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Malvoyants, ils se forment au codage

Travailler dans l’informatique quand on a des problèmes de vue... Ça semble fou? Et pourtant! Nous vous présentons Éléonore, Alain, Isaac, Mahsum, Jessie et Maxime.

Depuis début mars, trois jours par semaine, ces six étudiants malvoyants suivent une formation en codage informatique à Louvain-la-Neuve. Leur formation se terminera, en décembre, par un stage d’un mois dans une entreprise.

Mais comment peut-on écrire des lignes d’instructions codées quand on a une mauvaise vue? Tandis que Philip Dupont donne sa leçon, on observe...

Mahsum utilise une barrette braille, une espèce de clavier avec des zones percées de trous d’où peuvent sortir une sorte de petits picots. Ses doigts parcourent la barrette de gauche à droite, et sentent les picots qui forment une succession de lettres en alphabet braille. C’est ainsi qu’il lit, ligne après ligne, ce qui est écrit sur son écran. Il peut aussi écrire grâce à cet outil.

Alain, lui, a agrandi ce qui se trouve sur son écran. Il se fait aider par un système de lecture orale, dans un casque. Cet infirmier est malvoyant depuis l’âge de six ans. «Je vois flou et mon champ visuel est rétréci, comme si je regardais dans un tuyau. Je travaille dans une maison de repos, où j’ai un poste adapté. Mais ma vue continue à baisser. Or, je n’ai pas encore 50 ans, je veux trouver une solution pour continuer à travailler. »

Isaac est concentré. Malvoyant depuis 2017, ce jeune Camerounais est arrivé en Belgique en 2019. Il a demandé l’asile (le droit de vivre en Belgique à l’abri de menaces) et vit dans un centre d’accueil. «Je suis ingénieur en aéronautique. Donc, j’ai déjà utilisé l’outil informatique avant d’avoir mes problèmes de vue, explique-t-il. Je ne savais pas que je pourrais encore utiliser un ordinateur mais j’ai découvert tout ce qui existe et qui peut m’aider. Je pourrais très bien travailler dans le développement de sites Internet! »

Éléonore, elle, approche son visage des lettres colorées agrandies sur son écran. C’est son assistante sociale qui lui a parlé de cette formation. «Je me suis d’abord dit: ’Elle est folle’. Je vois comme à travers un sac en plastique malgré mes lunettes. J’ai des formes et des couleurs mais pour lire, je dois agrandir et mettre plus de contrastes. Et puis, en fait, avec cette formation, je suis supercontente. C’est concret, c’est cool et dans l’air du temps. J’espère qu’à la fin de mon stage, je serai engagée et que je pourrai être fière de mériter l’argent que je recevrai. »

Travail: une chance supplémentaire

Jessie a le nez collé à son écran. « Je dois être très proche pour pouvoir distinguer les choses», raconte-t-il. Diplômé ingénieur du son, il a étudié le journalisme pendant trois ans. Il ne trouve pas de travail et s’est dit que cette formation lui offrirait une piste supplémentaire d’emploi.

Maxime a son diplôme d’assistant social mais ne trouve pas de boulot non plus: «Beaucoup d’offres d’emploi exigent le permis de conduire. Mais je ne peux pas l’avoir, à cause de mon handicap. J’aime l’informatique. Je dois m’approcher de l'écran même si la loupe agrandit tout à 200%. Mais j’espère avoir plus de chances de trouver un travail, en informatique.»

Johnny Piette, formateur, confirme l’enthousiasme et la motivation du groupe. Il est confiant: une nouvelle règle européenne oblige les sites Internet publics à être accessibles à tout le monde. Des codeurs malvoyants peuvent aider au développement et à l’amélioration des sites pour qu’ils soient adaptés aux internautes malvoyants! Une étudiante qui a suivi la même formation à Bruxelles a d’ailleurs été engagée dans ce but par la Commission européenne. Voilà qui est encourageant!

 

En savoir +

Cette formation BlindCode4Data est organisée par le Centre de compétence du Forem, la Maison des langues et l’association Eqla, qui aide les personnes malvoyantes.

La première formation de ce type a été donnée à Bruxelles.

 

Le sondage de la semaine