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VIDÉOS | Virées d’Instagram parce qu’elles témoignaient des violences sexuelles subies en guindaille: Balance Ton Folklore victime d’un «raid»

VIDÉOS | Virées d’Instagram parce qu’elles témoignaient des violences sexuelles subies en guindaille: Balance Ton Folklore victime d’un «raid»

Illustration asiandelight - stock.adobe.com

Le phénomène du cyberharcèlement est une réalité qui touche principalement les femmes, souvent jeunes et qui ont quelque chose à dire. Dernier exemple en date, celui subi par Balance Ton Folklore, communauté d’internautes regroupant les témoignages de jeunes femmes victimes de violences sexuelles dans le monde estudiantin et dont la page Instagram a été supprimée à la suite d’un «raid» de «trolls». Explications.

Le harcèlement en ligne via des «raids» d’internautes sans scrupule est une triste réalité. Dernière victime en date, le compte @Balance.ton.folklore sur Instagram.

Créée dans le but de donner la parole aux victimes de violences sexuelles commises dans le monde étudiant, cette page qui partageait leurs témoignages a été supprimée du réseau social à la suite d’un raid, apprend-on auprès de Sarah Schlitz, secrétaire d’État à l’Égalité des chances et des genres.

Tout sauf un hasard

Alors que certains traitements dégradants commis lors de baptêmes étudiants se retrouvent justement dans l’actualité judiciaire du moment, nos confrères de la RTBF consacraient justement un sujet de son JT de dimanche au phénomène en question - et à la page Instagram @Balance.ton.folklore en particulier.

Face au succès de la page mis en évidence par le reportage, plusieurs internautes ont donc décidé d’opérer un «raid» afin de faire fermer la page. Pari tristement réussi.

Un dangereux phénomène qui utilise les codes du Web

Ce phénomène de «raid» n’est pas nouveau. Au début des années 2000 déjà, plusieurs sites «spécialisés», à l’instar du forum anglophone 4chan, regroupaient les premiers «trolls» du Web.

Le concept est simple: une bande d’internautes (appelés donc des «trolls» dans le jargon) se coordonne via un forum de discussion et décide «d’attaquer» un compte ou une personnalité (anonyme ou publique). Soit en organisant une véritable déferlante de haine ou d’insultes à l’égard du compte ou de la personne visée, soit - comme dans le cas de @Balance.ton.folklore - en signalant massivement ledit compte auprès du réseau social concerné afin d’en obtenir la suppression.

Gérée la plupart du temps par des robots, cette suspension provisoire ou suppression définitive de comptes se fait alors de façon quasi systématique et automatique.

Qui se cache derrière un tel raid?

Les auteurs de telles organisations n’ont cependant pas toujours de message à transmettre. Certains le font par goût du «défi», d’autres pour passer le temps, d’autres encore dans l’espoir d’intégrer une communauté de trolls.

Interrogée dans les colonnes de Libération en mars dernier, Laura Gabrielle Goudet, maîtresse de conférences à l’université de Rouen et experte en discours numériques, détaillait: «Le profil typique du troll est masculin, très jeune, dans la vingtaine à peine. Les communautés organisant des raids ne se forment pas toujours pour défendre des idées communes. Ce qui prime, avant tout, c’est le côté amusant et la connivence. Se retrouver entre soi, dans une communauté, pouvoir faire une action en groupe… »

Les femmes plus souvent victimes

Depuis quelques années, sans doute en réaction au regain du mouvement féministe et de ses revendications, ces raids ont cependant souvent pris une tournure plus politique, carrément misogyne.

Selon un rapport émis par les Nations Unies en 2015, 73% des femmes, ont ainsi subi via internet une forme de violence. Or, très peu d’entre elles bénéficient de véritables leviers d’actions: toujours selon ce rapport de 2015, une internaute sur cinq vit dans un pays où le harcèlement en ligne est très rarement passible de sanctions.

Un «fait de société»

Cette réalité a récemment été illustrée de façon édifiante par le documentaire #SalePute, réalisé par les journalistes belges Florence Hainaut et Myriam Leroy (disponible en libre accès sur la plateforme Auvio de la RTBF), et qui donne la parole à de nombreuses victimes de harcèlement sur le net.

Une façon, pour les deux journalistes belges, de rappeler que le cyberharcèlement, notamment celui des femmes donc, n’est pas «une somme d’incidents de société», mais bien un réel «fait de société».

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