TOURNAI

Le Tournai d’avant: 1171, la dédicace transcende Notre-Dame

Elle a traversé les siècles, en heurs et malheurs malgré les fureurs des hommes, des éléments. La dédicace de 1171 s’inscrit dans son histoire.

En ses premières lignes des «Dedicationes Tornacenses» Nicolas Huyghebaert, maître de conférences à l’UCL, écrit «la consécration de la cathédrale romane de Tournai le 9 mai 1171 s’inscrit dans une longue suite de gestes semblables».

Il poursuit» le peuple chrétien a toujours attaché la plus grande importance à ce rite qui souligne la sainteté de ses lieux de réunion et les désigne comme des édifices religieux». Soulignant que «la consécration d’une église est commémorée chaque année par la fête de la dédicace»

L’exemple en est le «Cri de l’Ascension» signalé jusqu’à la fin de l’Ancien régime», ouvrant, de la veille de l’Ascension à la fête du Saint-Sacrement, la plus ancienne foire ou «franche fieste» locale qui débutait par une procession solennelle et une proclamation faite en commun par les autorités religieuses et civiles. Cette foire de mai n’était apparemment que la commémoration annuelle de la «dédicace» de l’église mère de la ville le dimanche 9 mai 1171, jour de la Pentecôte.

Un rite très suivi

Chaque construction nouvelle église ou abbaye, tout autel neuf donnent lieu à une dédicace dont la teneur est inscrite dans les livres. En ne gardant que ce qui intervient à Tournai au cours des XIe et XIIesiècle, on y trouve soit des notes sobres telle, anonyme le 9 mai 1066, «la cathédrale de Tournai a été consacrée à cette date» (les historiens récusent cette affirmation, peut-être relative à une restauration après l’incendie de 1059) ou encore, le 9 mai 1070 «Radbod, évêque de Tournai et Noyon, assisté de Lietbert, évêque de Cambrai, consacre la cathédrale de Tournai, les prélats procèdent à cette occasion à une translation de reliques» de Saint-Eleuthère vraisemblablement.

Au tour de Simon évêque de Tournai. Il consacre le 6 octobre 1132, l’église abbatiale de Saint-Martin et, en 1144, l’église de l’abbaye de Saint-Nicolas-des-Prés en l’honneur de la Sainte Trinité (en 1195, l’évêque Étienne d’Orléans en fait de même pour l’église et l’autel majeur ou il dépose diverses reliques et, en 1198, c’est le tour de sa chapelle épiscopale dédiée à Saint-Vincent). Vient Gérald avec en 1153, la chapelle des lépreux de concert avec le Magistrat local.

1171: quelle cathédrale?

Pas de longues dissertations sur cet événement signant cependant l’âge du vénérable événement.

Deux lignes «Le 9 mai 1171, Henri de France, archevêque de Reims, accompagné de nombreux évêques, consacre la cathédrale de Tournai». Signe évident de l’importance de Tournai, Henri de France (1121-1175) s’est déplacé, lui qui est le troisième fils de Louis VI le Gros, roi de France.

L’évêque de Tournai, Gautier (mort le 19 août 1172) et son Chapitre avec son doyen Letbert de Saint-Pierre, le chantre et chancelier Letbert le Blond sont dans le cortège ainsi que les autres invités dont sans doute les évêques voisins. Quels en furent les rites pour cette dédicace? Les mêmes que ceux repris par Mgr Harpigny lors de la dédicace de sa nouvelle église Saint-Étienne de Templeuve? Qui sait?

À cette époque, la ville se couvre de chapelles, d’églises attestant la vitalité de la vie religieuse dopée par la vénération à Notre-Dame depuis la peste de 1090.

La cathédrale, celle que nous connaissons, n’est cependant pas achevée. Selon Paul Rolland, la nef l’est (1160) alors que le transept ne serait voûté que provisoirement, que les tours sont seulement ébauchées et que le chœur roman (disparu en 1242) n’est que sur plan.

Qu’importe, c’est la fête de la dédicace ce 9 mai 1171 et la foule y assiste, en liesse.


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