Qui est Sabine Kheris, la juge qui a su faire parler Michel Fourniret ?

Qui est Sabine Kheris, la juge qui a su faire parler Michel Fourniret ?

Sabine Khéris était parvenue à faire avouer au tueur en série Michel Fourniret son rôle dans la mort d’Estelle Mouzin. Phare Ouest Productions

Certains la surnomment «Madame Cold case»: in extremis, la juge d’instruction Sabine Khéris était parvenue à faire avouer au tueur en série Michel Fourniret son rôle dans la mort d’Estelle Mouzin quelques mois avant que son état de santé ne se dégrade complètement.

Par son travail de fourmi, la magistrate du tribunal judiciaire de Paris a, en moins de deux ans, redonné un coup de fouet aux investigations, qui étaient enlisées depuis de nombreuses années.

Qui est Sabine Kheris, la juge qui a su faire parler Michel Fourniret ?
Monique Olivier dans les bois des Ardennes. AFP
Obstinée, elle arpentait encore fin avril un bois des Ardennes avec les enquêteurs, guidée par l’ex-épouse du septuagénaire, Monique Olivier, pour retrouver le corps de la fillette, disparue en 2003 à l’âge de 9 ans. En vain.

La juge, qui avait déjà récupéré l’enquête sur les disparitions de Marie-Angèle Domece en 1988 et Joanna Parrish en 1990 et obtenu les aveux du tueur dans ces deux affaires, avait repris en main le dossier Mouzin en juillet 2019.

Dès mars 2020, elle parvenait à lui faire reconnaître son rôle dans cette affaire qui tient la France en haleine depuis près de vingt ans.

 

 

Trois mois plus tard, elle se voyait confier les investigations sur la disparition en 1993 dans l’Orne de Lydie Logé.

«C’est un magistrat comme on en rêve pour résoudre des cold case», loue Me Didier Seban, conseil d’Eric Mouzin, le père de la fillette, qui milite pour la création d’un pôle de juges spécialisés dans ce type d’affaires.

Dans le dossier Mouzin, Sabine Kheris a succédé à sept autres magistrats. Mais très vite, elle «a compris qu’il fallait rassembler les pièces du puzzle, elle s’est impliquée», explique l’avocat.

En se plongeant tout d’abord dans les dizaines de milliers de pages de la procédure avec sa greffière. «Elles connaissent toutes les deux le dossier par coeur», selon Me Seban.

Mais aussi en ayant recours à toutes les techniques d’enquête modernes. «C’est à son initiative qu’on a entamé tout ce travail sur les traces ADN», observe l’avocat. Autres innovations: lors des fouilles, elle fait appel aux services d’un archéologue et utilise parfois un drone.

 

«Le sens de l’enquête»

 

«C’est une très grosse travailleuse, un peu à l’ancienne», souligne un magistrat parisien.

Cette brune aux cheveux courts, doyenne des juges d’instruction au tribunal de Paris, a commencé sa carrière en oeuvrant treize ans au parquet, à Béthune (Pas-de-Calais) et Bobigny (Seine-Saint-Denis), avant de passer à l’instruction à Nanterre puis à Paris.

En 2015, elle signe l’ordonnance de renvoi de la présidente du Syndicat de la magistrature dans l’affaire du «Mur des cons».

C’est aussi elle qui demande en 2016 à ce que les anciens ministres Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier soient jugés par la Cour de justice de la République dans l’affaire du bombardement du camp militaire français de Bouaké en Côte d’Ivoire en 2004. Sans succès toutefois.

«Elle a le sens de l’enquête, sait par sa personnalité établir des relations de confiance et mène des interrogatoires très fouillés», détaille le magistrat parisien, saluant le «travail colossal» effectué avec le tueur en série.

Ainsi, face à un Michel Fourniret aux déclarations alambiquées et volontiers manipulateur, la juge n’a pas hésité à se plonger dans son univers, lisant par exemple des ouvrages de Dostoïevski, un de ses auteurs préférés.

«Jouer avec un partenaire tel que vous, ça en vaut la peine», l’avait complimentée Michel Fourniret lors d’un interrogatoire.

«Elle a une capacité à se concentrer sur l’autre qui est assez rare», souligne de son côté Corinne Hermann, autre avocate historique d’Eric Mouzin, admirant sa capacité d’écoute et son «humilité». «Dans ses interrogatoires, on sent qu’elle parle à des humains, elle ne les brusque pas», explique-t-elle.

Une des raisons qui peut expliquer qu’elle ait aussi réussi à obtenir les confidences de Monique Olivier, la seule protagoniste encore susceptible de comparaître pour «complicité» des crimes de son ex-mari.

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