JUDICIAIRE

«À poil!»: Hugues Dayez de retour devant le juge

«À poil!»: Hugues Dayez de retour devant le juge

Hugues Dayez s’ennuyait lors de la cérémonie des Magritte et avait voulu faire rigoler les confrères. BELGA

«À poil!» C’est ce qu’avait crié Hugues Dayez lors d’une cérémonie des Magritte en 2017. Pour ce qu’il décrit comme «une blague», le journaliste est poursuivi pour sexisme.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a décidé mardi après-midi de rouvrir les débats du procès pour sexisme visant le journaliste de la RTBF Hugues Dayez. Ce dernier est poursuivi pour avoir crié «A poil!» dans la salle de presse de la cérémonie des Magritte de février 2017 durant le discours de l’actrice Anne-Pascale Clairembourg. Les plaidoiries ont été fixées au 1er juin à 14h00.

Le quotidien Le Soir avait rapporté cette exclamation, à la suite de quoi le Conseil des femmes francophones de Belgique avait décidé de porter plainte pour injures sexistes et de se constituer partie civile. Le CFFB estimait que les propos du journaliste enfreignaient la loi contre le sexisme de 2014.

En longueur

Entendu le 13 avril par le tribunal, Hugues Dayez avait expliqué avoir blagué avec d’autres journalistes en disant que si la cérémonie continuait à traîner en longueur, ils allaient faire comme les spectateurs du BIFFF (Festival International du Film Fantastique de Bruxelles) et que c’est dans ce contexte qu’il avait crié «À poil!».

En matière de discrimination, l’exigence d’obtenir l’accord de la victime est légalement prévue et cela a du sens, car une victime peut ne pas avoir envie que son cas soit instrumentalisé par un groupe d’intérêt privé

L’avocate du journaliste cinéma de la RTBF, Me Léa Teper, a souligné que le Conseil des femmes francophones de Belgique a intenté l’action sans l’accord préalable d’Anne-Pascale Clairembourg, contactée par après. «En matière de discrimination, l’exigence d’obtenir l’accord de la victime est légalement prévue et cela a du sens, car une victime peut ne pas avoir envie que son cas soit instrumentalisé par un groupe d’intérêt privé.» Elle avance que seul le ministère public peut poursuivre des faits pour lesquels une victime n’a pas souhaité porter plainte.

Libertés fondamentales

La partie civile a argué être autorisée à agir sur base de l’article 17 alinéa 2 du Code judiciaire, inséré par la loi du 21 décembre 2018, soit après les faits poursuivis. Celui-ci traite de l’action d’une personne morale visant à protéger des droits humains ou des libertés fondamentales reconnus dans la Constitution et dans les instruments internationaux qui lient la Belgique.

Me Léa Teper a remarqué que «cet article a été adopté en rapport avec les procès qu’on aimerait pouvoir mener pour poursuivre les violations en matière d’environnement». Son emploi pour justifier de poursuites contre des propos jugés sexistes promet un débat très actuel touchant aux restrictions de la liberté d’expression.

Le tribunal correctionnel a décidé de rouvrir les débats sur cette question de l’absence d’accord préalable de la victime. Les plaidoiries auront lieu le 1er juin.


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