article abonné offert

CORONAVIRUS

Vacciner les enfants: quel intérêt?

Vacciner les enfants: quel intérêt?

Faut-il vacciner les plus jeunes contre une maladie qui les affecte peu? Délicate question. Africa Studio – stock.adobe.com

L’Europe donne son feu vert à la vaccination Pfizer des 12-15 ans. Bénéfice, risques, coût, priorités… il y a du «pour» et du «contre», mais l’intérêt d’une immunisation naturelle refait surface.

Comme prévu, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a donné son feu vert, hier, à l’administration du vaccin anti-Covid-19 du fabricant Pfizer-BioNTech aux jeunes âgés de 12 à 15 ans. Ce vaccin devient le premier à être autorisé pour les adolescents au sein des 27 pays de l’Union européenne. Mais quel est vraiment l’intérêt de vacciner des enfants contre une maladie qui les affecte très peu? En Belgique, le gouvernement et ses conseillers scientifiques seraient plutôt enclins à cette vaccination qui, pourtant, ne fait pas l’unanimité. Explications.

1.Risque minime

C’est un fait, et l’on s’en est rendu compte assez rapidement lors de l’apparition de la pandémie: le Covid est une maladie très ciblée. Elle est surtout dangereuse pour les personnes les plus âgées, et celles qui présentent des facteurs de comorbidité. «Pour les plus jeunes, le risque de faire un Covid grave ou de décéder est minime, voire très minime. Donc, pour eux-mêmes, se faire vacciner contre le Covid-19 n’a pas un grand intérêt», explique le pédiatre Michel Dechamps.

2.Précaution

Pour très faible qu’il soit, le risque n’en est pas pour autant exclu. «Pour des enfants qui ont des facteurs de comorbidité, qui sont obèses ou immunodéprimés, le Covid représente un réel danger», poursuit le neuropédiatre. Une vaccination des plus jeunes ciblée sur ces risques spécifiques aurait donc tout son sens, plutôt qu’une vaccination généralisée, que certains prônent néanmoins afin de protéger les enfants, aussi, de formes moins sévères mais qui peuvent les tenir éloignés de l’école, ou des camps de vacances. Sans parler des restrictions qui pourraient être imposées à la participation à des événements cet été, ou à la possibilité de voyager.

3.Bénéfice social

Si la vaccination n’a pas grand intérêt pour l’enfant lui-même, elle peut avoir un bénéfice pour ceux qu’il côtoie, des parents ou grands-parents âgés, qui pourraient être gravement affectés par la maladie. «En fait, le bénéfice direct n’est pas pour l’enfant, mais pour la société ou pour son entourage immédiat», résume Michel Dechamps. Même asymptomatiques, l’enfant pourrait propager le virus. Bien sûr, les plus âgés qui ont été vaccinés sont désormais moins susceptibles d’être touchés par une forme grave du Covid. Néanmoins, on sait aussi que le vaccin ne protège pas totalement de la maladie. Ce risque n’est pas exclu, comme d’ailleurs celui de transmettre le coronavirus. Par ailleurs, une partie de la population préfère ne pas se faire vacciner, que ce soit par choix personnel, ou pour différentes raisons médicales.

4.Contagion

Le but de la vaccination généralisée, c’est de freiner autant que possible la propagation du virus. «De plus en plus d’éléments scientifiques démontrent que vacciner diminue fortement le risque de transmettre le virus», justifie une immunologue pour qui il est «tout à fait évident» qu’il faut vacciner. L’objectif est d’atteindre ce fameux seuil d’immunité collective fixé à 70 ou plutôt 80%. Un seuil impossible à atteindre si l’on n’étend pas la vaccination organisée, et gratuite, aux moins de 18 ans, qui représentent quand même 21% de la population belge, soit près de deux millions d’individus.

5.Immunité «Il vaudrait peut-être mieux que le jeune s’immunise par la maladie plutôt que par le vaccin», souligne néanmoins Michel Dechamps. En effet, explique-t-il, «le vaccin actuel immunise contre la fameuse protéine Spike mais pas contre les autres parties du virus.» En étant directement infecté, l’enfant qui généralement a une meilleure réponse immunitaire que l’adulte, et court donc peu de risque de développer la maladie, «aura naturellement une immunité plus solide, et sera sans doute mieux armé pour affronter les mutations éventuelles du virus», justifie le pédiatre.

6.Coût

Même si l’argument peut sembler trivial au regard de vies humaines, la question budgétaire se pose dans une pandémie dont la facture est déjà très lourde pour la société. Deux doses de Pfizer ou Moderna coûtent 31€. Les vaccins d’AstraZeneca (4€) et de Janssen (1 dose, 7€) sont moins chers mais ne sont plus recommandés chez nous aux moins de 41 ans. Outre le prix des millions de doses nécessaires pour vacciner les plus jeunes, il faut ajouter le coût de tout le dispositif de vaccination, et l’énergie que cela demande au personnel médical. L’immunité naturelle, elle… est gratuite. C’est un des arguments que soulèvent ceux qui prônent un «déconfinement inversé», laissant les plus jeunes s’exposer davantage au virus. «Cela a été proposé très tôt mais les autorités n’y ont jamais adhéré, rappelle Michel Dechamps. Il y avait cette pensée dominante qu’on allait tous mourir du Covid. On est resté dans cette idée qu’il fallait une lutte sans merci.»

7.Priorités

Le feu vert européen étant donné à une vaccination des 12-15 ans avec le Pfizer, il semble évident que nul n’empêchera un parent de faire vacciner son enfant. Et s’il est probable que les autorités poussent, comme on l’a fait pour les adultes, à une vaccination à grande échelle des plus jeunes, cela ne peut se justifier tant que la couverture vaccinale ne sera pas suffisante chez les personnes âgées ou à risque. Ce qui n’est pas encore le cas. Chez nous, mais aussi dans des pays plus lointains. L’OMS a ainsi plaidé pour que les pays riches, plutôt que de vacciner les enfants, laissent les doses disponibles aux soignants et personnes à risques dans les pays moins favorisés. Une moindre circulation du Covid à l’échelle planétaire bénéficierait à tout le monde.



Coronavirus : le bilan en Belgique
Nos dernières videos