CORONAVIRUS

Augmentation des tests PCR «avant voyage»

Augmentation des tests PCR «avant voyage»

L’augmentation du testing est réelle, même s’il ne s’agit pas d’un rush. Gorodenkoff — stock.adobe.com

Les voyageurs sont nombreux à se faire tester pour quitter le pays. Les équipes de terrains sont fort sollicitées, notamment à cause des complications administratives. Échos de Vivalia, des laboratoires unis et du CHR de Liège.

Les demandes pour les tests de dépistage avant voyage s’intensifient depuis lundi, dans les hôpitaux du réseau Vivalia, au sud du pays: Marche, Bastogne et Arlon ont reçu chacun plus de cent demandes pour la journée de lundi, contre 20 en moyenne auparavant. Et à Libramont, mardi matin, 35 voyageurs se sont présentés sur 126 personnes pour le testing, sur une heure et demi.

Les laboratoires réunis (Fléron et Belgrade), constatent eux aussi une augmentation: «50% de départs à l’étranger en plus», note Emmanuel Dubois. «Mais au niveau des délais, on reste dans les 24 heures… En moyenne, à 8 heures, actuellement.» C’est que par rapport au surplus d’octobre, et ses 1200 tests par jour, les labos se maintiennent actuellement à 700-750, et «on a la capacité d’absorber davantage», rassure M. Dubois.

Plus de travail administratif

Le service presse des hôpitaux Vivalia explique que ces demandes nécessitent un surcroît de travail: «Pour les autres demandes, le processus est automatisé, avec la prescription du médecin généraliste. Par contre, pour les voyages, le patient est en contact direct avec le laboratoire. L’encodage n’est pas automatisé, et donc les secrétariats doivent encoder manuellement les formulaires de demande de dépistages des personnes.»

De plus, il n’y a pas de système de prise de rendez-vous dans le cadre des dépistages pour les voyages. «Les personnes s’intercalent dans les rendez-vous, donc les files s’allongent… Certains labos pensent à instaurer une heure spécifique pour les personnes qui se font tester dans le cadre de voyages.»

Au niveau des documents rendus aux patients, c’est compliqué aussi: «les laboratoires doivent insérer des phrases en anglais pour être sûrs que les personnes ne se fassent pas recaler à l’aéroport. C’est une charge de travail supplémentaire pour les laboratoires et les secrétariats.»

Les gens ne s’y retrouvent plus

«On a beaucoup de demandes de tests pour les voyages, avec de grosses contraintes de timing, puisque certains pays imposent encore des délais de 48 heures pour le test», explique Jérôme Demarchin, biologiste et chef de service adjoint du labo du CHR Liège. Les files s’allongent, mais les équipes sont renforcées et prêtes à absorber le choc, sur les trois sites liégeois de Vottem (parking à la sortie de l’autoroute,-), place de l’Yser et gare des Guillemins.

Jérôme Demarchin s’inquiète davantage pour le week-end de Pentecôte: «On aura du mal à tenir les 48 heures, parce que les dimanches et jours fériés, le laboratoire est organisé pour fonctionner uniquement pour les patients hospitalisés et les urgences.»

Le problème, comme depuis le début de la crise, c’est que c’est compliqué de s’y retrouver. «On reçoit beaucoup d’appels de gens qui ne savent plus quoi ou qu’est-ce. Ils sont un peu perdus.» Des secrétaires ont été dédicacées à ces appels, tandis que les lignes du laboratoire ont été coupées pendant les périodes d’urgence, après 18 h 30 en semaine, le samedi après 16 heures et le dimanche. «Mais les gens sonnent quand même, en passant par le central de l’hôpital, par le service de transfusion…»

Pour gagner du temps, avant de partir, renseignez-vous sur le site des Affaires étrangères. Les équipes médicales ne sont pas des agences de voyages et ne veulent pas de communiquer des informations erronées.

Même si on sent une grande fatigue dans sa voix, Jérôme Demarchin se montre compréhensif: «on comprend l’inquiétude des gens: on sait que les tests PCR restent parfois positifs plusieurs semaines voire plusieurs mois après l’infection. Et comme ils font le test 48 heures avant de partir, si le résultat est positif, ils sont bien obligés d’annuler… Les gens sont mécontents, mais nous, on n’est pas responsable de ça.»

Pas tous les résultats en même temps

Les résultats arrivent 24 heures après le test, mais certaines personnes ont du mal à comprendre que leur fils reçoive son résultat avant eux, ou vice versa. «On reçoit plus de 2000 échantillons sur la journée, souvent en grosse quantité. Or, on fonctionne avec des runs de 96 échantillons, à raison de 10, 12 ou quinze par jour. Donc parfois, il peut y avoir un décalage d’une heure ou deux entre deux personnes d’une même famille… Les gens s’inquiètent, ils appellent et nous, on ne sait pas forcément leur répondre.»

Donc idéalement, il ne faut pas appeler le laboratoire inutilement, mais attendre le SMS qui prévient que le résultat est tombé sur la plateforme helena.care. Une plateforme malheureusement uniquement accessible pour les Belges. «On a eu beaucoup de problème avec les étudiants français qui voulaient retourner dans la famille et n’avaient pas de possibilité de télécharger leur protocole. On attend avec impatience une plateforme européenne», dit M. Demarchin. Avec d’autant plus d’impatience que des petits malins ont déjà trouvé le moyen de «fabriquer» des faux résultats, et que les douanes appellent eux aussi le labo pour vérifier que le pdf qu’ils ont sous les yeux est bien authentique.

Une grande lassitude

Les équipes de laboratoire sont sur le pied de guerre depuis mars 2020. «Lors de la première vague s’est déroulée dans un esprit serein, parce que c’était une nouveauté, que les volumes étaient faibles car on ne dépistait que le personnel de santé et les maisons de repos… de plus, l’activité hospitalière avait été fortement réduite.»

La 2e vague était dans le même état d’esprit, mais avec des volumes beaucoup plus importants. «On a presque triplé l’activité du laboratoire. On cherchait des solutions d’efficacité, car on savait qu’il y avait des vies en danger et que c’était essentiel d’avoir une réponse rapide. Les équipes étaient solidaires et se fichaient de travailler quatre heures de plus, pour répondre au plus vite. D’ailleurs, on n’a presque jamais dépassé le délai des 24 heures. On est passé quelques jours à 30 heures, mais jamais au dessus.»

Cette fois, il y a une lassitude qui s’installe, d’autant plus fort que cette fois, la question centrale c’est la vacances des autres. «C’est plus difficile de trouver les mots pour motiver les équipes de rendre les résultats le plus vite possible pour que quelqu’un puisse partir en Italie dans les 48 heures que pour un patient aux soins intensifs.»



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