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CYCLOTOURISME

À 89 ans, l'ancien ministre Élie Deworme a parcouru plus de 5.200 km en 14 mois

L’ancien ministre et sénateur plaide pour une pratique régulière du sport. À 89 ans, il en fait tous les jours ou presque.

«Durant ma carrière politique, j’ai souvent répété que je préférais inaugurer un terrain de sport plutôt qu’une prison.»

En quelques mots, Élie Deworme résume son attrait pour la pratique sportive et l’importance qu’il y accorde. «C’est bénéfique pour votre équilibre tout au long de votre vie, ajoute-t-il. J’ai toujours insisté sur la nécessité de faire du sport et de donner aux gens la possibilité d’en faire. Les jeunes, quand ils ne sont pas sur les bancs de l’école, doivent pouvoir bénéficier d’infrastructures leur permettant de se dépenser physiquement.»

Quelques semaines après avoir célébré son 89e anniversaire, l’ancien ministre (de la Fonction publique) et secrétaire d’État (à l’Énergie et à la Région wallonne) a le bon goût de joindre encore le geste à la parole. Histoire de montrer l’exemple, dans un rôle de «messager sportif» comme il se plaît à le souligner. Six jours sur sept, il enfourche ainsi son vélo (électrique désormais) pour une balade vivifiante sur les pistes ou routes reliant Ethe à Croix-Rouge. «J’ai parcouru 5 240 km depuis le début du confinement, en mars 2020», indique-t-il fièrement. Même si, plus jeune, il a joué au foot – «ailier droit, mais je n’étais pas un bon joueur» – et à la balle pelote dans son Hainaut natal, c’est pour la petite reine qu’il éprouve le plus d’affection. Depuis toujours. «Durant ma jeunesse, depuis Ellezelles, mon village natal, nous avions rallié Maubeuge où passait le Tour, rembobine celui qui fut, en 1988, le premier bourgmestre socialiste de la commune de Virton. Près de 140 km. Et puis, chaque jour, j’allais au collège à Renaix: 16 km aller-retour. Et ce n’était pas les mêmes mécaniques que maintenant!»

Sa passion ne s’est jamais estompée. Elle a juste été mise au frigo quelques années. «Après mes études à l’école normale de Nivelles, j’enseignais déjà quand j’ai entamé une licence en Sciences pédagogiques à l’ULB, justifie-t-il. Je me levais à 6 h, je me couchais à 23 h; difficile d’ajouter des heures de sport à ce programme, si ce n’est celles que je donnais à mes élèves.»

Au sommet du Ventoux

Citoyen d’Ethe à partir de 1962, après son engagement comme professeur de psychopédagogie à l’école normale de Virton, bourgmestre d’Ethe de 1964 à 1972, député permanent ensuite, c’est sur les routes de Gaume qu’il s’est alors dérouillé régulièrement les jambes. De Gaume et d’ailleurs. «Je roulais avec Roger Depiesse, qui était mon beau-frère, avec Raymond Depiesse, avec le colonel Jean Militis, avec son fils Albert aussi. J’ai parcouru des milliers de kilomètres avec Roger Depiesse. La dernière fois, c’était les 250 km du Canal du Midi, de Toulouse à Sète, en cinq étapes. Bien avant cela, à l’approche de mes 60 ans, lorsque j’étais ministre (NDLR: secrétaire d’État à l’Énergie plus précisément), j’ai grimpé le Ventoux au départ de Sault. C’est mon fils Alain qui l’a proposé. Roger Depiesse, avec son gabarit, avait un peu peur du défi. Moi, j’ai plus un profil de grimpeur. Et je me suis bien préparé. J’ai adapté mes plateaux et après le travail, à Bruxelles, je demandais à mon chauffeur de me déposer dans le Pajottenland. C’est vallonné par là; il y a quelques murs. En outre, nous sommes allés une semaine sur place et nous avons gravi une grande partie des cols de Haute-Provence avant d’attaquer le Ventoux. J’ai subi une crevaison dans le col de l’Homme Mort. J’étais seul et sans matériel de réparation et, bien sûr, nous n’avions pas de portables à l’époque. C’est une nonnette, vivant en ermite dans le coin, qui m’a secouru en m’embarquant dans sa camionnette. Le vélo est toujours dans ma cave d’ailleurs.»

» Cette montée du Ventoux reste un très beau souvenir, mais ce n’était pas la plus dure, poursuit-il. J’ai davantage souffert quand nous avons enchaîné trois cols des Vosges, dont le Grand Ballon. Dans le dernier col, j’étais exténué. Mon fils était tout content de nous avoir lâchés, Roger et moi. Puis il a été tout surpris quand nous l’avons rejoint, mais en fait, nous nous étions accrochés à la voiture dans laquelle avaient pris place nos épouses (rires). Nous avions aussi projeté de monter l’Aspin et le Tourmalet, mais j’ai dû décliner car nous étions en pleine guerre du Golfe et ma présence était requise au ministère de l’Énergie.»

Train de sénateur

Quant à son chrono dans le Ventoux, il ne s’en souvient plus. Et n’a, de toute façon, jamais visé la performance. L’ancien ministre socialiste n’avait pas pour habitude de se mettre dans le… rouge. «Un jour, dit-il, un professeur de physiologie de l’ULB avait testé sur moi un nouvel appareil mesurant la fréquence cardiaque et il en avait conclu que je disposais d’un cœur de grand sportif sans en avoir les tares. En ce sens que j’évitais de le soumettre à un trop haut régime. Quand j’ai abordé le Ventoux, je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour Tom Simpson (NDLR: le cycliste anglais décédé après un malaise durant l’ascension en 1967) J’ai toujours veillé à ne pas dépasser la mesure, à pratiquer le sport de manière prudente, sans mettre ma santé en danger.»

C’est sans doute cela la véritable définition du fameux train de sénateur.