TOURNAI

Le Tournai d’avant: une petite boucherie pour les petites gens

En 1384 ou 1385, les Consaux décident la construction d'une boucherie accessible aux moins fortunés. Une belle initiative saluée unanimement

Parmi toutes denrées «ménagères», certaines coûtent très cher telles le beurre, que l'on remplace souvent par le saindoux ou encore la viande, souvent inaccessible aux bourses plates. Une vérité juste bonne pour des temps reculés? Et non, il n'y a pas cent ans, dans bien des familles, on ne mangeait de la viande qu'une fois la semaine. La plupart du temps, du bouilli.

Une affaire de prix

Dans un volumineux rouleau de papier écrit en fin du XIVe siècle se trouvaient énoncées diverses dépenses faites par la Ville: dons aux souverains, armement des communiers envoyés en appui au Roi de France, construction de bâtiments communaux comme la Halle des Consaux et..... la Petite boucherie.

C'était, socialement parlant, une nécessité car les bouchers qui avaient pris à bail la grande boucherie défendirent au bailleur, c'est-à-dire à la Ville, d'en bâtir une autre; ils avaient ainsi un véritable monopole des prix. Ce dont souffrait le petit peuple.

L'énoncé de la décision des Consaux est explicité comme suit «il semble expédient et profitable pour le commun peuple de ladite ville qu’une nouvelle boucherie fuist faite en le parosce de Saint-Jacques, au faitdes bouchiers de la grande bouschrie qui vendoyent leurs chars (chairs, viandes) moult chièrement»

Pour ce faire, il faudra donc «acater certains hiretages et iceulx démolir pour édyfier ladite boucherie»; pour payer, «il fut requis au Roy qu'il lui pleust à donner licence à la ville de vendre, sur le émolument de ladite boucherie, C (cent) frans de rente à vie».

L'obtention de sommes nécessaires à la ville est donc soumise à deux conditions, l'une obligatoire est l'assentiment du Roy, l'autre étant de trouver un acheteur à la rente. Selon A. Hocquet affirme «que c'est au printemps 1384 que fut édifiée cette deuxième boucherie. Les bouchers étrangers, de Maire ou de plus loi furent invités à s'y rendre et, comme incitant, ils furent exonérés de l'impôt habituel.»

Étals utiles

Les documents anciens concernent uniquement l'implantation de la «petite boucherie», entre la Placette aux oignons et la rue du Grain d'Or. On ne sait rien des prix pratiqués ni d'éventuels contrôles de qualité.

La petite Boucherie est supprimée dans la vague égalitaire de la Révolution française (1808) et loué à des particuliers. Mais la saga se poursuit; en 1850, le «Petite Boucherie» renaît avec ses étaux occupés surtout par des bouchers forains (étrangers), «au grand bonheur des classes inférieures qui y trouvent viandes et charcuteries en rapport avec ses ressources». C'est assez surprenant car en 1858 paraît un règlement communal sur les conditions d'ouverture et de vente des boucheries à domicile!

Bozière pense en 1864 qu'il y avait là deux allées bordées par de légères constructions des bouchers. Soil écrit que l'ensemble fut réédifié au XVIIe et souligne «que sur les quatre côtés d'une cour carrée sont établis les pittoresques étals des bouchers, en bois sous charpente.

La fin est proche. C'est en 1908 que la Ville met en vente les terrains qui furent ceux de la Petite Boucherie durant cinq siècles..


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