CORONAVIRUS

«C’est flagrant, l’accès au vaccin est inégal entre riches et défavorisés»: comment Bruxelles décentralise sa vaccination «pour ne laisser personne de côté»

«C’est flagrant, l’accès au vaccin est inégal entre riches et défavorisés»: comment Bruxelles décentralise sa vaccination «pour ne laisser personne de côté»

Un premier test a été mené lors d’un marché à Molenbeek: des citoyens de plus de 65 ans sont approchés puis directement envoyé dans un local aménagé pour permettre une injection de vaccin. BELGA

Après Molenbeek, c’est Saint-Josse qui va injecter 120 vaccins depuis son antenne locale. C’est que le taux vaccinal ne dépasse pas les 20% dans les communes les plus pauvres de Bruxelles. Alors la Cocom descend sur le terrain pour convaincre sa diversité de tendre l’épaule à la seringue.

Après Molenbeek, Saint-Josse participe dès cette semaine à un projet pilote de terrain de micro-vaccination décentralisée. L’ambition de cette seconde expérience mise en place dans la capitale est de convaincre les Bruxellois et Bruxelloises qui ne sont pas touchés par les canaux «plus classiques» de communication. Car à Bruxelles, le fossé se creuse entre communes riches et pauvres.

«Saint-Josse disposera de 120 vaccins», annonce ce 17 mai Inge Neven, responsable du service d’inspection de l’hygiène de la Cocom, qui pilote à Bruxelles la stratégie de vaccination. Elle est relayée par Emir Kir, Bourgmestre de Saint-Josse: «En principe, le centre se situera à la salle Neslon Mandela, au 50 rue Verte. Un stand attenant permettra l’inscription et l’information». Le lieu est «entièrement pris en charge par la commune». C’est un médecin de la maison médicale Saint-Josse qui y piquera les citoyens.

C’est flagrant: l’accès à la vaccination est inégal à Bruxelles entre populations aisée et défavorisée. Si les gens n’y arrivent pas, ce n’est pas qu’une question idéologique mais d’accès au site d’inscription

«C’est flagrant, l’accès au vaccin est inégal entre riches et défavorisés»: comment Bruxelles décentralise sa vaccination «pour ne laisser personne de côté»
Le centre de vaccination de proximité sera localisé salle Nelson Mandela, rue Verte. Google Street View
Selon le maïeur, cette antenne «dans une vaste salle de sport» pourrait s’élargir en centre de vaccination pérenne car elle dispose de la superficie et des équipements idoines, comme des entrée et sortie distinctes. C’est d’ailleurs une demande «farouche» qu’Emir Kir répète «depuis des mois». Pour lui, «c’est flagrant: l’accès à la vaccination est inégalà Bruxelles entre populations aisée et défavorisée. Si les gens n’y arrivent pas, ce n’est pas qu’une question idéologique mais d’accès au site d’inscription». Et d’étayer, sur base d’enquêtes réalisées par les équipes de sensibilisation: «deux tiers des gens qui viennent nous voir n’ont pas d’e-mail actif et un tiers n’a pas de GSM ou pas de N° activé». Quand tout ou presque se règle via écran, «comment voulez-vous?»

Au marché

La Cocom n’est pas sourde à ces arguments. C’est pour les contrer que l’expérience pilote de vaccination locale molenbeekoise a été menée le 6 mai. «La commune disposait de 14 seringues. Nos acteurs de terrain, qui parlent la langue des habitants, ont approché les 65 + faisant leurs courses au marché pour les sensibiliser à la vaccination. Celle-ci pouvait se faire dans la maison communale, juste à côté», retrace Inge Neven. «Ça a été un très très bon test-pilote, c’est pourquoi on en étend désormais le principe dans d’autres communes». Molenbeek reprend d’ailleurs son tour dès cette semaine en décuplant le stock de seringues: 150 vaccins seront disponibles place Communale.

«C’est flagrant, l’accès au vaccin est inégal entre riches et défavorisés»: comment Bruxelles décentralise sa vaccination «pour ne laisser personne de côté»
La «team covid» de Molenbeek «parle la langue des habitants», ce qui permet de leur expliquer les enjeux de la vaccination. BELGA

Dans ces communes au niveau socio-économique le plus bas, la population est plus jeune et sa diversité culturelle en fait des cibles plus difficiles à atteindre.

