FOOTBALL

Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)

Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)

La rédaction de l’Avenir (Le Jour) Verviers tient à remercier Michel Fabry pour ces 30 ans de collaboration. Eda Marot

L’inimitable Michel Fabry quitte le journal l’Avenir (Le Jour) Verviers après 30 ans de collaboration et de bons souvenirs.

«Je m’amuse bien et je préfère arrêter tant que c’est le cas, pour ne pas faire la saison de trop, comme on dit…» Notre correspondant sportif Michel Fabry a pris sa décision: après trente ans de collaboration («Trente, c’est un beau chiffre pour arrêter»), il a décidé de refermer le grand livre ouvert au siècle dernier. Grand bavard, le Pollinois originaire de Thimister-Clermont avait évidemment des choses à dire avant son départ. L’occasion pour «Monsieur P2C» de passer de l’autre côté du micro.

Michel (Fabry), tu quittes le journal après 30 ans de collaboration. Comment l’aventure avait-elle commencé?

C’était en 1991. J’étais à l’École normale et la mère de ma petite amie de l’époque estimait qu’un métier d’instituteur, ce ne serait pas suffisant. Elle savait que j’avais hésité avec des études de journalisme. Cette dame, qui connaissait Bernard Marot, responsable des sports du Jour – Le Courrier à l’époque, lui a parlé de moi. Une semaine plus tard, je commençais au journal. Finalement, j’ai gardé le rôle de correspondant sportif au journal, mais ma copine, elle, ne m’a pas gardé (rires).

Et, certains l’ignorent, mais tu n’as pas commencé par ta chère P2C.

Non, j’ai d’abord travaillé sur la P3. Trois ans après, quand le regretté Jean-Pierre Lekeu a cessé de suivre la P2 après s’en être chargé pendant 25 ans, j’ai repris le flambeau. C’était et c’est toujours une série phare pour le journal et la région.

Trente ans dans ce rôle de correspondant sportif: les souvenirs sont forcément nombreux. Y en a-t-il un qui t’a marqué plus que les autres?

J’ai eu la chance d’avoir interviewé Bernard Hinault. Grand amateur de cyclisme, je couvrais le Challenge Henket pour le journal. Il y avait une épreuve dans le nord de la France et Bernard Hinault en était le parrain. J’avais eu son adresse e-mail et, quelques années plus tard, on cherchait un parrain pour la cyclotouriste «Christophe Brandt». Je l’avais relancé, et, un jour, mon GSM sonne. C’était Bernard Hinault. J’ai bégayé mais il aurait été d’accord, moyennant un certain montant, d’être le parrain. Mais la Christophe Brandt avait été annulée entre-temps.

Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)
Michel Fabry (2e, accroupi) à ses débuts, rue du Brou à Verviers (ici en avril 1992). Il est entouré par Pierre Thiry et un certain Pierre-Yves Jeholet. Debout, de gauche à droite: Philippe Wyn, Jean Lemaître, Jean-Pierre Lekeu, Yves Hardy, Jean-Raphaël et Bernard Marot, Roger Beaumaikers, Jean Defrance, Guy Waleffe et Jean-Pierre Heinen. -Archives EDA

Et au niveau du football, un souvenir particulier?

Je pense à plusieurs test-matches. Mais la rencontre Elsaute-Minerois jouée à Battice, pour le titre de P2 et la montée en P1, c’était inoubliable. Elsaute l’avait emporté aux tirs au but. Il y avait plus de 1000 personnes. C’était un duel entre Fortune Modafferi et le regretté Robert «Bob» Formatin.

Ça fait donc 27 ans sans infidélité à la P2 (C)?

Oui et je me suis bien amusé. Les gens restaient simples en P2C. Couvrir les clubs de nationale ne m’intéressait pas spécialement. J’aimais l’ambiance familiale de la 2C, où j’ai rencontré beaucoup de monde. À tel point que je vais prochainement inviter chez moi mon «équipe-type» des entraîneurs, avec leurs compagnes. Mais je ne dévoile pas les noms, c’est une surprise.

Les dimanches à la rédaction, ça te manquera quand même?

Oui car j’ai vécu une expérience unique au journal. Et c’est aussi pour ça qu’il faut s’arrêter. On a beaucoup rigolé avec l’équipe. L’ambiance de travail était super, vraiment.

