrée chez Canine pour dénicher de quoi contenter Sheinko. Le petit Pinscher est difficile et elle aimerait l’habituer à manger des croquettes. «Un chien peut vite devenir capricieux. Alors la nourriture sèche, c’est une bonne source alimentaire unique et simple», opine Hélène Delwart, la patronne de cette boutique chiens et chats d’un genre nouveau. «Et puis on est jeunes. On n’est quand même pas obligés de faire trois boucheries par jour et de cuisiner des heures pour notre chien».

Canine: quand la consommation locale sort les crocs pour les chiens
Les croquettes proposées par Hélène Delwart, patronne de Canine, sont toutes de marques belges fabriquées en Belgique, et 100% naturelles. ÉdA – Julien RENSONNET

Tatoueur… de fesses

La boutiquière fait faire le tour du propriétaire à sa cliente. Sheinko en profite, il batifole avec Tony, le beagle de 7 mois qui passe ses journées sur le parquet de ce magasin Saint-Gillois. «Toutes mes croquettes sont belges et fabriquées en Belgique», reprend Hélène, qui a ouvert à la mi-mars. «Pas d’additifs, pas de conservateurs. J’évite aussi les sous-produits animaux. Soit les plumes, les becs, les os…» Et d’ébaucher l’histoire de la marque liégeoise Cprofood, fondée par deux anciennes employées d’une multinationale qui en sont parties «dégoûtées». Les marques vendues chez Canine contiennent des gourmandises «hypoallergéniques», d’autres sont «sans gluten» ou «enrichies aux probiotiques, comme les yaourts». On est ici dans la diététique canine.

 

On voit parfois des croquettes en vrac dans les magasins bios mais elles sont chères et la recette n’est pas transparente

 

Canine: quand la consommation locale sort les crocs pour les chiens
Canine propose des croquettes wallonnes en vrac: une démarche rare pour les animaleries urbaines. Ava et Tony ne se font pas prier. ÉdA – Julien RENSONNET

Étonnant: l’enseigne branchée au logo créé par un tatoueur «très suivi sur Instagram» et «spécialisé dans le tatouage de… chiens sur les fesses» propose aussi du vrac. C’est la gamme Colonel Gustave, lancée par deux jeunes entrepreneurs d’Andenne, qui est proposée. En plusieurs gabarits, pour les chiens et les chats. «Les croquettes en vrac, j’avais jamais vu», assure Alix Degueldre, cliente habituée. Les croquettes, la Saint-Gilloise connaît: elle bosse dans un resto réputé pour ses croquettes… de crevettes. Sa chienne Ava, une «zinneke» border collie croisée berger allemand, gronde Tony et Sheinko. «On en voit parfois dans les magasins bios mais elles sont chères et la recette n’est pas transparente». La patronne renchérit: «Ici, ce sont des ingrédients issus de petits agriculteurs locaux. Seule l’huile de saumon n’y est pas belge. Je les vends en petits contenants pour mettre les clients en confiance». Comptez 4,99€ le kilo. Alix assure: «c’est pas plus cher que les crasses industrielles». Tony, Sheinko et Ava ne se font pas prier.

Oreilles de bœufs et peaux de lapins

Autres produits en vrac: les «friandises d’éducation à mastiquer». Ces aliments déshydratés, très odorants, s’alignent dans des bocaux sur une étagère dessinée par un menuisier du quartier. Anaïd craque pour 200 grammes de dés au canard. «Sheinko, il y passe ses journées. Je l’y habitue aussi quand on se promène au parc. C’est une récompense. Sinon il me ramène des cadavres de rats ou de pigeon, c’est horrible». Oreilles de bœufs, éperlans séchés, peaux de lapin, carrés au thon…: au départ, Hélène et Sean, son compagnon, déshydrataient eux-mêmes leur propre marchandise. «Mais on n’a plus le temps de faire les boucheries de Saint-Gilles pour récupérer les abats: on ne fait plus que les rouleaux de peau». Alors Canine se tourne vers Dogs Kitchen, une boîte de Frasnes-lez-Gosselies. «La mastication, ça occupe le chien, ça le distrait, ça le fatigue», assure la tenancière. «C’est pratique quand on n’a pas le temps de le sortir longtemps: on dit qu’une demi-heure de mastication, ça équivaut à une demi-heure de jeu au parc. Et puis, ça nettoie les dents». Il faut juste s’habituer à l’odeur. Anaïd rigole: «J’suis habituée. Mais parfois, mes amis trouvent qu’y a des trucs qui puent chez moi».

Canine: quand la consommation locale sort les crocs pour les chiens
Les gourmandises éducatives à mastiquer peuvent occuper les chiens pendant des heures: c’est le cas pour Ava, qui ne résiste pas souvent à une bonne oreille de bœuf. ÉdA – Julien RENSONNET

 

Un espace comme ça pour les propriétaires de chiens, où se poser, partager des angoisses sur le comportement des animaux, ça n’existe pas

 

Vous savez comment nourri Médor comme un pacha: reste à lui trouver une argenterie à la hauteur. Et la tenue de soirée qui va avec. Là aussi, Canine se démarque par sa sélection locale: gamelles en béton ou en résine végétale au design exclusif signé Les Pieds de Biche, jouets en chanvre, coton, caoutchouc, bambou ou plastique recyclé, laisses cuir, corde ou vegan artisanales et uniques, tapis à l’effigie de votre toutou signé Kewette & Malox, produits d’hygiène et antiparasite solide ou liquides aux hydrolats ou aux plantes…

Canine: quand la consommation locale sort les crocs pour les chiens
Gamelle, tapis, laisses, jouets: les accessoires de chez Canine sont assez originaux et naturels. Certains sont des pièces uniques issues des ateliers de créateurs et artisans bruxellois et belges. ÉdA – Julien RENSONNET

Sur la terrasse, c’est open bar: le trio de chiens se rafraîchit dans une gamelle commune. Hélène pense y installer des tunnels didactiques, des jeux à eau… «Un espace comme ça pour les propriétaires de chiens, où se poser, partager des angoisses sur le comportement des animaux, ça n’existe pas», plaide celle qui a profité du confinement pour quitter son métier dans l’horeca. En emportant aussi son sens de l’accueil. «Plus tard, je voudrais créer le premier bar à chiens de Bruxelles». Alix apprécie: «C’est gai de savoir qu’on vient dans un endroit où on a de l’attention pour les chiens, où on peut les laisser en liberté. Y a déjà des bars à chats mais je suis allergique».

 

+ «Canine», chaussée d’Alsemberg 61 à 1060 Saint-Gilles.

+ Ce samedi 5 juin à 15h, l’illustratrice jeunesse Kitty Crowther assurera une lecture de son nouveau livre «Je veux un chien!» dans le cadre du Picture Festival. À cette occasion, une expo des originaux de cet album se tient chez Canine jusqu’au 20/06

 

Canine: quand la consommation locale sort les crocs pour les chiens
L’illustratrice Kitty Crowther a revisité la vitrine de Canine, où elle expose les planches de son nouvel album: «Je veux un chien!» ÉdA – Julien RENSONNET


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