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TOURNAI

Jusqu'à 80-100 h de travail, les médecins assistants dénoncent leurs conditions de travail

Jusqu'à 80-100 h de travail, les médecins assistants dénoncent leurs conditions de travail

En observant un arrêt de travail, les jeunes médecins se sont mobilisés pour faire entendre leurs voix et faire prendre conscience de leur quotidien. Com.

Les médecins assistants spécialistes alertent sur leurs conditions de travail, notamment leurs horaires trop lourds pour garantir la qualité des soins.

«Prendriez-vous l’avion avec un pilote qui vient de faire une semaine de 80 heures avec deux nuits blanches?», c’est le slogan du Cimacs pour dénoncer les conditions de travail des médecins assistants candidats spécialistes.

«On sait à quelle heure on commence notre journée, mais jamais quand on la termine, explique Élise Simonin, médecin assistant spécialiste en gériatrie au CHwapi. En fonction des services, on travaille entre 48 heures et 100 heures! Il n’y a aucune régulation de nos horaires, et il est clair que la vigilance n’est pas la même lorsqu’on n’a pas dormi depuis 20 heures ou que l’on enchaîne une garde de 24 h après une journée de travail… Ces horaires trop lourds ne permettent pas de garantir la qualité des soins; en plus de mettre la santé des jeunes médecins en danger, celle des patients pourrait aussi en pâtir…»

«Une marchandise à rentabiliser»

Après avoir déjà fait six ans de médecine et deux des six années de sa spécialisation, le docteur Simonin ne s’en cache pas: tout comme d’autres collègues, elle a déjà connu des moments de doute et de remise en question. «Lorsqu’à 18 ans, on choisit de faire des études de médecine, on ne se rend pas compte des conditions et de la charge de travail en tant qu’assistant. En débarquant en stage, c’est un peu un coup dur. On a parfois l’impression d’être une marchandise à rentabiliser et à utiliser au maximum… On nous donne de nombreuses responsabilités sans forcément l’encadrement et la formation appropriés. »

L’assistanat pèse sur la vie et le quotidien des jeunes médecins. «On est régulièrement amené à changer d’hôpital et par conséquent de région, ajoute la jeune Bruxelloise de 26 ans. L’année dernière, j’étais à Mouscron; depuis octobre, je suis à Tournai et dans quelques mois on peut m’envoyer à Arlon… À chaque fois, c’est un déménagement à organiser, un nouvel environnement à découvrir, de nouvelles relations sociales à nouer… et nos horaires ne nous permettent pas non plus de consacrer du temps à nos proches et de penser à nous.»

«Un manque de respect et de considération»

La récente proposition des fédérations hospitalières pour la mise en place d’un «contrat d’exécution d’un plan de stage de spécialisation» a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour les assistants. Il y a quelques jours, une vingtaine de jeunes médecins du CHwapi ont observé un arrêt de travail et un préavis de grève est déposé par le Cimacs à partir du 20 mai.

«Cette proposition reprend tout ce qui existe de pire sur le terrain: pas de contrôle du nombre d’heures effectuées, limitation de l’aspect formatif du stage, heures supplémentaires non rémunérées si on se trouve en dessous de 60 heures par semaine, etc. C’est un manque de respect et considération pour le travail que nous accomplissons, surtout en cette période de coronavirus où nous étions en première ligne dans les unités Covid. Nous sommes indispensables pour que les hôpitaux puissent tourner; ce sont nous qui sommes au cœur des services, en contact direct avec les patients et leurs familles… Notre combat n’est pas une question d’argent, mais une nécessité d’améliorer nos conditions de travail, surtout au niveau des horaires et du repos nécessaire pour assurer une prise en charge optimale des patients! Si à cause de ces conditions de travail, les étudiants en médecine sont découragés de se spécialiser, qui va soigner les générations à venir?»


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