Tu pars après 30 ans de collaboration…… Sans regret?

Je ne vais pas mentir: je ne m’imaginais pas finir ainsi, après deux saisons qui n’en étaient pas vraiment. On se demande un peu ce qu’il se passe dans le monde du football et dans le monde tout court. Vivre mon dernier match, au terme d’une saison habituelle, ça aurait été plus agréable, oui. C’est un peu dommage.

Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)
En pleine interview, ici à Elsaute – Minerois en 2014. Eda M.F.
Tu étais instituteur, tu es aujourd’hui directeur de l’École communale de La Reid. Au niveau familial, être absent tous les dimanches de championnat, ce n’était pas trop compliqué?

J’ai commencé au journal à 19 ans. Ma femme Christelle m’a toujours connu comme collaborateur du journal. Mes enfants Charline et Valérian se sont toujours montrés compréhensifs eux aussi. J’étais un vrai assidu, puisque même en vacances, je m’arrangeais pour fournir les informations à la rédaction. Je suis comme ça. Je remercie aussi mon papa André qui s’occupait des classements des buteurs et capés pour moi. Pour lui aussi, c’est terminé.

Trente ans à contacter tous les entraîneurs de la série, ça en fait des coups de fil!

Oui. Et à l’époque, il faut bien se rendre compte que nous n’avions que les téléphones fixes pour joindre nos interlocuteurs. On passait par la buvette. Je me souviens d’ailleurs qu’un jour, j’ai téléphoné à l’adresse voisine de la buvette de Warsage en demandant à la dame d’aller avertir le coach que j’essayais de le contacter. Je n’ai eu mon premier GSM qu’à 29 ans et c’était un cadeau d’Yves Hardy, qui avait commencé au journal un an avant moi.

À 48 ans, comment vas-tu occuper tous ces dimanches désormais libres? Te reverra-t-on en bord de terrain?

Il est vrai qu’ils étaient chargés, ces dimanches. J’étais généralement l’un des derniers à la rédaction (NDLR: jusqu’à 23 h 30, parfois) car je voulais être tranquille le lundi. Donc je faisais de l’avance pour le journal du mardi.

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Un sourire (presque) permanent. Eda
Là, sans ces fameux dimanches, je pense que j’irai voir les enfants de mon ami Éric Schonbrodt (NDLR: qui fut également correspondant sportif), lesquels jouent à Aubel et à Richelle. Fan de cyclisme, je me réjouis aussi de ne plus devoir suivre les classiques depuis les buvettes (rires). J’irai aussi me promener avec ma femme, passer du temps en famille. Je compte aussi aller revoir l’un ou l’autre entraîneur, à l’occasion d’un match particulier quand l’occasion se présentera. Et j’aimerais aussi assister à l’un ou l’autre match du FC Liège que je n’ai plus vu depuis 20 ans. Sans oublier le vélo, mais ça, j’ai toujours trouvé le temps de rouler. Je garde cet objectif constant de battre mon propre record dans le Mont Ventoux.

Nos lecteurs l’ignorent peut-être mais, à la rédaction, tu t’étais autoproclamé «le meilleur», ce qui était d’ailleurs devenu ton surnom et, parfois, ta signature sur certains e-mails. C’était vraiment toi, le meilleur?

Oui, hein (rires)! Je pense qu’on en rigole car on sait que je n’ai jamais vraiment pensé ça. Par contre, quand on connaît ma personnalité, on sait que j’aime être dans la provoc’, et dire ça, ça en faisait partie. Puis c’est resté et je pense que ça restera. Mais c’était une forme d’autodérision au sein d’une équipe avec laquelle j’ai pris énormément de plaisir pendant 30 ans.

Anecdotes

Première

Après un premier match en Coupe de province (Jalhay – La Calamine, été 1991), le premier titre couvert par Michel Fabry fut celui du FC Eupen, en 92. Le club était alors champion de P3, avec feu Christian Burgers à sa tête.

Dernière

Sans le savoir, Michel Fabry aura donc vécu sa dernière rencontre comme correspondant du journal à l’occasion d’un Sart – La Calamine B (1-0), le 20 septembre 2020. Mais il a continué à fournir de précieuses informations jusqu’à la fin du mois de mai 2021, «soit quand la saison, ma 30e, se serait terminée si elle s’était déroulée normalement».

Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)
En salle ou sur pelouse: Michel Fabry était aussi gardien de but. Eda
Helmut Graf

«Petit, j’avais l’image de l’attaquant allemand Helmut Graf (NDLR: ex-Eupen, Standard) dans mes albums Panini. C’était avant qu’il ne s’installe dans la région. Lorsqu’il était coach à Andrimont, je l’ai interrogé et, en discutant, je lui ai dit que je faisais des courses cyclistes. Il m’a demandé où était la suivante et il est venu me voir. C’était à Baelen. C’était particulier de le voir là!» relate Michel Fabry.

Joueur-journaliste

Lors de la saison 94-95, Michel était gardien de Battice… en 2C et déjà en charge de la série pour votre journal. «J’ai joué les 30 matches et on a été champion. Pas grâce à moi mais parce qu’on avait une armada. Le papier du titre, c’est Pierre Thiry qui s’en est chargé. C’est une des seules fois où je n’ai pas travaillé le dimanche soir.»

Contact

Michel Fabry reste évidemment joignable par e-mail à michel.fabry@yahoo.fr

Michel Fabry résumé en un mot (ou presque)

Antoine VIDUA: «Gamin»

«“Reviens, gamin!” De mon entrée à L’Avenir à notre dernier dimanche collectif pré-coronavirus, Michel m’a nommé “gamin”. Une sorte d’épiphore, lui permettant d’envoyer aussi bien louanges que critiques sans que leur destinataire ne le prenne trop à cœur (en principe). Michel au journal, c’était ça: un tacle glissé viril au point de corner, puis une tape sur l’épaule, sourire franc. Et une invitation à revenir au contact. “Reviens, gamin!”»

Jean-Philippe HENDRIX: «Unique»

«Ouf! Finis les cris, railleries et commentaires en tout genre! Le dimanche soir, on va enfin pouvoir se concentrer et travailler dans le calme. Vas-tu nous manquer? Bien sûr que… oui! Qui mieux que toi, le «meilleur», pour instaurer cette ambiance de travail incomparable. Tu étais au journal comme à la vie: unique. Le correspondant sportif s’en va, l’ami reste. Vivement nos prochaines vacances au soleil!»

Damien MARÉCHAL: «Ambianceur»

«Michel, impossible de travailler à côté de toi à la rédaction quand tu rentrais survolté de ton match de l’après-midi. Anecdote, commentaire, coup de gueule… tu avais toujours quelque chose sur le gril et tu nous en faisais “profiter”. L’ambiance, c’était toujours autour de ton poste de travail. Et puis, tout d’un coup, tu passais en mode silencieux. Il fallait avancer dans les textes… et on pouvait aussi s’y remettre. Au plaisir de t’entendre à nouveau, bonne route!»

Yves HARDY: «Michel!»

«Salut Michel! Non, moi c’est Yves! Au fil de toutes ces années, la confusion bien ancrée autour de nos deux noms m’a toujours fait sourire. Sans doute pour le côté flatteur sachant qui est le meilleur! Le foot régional a toujours suffi à notre plaisir. J’ai surtout eu le privilège de le vivre à tes côtés, tant de dimanches soir, jusqu’à en devenir deux vieux de la vieille. Un simple mot pour résumer tout ça: merci!»

Stany PEREMANS: «Référence»

«Lorsque j’ai débarqué à la rédaction sportive du Jour-Le Courrier, rencontrer le spécialiste de la P2C, c’était un peu comme côtoyer une de mes idoles. Intimidé, j’ai fini par me sentir adoubé par Michel (ce qui n’est pas donné à tout le monde) et cela nous a menés vers des débats souvent bruyants/bouillants mais toujours respectueux, mes opinions étant parfois aux antipodes de celles du «Meilleur». Malgré cela, Michel a toujours été pour moi une référence, l’instituteur que j’aurais voulu pour mes enfants.»

Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)
Rencontre de futsal entre les rédactions de l’Avenir et de La Meuse. À l’occasion du Challenge N7, en hommage au regretté Nasser El-Brahmi. Michel Fabry (rangée du haut, 2e en partant de la gauche) défendait là aussi les couleurs de son journal. Eda Marot

Nicolas BRONFORT: «Liberté»

«“Vous n’aurez pas ma liberté de penser”, c’est la sonnerie de GSM de Michel, qui retentissait souvent le dimanche soir. Si on peut être en désaccord avec lui (ou ne pas apprécier Florent Pagny) on peut en tout cas certifier que ces paroles correspondent parfaitement à “Monsieur 2C”. Michel, c’était (et c’est toujours) des avis tranchés. Notamment dans ses commentaires. Il lui restera à être plus tranchant encore sur son vélo.»

René KREUSCH: «Fabry… que»

« Voilà de longues années, quand j’ai intégré la rédaction sportive, tu étais déjà bien présent. La fougue de la jeunesse, un dynamisme communicatif et une faconde à nulle autre pareille étaient ta marque de Fabry… que. Avec le regretté Japil, Bernard, Pith, Yves et tous les autres, nous refaisions le monde au comptoir de la «Boule Rouge». Le temps a passé mais tu n’as pas changé. La nostalgie m’étreint mais je n’ai aucun doute, le nez dans le guidon, tu feras bonne route»

Philippe DUCHESNE: «Oreille»

«J’ai toujours eu l’impression que Michel possédait une troisième oreille. Lorsque l’on téléphonait aux entraîneurs de nos séries respectives, Michel réussissait toujours à réagir à un coup de fil que j’avais passé, alors que lui-même était en ligne avec un coach au même moment! Il arrivait à me demander “Un tel est fâché?” ou encore “Il t’a dit que Machin a signé là-bas?” alors que je venais à peine de finir mon appel… Merci Michel pour tous ces bons moments!»

Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)
En pleine discussion avec l’entraîneur Vincent Heins, alors à l’Espoir Minerois. Eda

Cédric ETIENNE: «Taquin»

«Toujours le premier à prendre des nouvelles de ses collègues des sports ou de la locale, Michel n’était jamais avare d’un bon mot. Joyeux drille, physionomiste, il avait notamment vu un dimanche soir, une infime similitude entre le pull vert de son collègue de bureau et l’ancien gardien de Liverpool, Bruce Grobbelaar. Un détail, mais le ton et l’expression employés nous avaient fait partir en fou rire. Merci pour tout et bon vent Michel!»

David BARTHOLOME: «Monsieur P2C»

«La mythique P2C s’apprête à dire au revoir à l’une de ses figures historiques. De mon côté, je ne pourrai plus, non plus, aller fouiller l’ordinateur de la rédaction pour lire en avant-première son commentaire toujours grandiose du mardi! Mon plaisir coupable du dimanche soir et, à n’en pas douter, celui des lecteurs de l’Avenir Verviers ces 30 dernières années. Des lecteurs auxquels Michel manquera très certainement autant qu’à moi à… l’avenir!»

Gil BIDOUL: «Langue de bois»

«Un éclat de rire, un coup de gueule, un débat parfois sans fin… Michel ne laisse personne indifférent. Que ce soit au bord des terrains, le dimanche au bureau et encore moins dans les colonnes de l’Avenir Verviers, Michel n’a jamais manié la langue de bois. Mais surtout, c’est avec beaucoup de passion qu’il a “sévi” au cours de ces trente dernières années, ce qui a fait de cette longévité un vrai succès. Merci Michel!»

David LIZ: «Bénévole»

«Ton cartable Tintin vissé sur le dos, ta veste floquée “L’Avenir” un peu trop grande, cette terre coincée sous tes semelles, tes “C’est honteux”, tes «Oui, hein!», tes «Je l’ai pris en photo si tu veux», ton fameux répertoire, tes bonnes infos, tes débats, ton énergie, ton temps et ton humour: tu en as (r)amené des choses à ce journal, toi qui aimais rappeler avec humour que tu n’étais pas bénévole. Ça ne t’a pas empêché de tout donner pendant 30 ans. Merci Michel!»

En images:

Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)
Un mordu de cyclisme. EDA

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Lors de la soirée du Soulier d’or et des Ballons d’or l’Avenir (ici Thomas Blaise, en 2014). Eda
Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)
Avec Jean-François Davin, en 2013. Eda Marot
Michel Fabry, le «Monsieur P2C» de l’Avenir Verviers, tire sa révérence après 30 saisons (interview, photos et réactions)
Place Verte, au milieu des années 90. -Archives EDA

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Au revoir et merci, Michel! Eda

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