Pourquoi plusieurs pays convoitent l’Arctique ?

Pourquoi plusieurs pays convoitent l’Arctique ?

Le chef de la diplomatie des Etats-Unis entame dimanche une tournée consacrée à l’Arctique, nouvel enjeu des rivalités avec la Chine et première occasion de tester les relations délétères avec la Russie avant un probable sommet entre Joe Biden et Vladimir Poutine. Reporters / Cover Images

L’Arctique est au coeur des convoitises des Etats riverains, mais aussi de pays plus éloignés comme la Chine.

L’Arctique, vaste territoire aux conditions extrêmes autour du pôle Nord, s’est imposé ces dernières années dans la compétition géopolitique mondiale entre ses huit pays riverains membres du Conseil de l’Arctique (Etats-Unis, Russie, Canada, Norvège, Danemark, Suède, Finlande et Islande), pour ses ressources naturelles, ses voies de navigation et sa position stratégique. Il suscite aussi, au grand dam de Washington, la convoitise de la Chine.

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L’Arctique, dont les pays riverains se réunissent mercredi et jeudi à Reykjavik, est un territoire aux conditions extrêmes, bouleversé par le réchauffement climatique et convoité pour ses ressources naturelles, réelles ou supposées. On vous en dit plus sur cette région convoitée.

Un territoire extrême, unique au monde

D’un point de vue géographique, la zone arctique s’étend du pôle Nord au cercle polaire arctique (66° 33’ de latitude).

Elle englobe stricto sensu l’océan Arctique, les régions septentrionales de Norvège, Suède, Finlande et Islande en Europe, le Groenland (territoire autonome danois), le Grand Nord du Canada et de la Russie, et une partie de l’Alaska (Etats-Unis).

Le développement de la vie y est ralenti par des températures très basses pouvant chuter jusqu’à -50°C et par une très faible luminosité une grande partie de l’année (nuits polaires).

Seule une maigre végétation parvient à pousser, la toundra.

Durant la période hivernale, la banquise se reconstitue pour atteindre, en mars, une surface un peu supérieure à 14 millions de km2. En été, elle fond et se réduit à moins de 5, voire 4 millions de km2 en septembre. Une tendance qui s’accélère avec le réchauffement climatique.

Quatre millions d’habitants

Sa population s’élève à environ quatre millions d’habitants, dont quelque 500.000 autochtones: Inuits (Esquimaux), Samis (Lapons), Iakoutes (Sakhas) et petits peuples du nord de la Russie (Nenets, Aléoutes...).

Outre les huit nations riveraines, six organisations indigènes sont représentées au sein du Conseil de l’Arctique.

Créée en 1996, cette instance de coopération régionale a pour but de promouvoir «les aspects environnementaux, économiques et sociaux du développement durable dans la région».

Une réunion des ministres des Affaires étrangères a lieu tous les deux ans.

Une biodiversité menacée

L’Arctique, qui abrite plus de 21.000 espèces animales ou végétales connues, est une des dernières contrées restées à l’état sauvage. Mais sa biodiversité est mise en danger par le développement des activités humaines et la montée du thermomètre.

Le réchauffement y est au moins deux fois plus rapide qu’ailleurs sur la planète («l’amplification arctique») et il réduit l’étendue de la banquise, une menace pour des espèces emblématiques comme l’ours polaire et le phoque.

Air, glace et eau interagissent dans un cercle vicieux de réchauffement.

En 2019 et 2020, les températures se sont établies à des niveaux records. L’an dernier, la banquise d’été a atteint sa deuxième superficie la plus petite jamais enregistrée, après 2012.

Si la fonte de la banquise n’a pas d’impact sur le niveau des océans, celle de l’immense calotte glaciaire du Groenland inquiète. Sa disparition complète entraînerait une hausse de sept mètres du niveau des mers.

Autres phénomènes alarmants: l’émergence de grands incendies de forêts dans des zones reculées et la fonte du permafrost, qui libère des quantités importantes de méthane, gaz à effet de serre nettement plus puissant que le CO2.

Un Eldorado polaire

La fonte accélérée des glaces rend plus accessible les gisements d’hydrocarbures censés reposer sous ses fonds marins.

La Russie a fait du développement des ressources naturelles de la région une priorité. La Norvège estime également que la mer de Barents recèle plus de 60% des réserves pétrolières restant à découvrir dans le pays, même si les forages y ont jusqu’à présent été décevants.

Donald Trump avait de son côté accordé des concessions pétro-gazières en Alaska, dans la plus grande zone naturelle protégée des Etats-Unis, mais son successeur Joe Biden les a bloquées.

Le Groenland suscite, lui, l’intérêt de compagnies minières, même si le nouveau gouvernement local va enterrer un projet controversé de mine d’uranium et de terres rares.

Rivalités géopolitiques

Tout cela alimente une course aux revendications territoriales qui, parfois, se chevauchent.

Moscou, Ottawa, Oslo et Copenhague ont demandé l’extension de leur «plateau continental» au-delà de leur zone économique exclusive de 200 milles marins, ce qui leur ouvrirait des droits sur et sous les fonds marins (mais pas dans les eaux elles-mêmes).

Les Etats-Unis en sont encore à réunir les données en vue d’avancer potentiellement eux aussi une demande, même s’ils n’ont pas ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS).

Après s’être désintéressés de la zone depuis la fin de la Guerre froide, les grandes puissances s’y repositionnent militairement.

Voies maritimes stratégiques

La fonte accélérée de la banquise ouvre de nouveaux passages maritimes susceptibles de jouer un rôle croissant dans les échanges internationaux.

La Russie mise sur le passage du Nord-Est pour relier l’Europe à l’Asie en passant au large de la Sibérie, et a ouvert de nombreuses bases militaires et scientifiques.

De l’autre côté, la route du Nord-Ouest, au large du Canada, permettrait également de réduire considérablement la distance entre océans Atlantique et Pacifique.

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