TOURNAI

Le Tournai d’avant: c’était une si jolie petite placette

Il n’y a plus d’acacias et qui connaît Janson à qui cette placette est dédiée en 1945? Entre les deux guerres, elle vivait intensément.

Au cœur de la ville, le site fut d’abord et durant des siècles l’apanage de l’Église, notamment par les cimetières des chanoines et des paroissiens de Notre-Dame. L’urbanisme bouleversa ce triangle au profit de maisons, l’engouement urbanistique suivit avec le dégagement de la cathédrale (dès 1905) et la suppression d’immeubles rue du Curé Notre-Dame.

Du moncheau à Janson

La place ne devait guère être accueillante lorsqu’elle abritait le cimetière dit «Monchiel» ou» Moncheau» et lorsque l’on se souvient qu’un «Moncheau» n’est autre qu’un tas de choses diverses.. Pourtant un marché à la volaille, gibiers, beurre et œufs s’y était installé, ce qui rend étonnante cette appellation du XVIIIe: le «Marché au charbon». Au XIXe, le marché privilégie les fruits, les légumes, les plantes et arbustes. Un puits, remplace par une pompe, permettait d’abreuver ânes et chevaux et de rafraîchir les salades, prunes et autres.

Des arbres ombrageaient le site, remplacés par des acacias au XIXe d’où le nom de Place des Acacias encore familière aux anciens. Les acacias ont été enlevés, le marché déplacé suscitant cette remarque d’un passant» comme Waterloo, c’est aussi une morne plaine».

Dans ce contexte, «de grands personnages se logèrent sur la place» nous dit Bozière en 1864 énumérant Luis XI en 1463, Henry VIII d’Angleterre en 1513, Charles Quint et son fils Philippe en 1555, les reines douairières de France et de Hongrie chez le chanoine Cottrel. La place «se couvrait alors de torches de cire rouge, d’images pieuses, de scènes pour du théâtre, des draps et tentures sur les façades».

Des ajouts

On se doit d’admirer les efforts constants et créatifs de l’administration communale de l’époque.

Pourtant, l’enjolivement du site débute par une décision (1908) qui suscite bien des moqueries. L’achat du groupe des Aveugles n’est pas motivé par l’amour de l’Art mais bien en remerciement à Guillaume Charlier, légataire de Van Cutsem et donc il est celui qui concrétise le don du mécène. Mais rien n’est prêt lorsque le groupe s’amène; il est débarqué en octobre 1908 au square Rogier (face à l’hôpital civil) avant de trouver place des Acacias.

D’autre part, les immeubles de l’école Saint-Luc et de l’Hôtel des Postes démolis laissent là un vaste terrain vague. Construire? non. En 1920 s’y inscrit un jardin lapidaire; y voisinent les vestiges archéologiques, trois bornes anciennes en pierre ou en grés notamment des États du Tournaisis et également une grande arcade déménagée de l’église des Croisiers (en la rue éponyme). e tout entreposé maintenant au musée archéologique rue des Carmes C’était un joli coin,, avec des bancs pour s’y poser..

Mais rie ne dure ici-bas. La bibliothèque communale, installée à la Maison des Anciens Prêtres devient trop exiguë. Il faut bâtir un immeuble qui réponde aux demandes nombreuses des lecteurs. Le choix de la Ville se porte sur…. le jardin lapidaire.

Il faut du temps pour que l’immeuble s’achève. Le projet de l''architecte Jean Cailleau, vainqueur du concours du 21 juin 1931, demeure dans les limbes jusqu’en 1936 avec l’acceptation des plans, ce qui aura de graves conséquences. En 1937, l’adjudication est accordée, pour un montant de 1 180 614,24 francs au Yprois Henri Delhem. Le gros œuvre est achevé en 1938, la réception au 30 janvier 1939. Mais le parachèvement intérieur, requérant pierre et brique, n’est pas achevé. Le déménagement des collections dans une bâtisse sûre n’aura pas lieu avant l’incendie de mai 1940, Tournai y perdra entre autres trésors, 224 manuscrits et 150 incunables.


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