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NATURE

Robot tondeuse : l’ennemi du hérisson mais pas le seul

Robot tondeuse : l’ennemi du hérisson mais pas le seul

milachka – stock.adobe.com

Comme l’an dernier, de nombreux hérissons mortellement mutilés sont retrouvés dans les jardins. Le robot tondeuse est le coupable désigné mais il n’est pas le seul. Une bactérie que l’on ne parvient pas à traiter est aussi en cause.

C’est la saison des amours, c’est aussi la saison des morts pour les hérissons. Plus actifs en cette période de reproduction, les petits mammifères sont nombreux ces dernières semaines à rejoindre les centres de soins pour animaux sauvages. Et rares sont ceux qui en ressortent vivants.

Depuis quelques années, le doigt est pointé vers un coupable tout désigné: le robot tondeuse qui hacherait menu les petites boules piquantes. Une récente étude de l’université d’Oxford objective d’ailleurs le rôle de ces engins quant aux mutilations dont sont victimes ces animaux, mais y apporte aussi des nuances (voir ci-dessous).

Chez nous, c’est l’Université de Liège qui travaille sur l’important taux de mortalité des hérissons enregistrés pour la deuxième année consécutive à cette même période de l’année. Mais les travaux d’Annick Linden, professeur à la faculté vétérinaire et responsable du réseau de surveillance de la faune sauvage, se concentrent sur une bactérie. De son joli nom Corynebacterium ulcerans, elle infecte très profondément les plaies des hérissons allant jusqu’à toucher les organes. Dans 80 à 90% des cas, l’animal n’y survit pas malgré les soins apportés. Dans le cadre de son travail de fin d’étude, un doctorant de l’ULiège présentera d’ailleurs en septembre le fruit de ses recherches concernant un antibiotique qui, on l’espère, pourrait permettre de lutter contre cette bactérie.

Mais si celle-ci trouve un terreau fertile dans les plaies des hérissons, reste à déterminer d’où celles-ci proviennent. Des robots tondeuses ou de bagarres entre individus? «Nous avons beaucoup de hérissons avec des lésions sur les pattes et la face», indique Annick Linden. Ce qui correspondrait plutôt à des séquelles de bagarres entre ces animaux qui sont très territoriaux. «Mais on ne peut pas exclure que les robots tondeuses ont aussi un impact, dit la professeur de l’ULiège. Le conseil de ne pas les faire fonctionner la nuit a donc du sens.» Pas seulement pour préserver les hérissons, plutôt nocturnes dans leurs déplacements, mais également pour protéger d’autres animaux comme les batraciens en période de migration par exemple.

De plus en plus de communes prennent d’ailleurs des arrêtés de police pour interdire l’utilisation de ces engins durant la nuit. Et la ministre régionale de l’Environnement Céline Tellier envisage une telle mesure à l’échelle de la Wallonie.

Mais cette restriction de l’usage des robots tondeuses à l’échelle régionale, qui s’intégrera dans une réforme plus vaste visant à mieux protéger toute la biodiversité ordinaire des jardins ou bords de route, n’interviendra pas avant plusieurs mois. L’Union des Villes et Communes de Wallonie a donc envoyé cette semaine à ces membres une invitation à sensibiliser la population à cette problématique et à modifier leur règlement de police pour interdire la mise en fonctionnement de ces machines de deux heures avant le coucher du soleil à deux heures après son lever.

Des appareils plus dangereux que d’autres

Une étude publiée le mois dernier par le docteur Sophie Lund Rasmussen de l’université d’Oxford est le premier travail scientifique qui confirme que les robots tondeuses sont des engins mortels pour les hérissons. Mais il y a des différences notables selon les types d’appareils qui ont été testés à 12 reprises sur des cadavres de hérissons, placés dans trois positions différentes. Si certains modèles ont été coupables de dommages importants, d’autres n’en ont pas causé.

La marque Husqvarna, qui fait partie de ces “hérissons friendly”, en a d’ailleurs fait un argument marketing. Équipés de capteurs de choc suffisamment sensibles, les robots tondeuses peuvent éviter les animaux, même de faible poids, assure le responsable du développement des produits de la marque suédoise. Les appareils ont aussi des lames rotatives rétractables sous un disque de protection en cas de choc. Enfin, les lames ne démarrent pas avant que l’appareil n’ait quitté sa station de recharge, endroit parfois choisi par de petits animaux, dont les hérissons, comme lieu de refuge.

C’est ce type de normes de sécurité que la ministre wallonne Céline Tellier a demandé au Fédéral (compétent en la matière) d’imposer aux constructeurs.

Mais, signe que même de telles normes ne seraient sans doute pas infaillibles pour protéger de petits animaux comme les hérissons, dans sa communication concernant ses actions pour la biodiversité, Husqvarna conseille également de ne pas faire fonctionner ses appareils pendant la nuit.

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