L’ambition de la cocom est bel et bien «d’atteindre un public qu’on ne pourrait pas toucher sur base d’une communication normale», répète Inge Neven, qui ne veut «laisser personne sur le côté». Particulièrement dans les communes dites «du croissant pauvre». À Molenbeek et Saint-Josse donc, mais aussi Schaerbeek, Bruxelles-Ville et Saint-Gilles notamment, où le cap des 20 % de vaccination n’est pas encore atteint. Ce qu’Inge Neven explique par un double facteur: «Dans ces communes au niveau socio-économique le plus bas, la population est plus jeune et sa diversité culturelle en fait des cibles plus difficiles à atteindre».

Ambassadeurs

À Saint-Josse, Emir Kir estime que «les difficultés vont se reproduire avec les tranches d’âge inférieures». Le Bourgmestre est formel: «un centre one shot ne sera pas suffisant. On demande donc une solution pérenne». Par ailleurs, Kir souhaite aussi «être informé des personnes qui ne répondent pas aux sollicitations par e-mail. Nous pourrions ainsi les aider à s’enregistrer. Nous sommes au service de la Région pour les atteindre: la Commune reste un organe de confiance et de proximité pour ses citoyens».

La Cocom confirme qu’elle mise sur les administrations communales, mais pas seulement. À en croire Inge Neven, la sensibilisation gagne aussi du terrain depuis les pharmacies, les CPAS, les maisons médicales. «Nos équipes ont appelé les pharmaciens pour s’assurer qu’ils peuvent bel et bien inscrire les citoyens via BruVax. On a vu que ça marchait. D’autres actions suivront», promet l’experte. Qui espère voir les Bruxellois vaccinés par ces biais «devenir des ambassadeurs pour convaincre leur communauté».

«Pour les jeunes, vivre un été agréable est la meilleure motivation»

«C’est flagrant, l’accès au vaccin est inégal entre riches et défavorisés»: comment Bruxelles décentralise sa vaccination «pour ne laisser personne de côté»
Si les jeunes veulent faire autre chose que du shopping cet été, la vaccination devrait les tenter. BELGA
Si en Wallonie, certaines communes entament déjà la vaccination des 18 + (c’est le cas à Comines), Bruxelles préfère attendre de connaître son stock avec davantage d’exactitude. «Nous avons une réunion à ce sujet ce mardi», explique Inge Neven, responsable du service d’inspection de l’hygiène de la Cocom. «Nous aurons une vue sur les livraisons à venir et déciderons si oui ou non on descend encore dans les tranches d’âge».

Pour rappel, depuis le 11 mai, les 41 + bruxellois peuvent se faire vacciner dans 4 centres bruxellois. Dans les 6 autres antennes, les 41 + sont invités à s’inscrire sur la liste d’attente de BruVax. «Nous essayons de trouver l’équilibre: vacciner toutes les personnes déjà éligibles d’une part, et de l’autre ne pas voir de rendez-vous qui ne sont pas pris. C’est pourquoi la fourchette d’âge est assez large que pour remplir les créneaux, mais pas trop». Vu les stocks nécessaires à la 2e dose, les 1re doses subiront ainsi un ralentissement dans les semaines à venir: d’où une certaine prudence à descendre vers les Bruxellois les plus jeunes.

Quid si ceux-ci marquent davantage d’hésitation à se faire vacciner que leurs aînés? «Pour les jeunes, la plus grande motivation, c’est le déconfinement progressif, l’ouverture de l’horeca, de la culture», pense Inge Neven. «Pour eux, vivre un été agréable passera par la vaccination». Pour les en convaincre, la Cocom poursuit ses efforts de communication ciblée, comme des pubs dans les syllabus des étudiants ou des écrans dans la rue Neuve, ainsi que des sensibilisations de rue.

Bientôt le tour des sans-abri

Autre public difficile à atteindre pour la vaccination: les sans-abri. «Nous réfléchissons au meilleur moment pour commencer les injections dans ce secteur», détaille Inge Neven. «Nous avons 5.000 personnes à vacciner: ça passera par les équipes mobiles et les associations spécialisées».

On le sait, la stratégie dans ce secteur reposera sur le vaccin unidose de Johnson & Johnson. «On commencera par les squats, les structures d’accueil d’urgence puis les personnes qui vivent en rue». Soit Les assistants sociaux ou infirmiers de rue aideront leur public à se rendre en centre de vaccination, soit ce sont les équipes mobiles régionales, fournies en vaccins au hub Botanique, qui iront à la rencontre de ces hommes et femmes précarisés.



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