MONS

Détournement d’eau par des gens du voyage: la faute au manque de structures?

Détournement d’eau par des gens du voyage: la faute au manque de structures?

Illustration ÉdA

Lundi, des gens du voyage ont détourné de l’eau d’un captage, provoquant des coupures d’eau à Ghlin. Le Centre de médiation des gens du voyage déplore une situation causée par un manque de lieux d’accueil convenables. Le bourgmestre de Mons réplique.

Lundi dernier, la population ghlinoise était partiellement privée d’eau. Une pénurie qui n’était ni due à un chantier, ni à une panne, mais bien à un détournement: «des gens du voyage qui se sont installés sur le zoning Initialis. Ils avaient besoin d’eau. Ils se sont donc branchés sur des captages et ont détourné l’alimentation», indiquait Benoît Moulin, porte-parole de la SWDE, à nos confrères de la DH.

Le parc Initialis 2.0 n’est pas prévu pour l’accueil des gens du voyage. Ces derniers ont été invités par l’IDEA à se rediriger vers un autre lieu, sur le zoning de Ghlin-Baudour, équipé pour accueillir des populations nomades. Problème, il était détrempé suite aux intempéries de ces derniers jours, selon les gens du voyage.

Pour Ahmed Ahkim, le directeur du Centre de Médiation des Gens du Voyage et des Roms, cette situation «invite à réfléchir.» La situation telle qu’exposée par nos confrères «met en évidence le manque cruel de terrains accessibles (notamment par le biais d’un revêtement de sol adapté) et équipés (notamment en termes d’accès à l’eau et l’électricité) en région wallonne mais aussi en région bruxelloise.»

Qui veut des gens du voyage?

Et de faire les comptes: «Sur les 262 communes que compte la Wallonie, 10 d’entre elles seulement disposent d’une aire d’accueil dévolue aux Gens du Voyage tandis que seulement quelques-unes parmi celles-ci ont répondu à l’appel à projet lancé par la Région Wallonne en son décret du 02.05.2019, en vue de financer l’acquisition, l’aménagement, l’extension et l’équipement de terrains d’accueil à destination des Gens du voyage.»

Quant à la région bruxelloise, «la question est encore plus problématique puisque ces derniers sont tout simplement persona non grata dans les 19 communes et cela depuis plusieurs années!»

Si le Centre de médiation reconnait les nuisances vécues par les habitants victimes de ce raccordement inapproprié à l’eau, «nous nous interrogeons aussi sur les causes structurelles d’une telle situation. C’est en effet l’absence de structures d’accueil adéquates qui favorise les installations spontanées et la survenance d’incidents comme celui de Ghlin.»

Quelle volonté communale?

Et de renvoyer la balle non pas à la Région wallonne, «qui soutient financièrement la création et l’aménagement de terrains d’accueil», mais aux communes, afin qu’elles organisent enfin sérieusement l’accueil des Gens du Voyage, ce qui permettrait d’éviter au maximum les installations et les raccordements spontanés.

«Depuis près de 20 ans, le Centre de Médiation aide aussi les autorités locales à envisager des solutions permettant un réel vivre ensemble. Là où se trouve une volonté, il existe un chemin… pourvu qu’il y ait une volonté!»

«Il y a des règles à respecter»

Du côté de la Ville de Mons, on n’a pas vraiment la même lecture des évènements. Nicolas Martin, bourgmestre, a moyennement apprécié le communiqué du Centre de Médiation, qu’il a trouvé «partiel et partial» en soulignant que l’intercommunale IDEA a mis un terrain à disposition sur un zoning de l’entité montoise. «Par ailleurs, la ville de Mons a identifié un terrain pour accueillir les gens du voyage», a-t-il précisé.

«Il faut préciser qu’il y a, pour les communautés du voyage, des règles à respecter quand elles s’installent quelque part, notamment le fait de prendre contact avec les autorités locales et de fixer les modalités de leur présence, en termes de durée, de raccordements énergétiques. Dans le cas qui nous occupe, aucun contact n’a été pris. Ça se passe très bien avec certaines communautés de gens du voyage mais ici, ce n’est pas le cas. Je suis donc pour la plus grande fermeté. Le nécessaire a été fait, en concertation avec la direction d’IDEA, pour que le juge des référés soit saisi.»

Un huissier de justice a donc signifié un arrêté d’expulsion aux personnes présentes sur le site.

«Par ailleurs, la ville de Mons a identifié un terrain pour accueillir les gens du voyage», a précisé le bourgmestre. Le dossier a été transmis à la Région wallonne pour l’obtention d’un subside en vue d’équiper ce terrain.


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